CHAPITRE IV
ous voici arrivés à l'apogée du règne de Septime Sé- . Sur les champs de bataille de la Syrie et de la e^ il a vaincu ses compétiteurs dans l'Empire ; hors 'Empire, il a vaincu le Parthe son grand ennemi, ombattu hélas! mais heureusement il n'a pas vaincu, invincible ennemi le Christianisme ; il est vrai que, ette guerre qui dure toujours et dont il* méconnaît )ortance, de cette guerre à laquelle les historiens is dans leur prudente discrétion ne consacrent ne seule ligne, on peut croire que Septime Sévère m tout le souci qu'il en devrait avoir, revient maintenant, à Rome, où, depuis dix ans qu'il împereur, il n'a guère fait que passer. Il y revient célébrer une triple fête: — son triomphe ou au moins îomphe de son fils, — le dixième anniversaire de son ire, époque solennelle que bien peu d'empereurs dus atteignirent, — , et enfin le mariage du jeune
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Auguste, mariage qui assure pour l'aveair et enrichit pour le présent sa dynastie.
llétaitjusteque Rome se parât pour desi belles fêtes, etde cetteannée en elTetdatentla plupart des magnificences que le règne de Sévère a ajoutées à la ville éternelle. Tandis que Commode a peu bâti et peu restauré, Sévère, comme la plupart des esprits cjui aspirent à la grandeur, construit ou restaure une foule de monuments. Le temple d^ lupiter Tonnant a été relevé. Des temples immenses onfc été dédiés aux dieux protecteurs de la famille du prince, Bacchus et Hercule *. Comme tout empereur doit le faire, il élève des thermes nouveaux pour satisfaire la délicatesse toujours croissante du peuple romain. Comme le faitaussi tout empereur, il ajoute un palais nouveau à cette assemblée de palais qui s'est formée sur le Mont Palatin .1. Septime Sévère, toujours Africain au fond du coeur, » voulu qu'un grand édifice manifestât sa gloire à ses compatriotes arrivant à Rome par la voie Appia et la porte Capène. A l'extrémité méridionale du palais des Césars, il a construit un édifice à sept étages, aux colonnes à» marbre lybique et de granit, et dont il prétend fsdre l'entrée principale de sa demeure *. Il y a donc eu sous ce prince africain, un réveil de l'art romain et de la splendeosr romaine ; d'un art bien abaissé sans doute et qui n'e»' plus ni celui d'Auguste, ni celui de Trajan, mais d'un ar
tDionLXXVI, 10.
2 A Tan^e sud du Palatin, en face de S. Grégoire. Voyez Spartjei i Severo 19, in Geta 17.
C'est rèdiflce appelé Septizonium Severi, parce qu'il avait, geloo I uns sept façades, selon les autres sept éuigcs. J'incline pour ce dernier tT quoique peu ccmforme aux règles de rarehitecture, à cause d'un autre 8*
iquel ne manquent ni ie zèle, ni la richesse* ni la faveur I pouvoir.
IMais dans Tannée de son retour surtout, des QMiaments nouveaux ou restaurés s'élèveront pour Iwer César rentrant dans Rome. Le portique d'Oevie, détruit jadis par un incendie, a été reconstruit cette Idée même '. Le Panthéon qui tombait de vétusté est stauré cette année ^. L'un des nombreux arcs de omphe, que le règne de Sévère verra surçir , est érigé luette époque par le Sénat et le peuple, sur le Forum, au eddu Capitole, sur te chemin habituel des triomphateurs. t sont retracées, avec toute la magnificence d'un art malîureusement en décadence, les victoires de l'aigle résine sur le dragon persique, l'entrée de Sévère à Babyne, le siège même de Hatra, la prise des deux anciennes ipitales, Ctésiphon etSéleucie;et au dessus figure le qua-
Onium qui existait à Rome sur le mont Esquilin. Les marbres du mont -MmUa (frag. XLIII et LI, Cannia) oous donnent le plan de Tun et de ^ tre, et ces deux plans n*ont aucune analogie. La ressemblance qu'inlue l'identité du nom tiendrait donc seulement au nombre des étapes. C^ qui restait du Septizonium de Sévère a été détruit sous Sixte-Quint. i^sooena conserTé le dessinât quelques fragments de Tinscription qui coûte sur la frise. Elle contenait les titres de Sévère et de plus ces mots évi- Vxnoent applicables à Caracalla c. trib. pot. v. ces. (qui donnent la t^ 202), et a la suite, ceux-ci qui ont été récrits sans aucun doute à une *^<ïué postérieure à la place du nom de Géta effacé : fort\ natissimvs ^lûLiLissiMys QVE. Des fouilles laites en 1829 ont fait reconnaître la base du ^^estal d'une statue colossale placée en avant du Septizonium. Canina. *'*9%a antica.
t. L*incendie était de l'an 80. Une inscription sur Tarchitrave, (place Quelle de la Pescaria), donne la date de 203.
^ L'inscription subsiste encore comme chacun sait, se référant à l'an 203, * ïiom de Sévère et d'Antonin qui panthevm vetvstate corrvptvm cvm
•^I CVLTV RESTITVERVNT.
3^ Arc de Janus dans la région Transtibérine, près de la porte Septimiane ^ifiée aussi par Septime Sévère) et des jardins dits de Géta appartenant à sa 'VViUle et où on à trouvé un buste de Septime Sévère (Spartien 19). — Arc ^ délabre, encore subsistant, dédié a à Sévère Antonin, à Géta (ce dernier pm eSacé et remplacé par un redoublement d'épithètes honorifiques pour ^racalla), à Julie, mère d'Auguste, des camps et du Sénat, par les argenlers et marchands de bestiaux, dévoués à leur divinité » (204).
drige triomphal avec la dédicace à « Sévère Pertinax, père de la patrie, Par thique, Arabique, Adiabénique », àMarc- Aurèle Antonin et à Géta « pour avoir rétabli la chose publique et agrandi l'empire du peuple romain par leurs éminentes vertus pacifiques et guerrières * » .
C'est sous cette voûte récemment élevée que passe le char de triomphe du jeune Marc Antonin (Sévère, on se le rappelle, à cause de sa goutte ou pour tout autre motif, n'a pas voulu figurer dans ce triomphe dont toute la gloire lui revient) . Quelle n'est pas la joie du peuple ! Il est traité avec plus de magnificence qu'il ne l'a jamais été; il est traité (chose inouïeyS aussi bien que les soldats. Peuple et soldats, ou pour mieux dire les prolétaires de Rome et les prétoriens, reçoivent dix pièces d'or par tête. Cette libéralité coûte cinquante millions de deniers, ce qui suppose deux cent mille heureux ^.
Ajoutons que des bienfaits mieux entendus sont aussi pour le peuple lô fruit de l'administration de Sévère. Les approvisionnements de blé, toujours dilapidés ou négligés par les mauvais princes, se multiplient à tel point qu'en mourant. Sévère laissera Rome approvisionnée pour sept ans au taux de 75,000 boisseaux paC jour ^ Sévère ne donne pas seulement du blé aux proie ^
1 Là comme ailleurs, les noms et les titres de Gôta ont étô effacés poiE "• être remplacés par les mots . Optimis fortissimisque principtbu^ Année 203.
2 laaplBitovç rolç TYiç nytfAOvioiç Srco'i ;^uo'oOç... iiçyàpmv^pa raxnrrj 7rcyraxio';^Aiai yLvpiàitç ipa/pL&v Dion LXXVl, 1 . Cinq mil! myriades de drachmes, (ou deniers romains équivalent à 2 millions d'a/ur^ ( t'auras était de vingt-cinq deniers). ^
3 Septemannorum canonem ita ut quotidiana septuagena quinque milL^^ modiorum expendi possunt. Spartien.
taires romains ; il leur a donné même de l'huile, presque ajissi nécessaire à l'homme du Midi que le pain ; l'huile est distribuée gratuitement aux clients de la libéralité impériale, et le prince aura tellement pourvu aux besoins de l'avenir, qu'à sa mort les approvisionnements d'huile se trouveront suffisants, non-seulement pour Rome, mais pour toute l'Italie pendant cinq années. Sévère ne se borne pas là : il a encore donné au peuple de Rome des terres et les terres excellentes {fecundissimum iigruni) ^ soit pour être possédées en commun et assurer par leur revenu la continuation de ses aumônes populaires, soit pour être distribuées, comme on l'avait fait sous la République, à un certain nombre de familles.
. Mais bientôt le peuple va recevoir de tous les bienfaits lé plus apprécié ; il aura des jeux*. Sévère aime l'argent comme Tibère, mais il n'est point avare comme Tibère ; s'il s'est enrichi,c'estpourrépandre sa richesse en magnificences populaires. A la munificence du prince s'ajoute celle de son préfet du prétoire, Plautianus, plus riche, dit-on» que l'Empereur lui-même. Le fils de Sévère, Marc /intonin^ épouse Plautilla, fille de Plautianus. Elle n'est lî noble, ni belle^ et le prince qu'elle épouse n'a que |uinze ans, c'est-à-dire à peine un an au dessus de l'âge égal pour le mariage. Mais, pendant que Sévère faisait la fuerre en Orient, Plautianus confisquait en Occident, au profit de l'État et un peu à son profit personnel, et îévère a eu hâte de mettre dans sa famille l'or de Plauianus. Aussi le mariage, coïncidant avec le retour de Sé-
\ Sparlien in Severo, circa finem.
vèrr« »«r Im frMH^ 4r «i lidtaire et avec le dbdèiDe aamvomve <ir iom irryow* «tni «ârhnr arec wie ponp( incNie; lidfirf dr nnttSa avait «éE, Ah», à cinquanti rriDM. « 3i«9ift> <wmt\^ «mR Iliniu portes a travers l« Foran TpaqkTm fâas^ Ik ■opÉftfKs trésors que lu doBoail à0ai père. Ola bm» «rfit dans le Forum ta rf|xi» Mwlftf rojai. maitàit toffftare, dans lequel apparais wîtidcr«i>rtarfMgiT!iaBib>lwiK peuvea
i^rriiîr a ta Mtamtave de rhsaBBK. »
VmUI pfwnr fe Seul, au» fe pnfie attend les jeux. CanI <(f«r dbatfw; emyagiai in «bép poor l'amplûthéâtr wm mÊi^fiÊkt'm^ MMrdfe. Stéiiim auva inventé deii t^mrn^ ; ^ #>MMA«)i^ dic fnaawty ariblètes, et la erocol rbirÀHr ifw 4^ tr^Me de rU» |ear h première fms, m tfm fN^MAi^ IliiM^ Mr Ênre tner sar Farène. Plautiaiutt ^fà 4m$m d^ jesax hriao^, faaee les ans contra k Mine» Mbiaote ianglkTs; pû^ d^antrrs bêtes viennei iii« hm UMSff pâma ellea un éléphauL Toutes sont rçi tem逻 daiM( on édifiée en forme de navire construit a milieu de rAroptiitheàtre ; tout a coup le navire tombe e pièces et quatre i^enti^ bétes qull contenait, ours, lions tionne^^ panth/^reH^ autruches, onagres, bisons, s'âai] cent mr raréfie. Il y a sept jours de fêtes, pendant les^ (|uels sont immolés sept cents animaux ; on ne compt pas les hommes * .
(Test au milieu de ces grandeurs que Rome se prépa rait à célébrer la fête séculaire de son existence, L'annë suivante (204j • voit célébrer les jeux qu'Horace jadi
iDionLXXVI. 1.
t Voyez Hérodien III, 8, et lus monnaies de bévére qui portent Secuktfi
avait embellis: de ses chants, que Claude, Domitien, Antonin, avaient renouvelés, et auxquels le liéraut invitait f&r cesmots : « Venez voir ce que vous n'avez jamais vu et ne re verrez jamais. » Rome était grande à cette heure-là ; die le pensait du moins et elle pouvait se dire qu'elle avait à sa tête, sinon un grand homme, du moins un grand capitaine et un grand politique. • Sévère en effet n'est pas un César vulgaire ; ce n'est pas un jeune fou comme Néron ou Commode, ni un monstre sanguinaire comme Caligula, ni un maniaque orgueilleux comme Domitien. Son extérieur était imposant ; sa taille élevée, sa figure belle^ d'une beauté grave et sérieuse ; sa barbe longue à la mode des philosophes, comme on la portait depuis Hadrien ; ses cheveux abondants, lorsque l'âge vint les blanchir, ajoutèrent encore (|uek[ue chose de plus respectable à son \isage. Sa voix, quoiqu'elle gardât toujours un accent africain, demeura jusque dans sa vieillesse merveilleusement harmonieuse. La pénétration ne manquait pas à son esprit ni la force à son caractère. Son éducation littéraire était des meilleures puisqu'il avait été rhéteur et que la rhétorique était la perfection des éducations d'alors. Mais, après avoir été rhéteur, il avait commandé les armées.
Ï'esta Félicitas seculi. Les dissentiments entre chronologistes multiplièrent es, féto8 séculaires. Suivant la chronologie de Varron qui est celle que les modernes ont adoptée, Antonin et Philippe eurent leur fête en 147 et 247. Mais, s'attachant à d'autres calculs, Auguste eut la sienne en 14 avant ^ésus-Christ, Domitien en 83 après Jésus-Christ, Sévère en 205. Remarquez qu'Hérodien compte ces fêtes comme revenant au bout, non de cent ans, mais de trois générations rpiâv ^sveûv. Zosime les compte de 110 ans; il omet celle de Philippe et la dernière selon lui est celle de Septime Sévère, «jui, pour le malheur de Rome, dit-il. n'a pas été renouvelée comme elle aui'ait dû l'être en 312 (ou plutôt 314) Zosime II, 7.
280 LIVRE II. - 8EPTIME SËVBRS
et il était devenu pardessus tout homme de guerre, sachant mieux que personne commander, conduire, agiret faire agir. Ce qu'était son activité dans la vie des camps, on a pu le voir ; ce qu'était son activité dans le palais et dans la vie pacifique, Dion nous le dit : « Avant l'aube, « il était éveillé et occupé ; puis il se promenait tout en « traitant de vive voix les affaires de l'Empire ; il se recc tirait ensuite pour juger, excepté les jours degrandefête. ce il jugeait avec beaucoup d'équité, donnait aux plaideurs a tout le temps » (à la lettre toute Veau, à cause de l'usage de mesurer le temps par une horloge à eau) d qui leur était nécessaire, et à nous qui jugions avec « lui, la plus grande liberté dans l'expression de nos (n opinions. Il siégeait ainsi jusqu'à midi; puisilmontaità (( cheval (aussi longtemps que ses forces lui permirent (( de le faire), ou bien il cherchait à remplacer Téquita- (( tion par quelque autre exercice. Puis il se baignât; il a dînait assez abondamment, ou seul ou. avec sesen- « fants; ensuite le plus souvent il s'endormait. Réveillé, (( il reprenait ses occupations ; se donnant surtout aux « livres latins et grecs qu'il écoutait lire en se proroe- (( nant. Le soir approchant, il se baignait de nouveau, «t « il soupait avec les siens ; car, sauf les jours où il était (( obligé à donner de grands repas, il n'admettait aucun (( étranger à sa table *. »
Sa vie était simple. Dédaignant un puéril étalage de grandeur, il cousait à peine à sa tunique une petite frange de pourpre, signe de la puissance impériale ; uùd chlamyde grossière, à longs poils, couvrait ses épaules;
1 LXXVI Cap. uU.
il se nourrissait frugalement, s'abstenant souvent de viande, recherchant surtout les légumes de l'Afrique sa patrie * . On peut sourire ; mais ces circonstances n'étaient pas indifférentes chez un César ; il s'était tant vu de Césars, que la sensualité, la mollesse, la paresse, la recherche d'eux-mêmes, le culte de leur propre personne avaient perdus !
En tout, le grand mérite ou le grand bonheur de Septime Sévère était de ne pas être né sous la pourpre, d'avQir vécu de la vie privée et de la vie des camps, d'avoir été hommeavant d'être César. U était arrivé à l'Empire, mûr sans être vieux, à l'abri du vertige de la jeunesse et de^ impuissances de l'âge. U y était arrivé par son intelligence et par son épée, non par le hasard de la naissance ou par le caprice des soldats. C'était, en un mot, une royauté sérieuse que la sienne. Intelligence ferme^ il ne devait pas éprouver le vertige du pouvoir comme l'avait éprouvé Caligula. Esprit mûr et réfléchi, il ne devait pas s'éprendre des puérilités artistiques qui avaient affolé Néron. Ambitieux et aimant la grandeur, mais la grandeur réelle et sérieuse, il ne devait pas se laisser ajiler à ces manies de grandeur vaniteuse et futile qui avaient caractérisé Domitien. Sévère comme son nom, djur même, il ne devait pas être inutilement cruel comme tant de princes que la folie impériale, la vanité artistique, la vanité personnelle avaient rendus sanguinaires. Politique réfléchi comme Tibère, il ne devait pas cependant avoir cette morosité défiante, qui, s'aigrissant de plus en plus, n^eaa le fils de Livie à tuer
l Spartien,
par précaution autant que jamais on tua par colère. Pour Sévère comme pour bien d'autres politiques, la vie humaine n'était qu'une monnaie; mais cette toonnaie du moins avait assez de valeur, pour qu'il ne la dépensât pas inutilement.
Voilà l'homme qui a régné d'une manière plus absohe que ne Ta fait avant lui nul empereur, ou au moins nul empereur sensé ; qui, loin d'affaiblir comme les Antonins le principe du césarisme, l'a fortifié ; qui, loin d'accroître comme eux la liberté et l'énergie vitale de ses sujets, l'a diminuée; qui, loin de relever comme eux Tindépendance du Sénat et celle des cités, l'a rabaissée; qui a constitué son empire, nous le disions tout à l'heure, sur le pied d'un gouvernement purement militaire ; feisant le César tout-puissant par le moyen d'une toutepuissante armée; qui en un mot a été plus empereur qu'aucun des empereurs ses devanciers *.
De ce pouvoir devenu si vaste, de ces remarquables qualités personnelles, de ces circonstances fortuitement heureuses, sont sorties incontestablement de grandes choses et des choses utiles. L'Empire a été pacifié, et treize ans s'écouleront sans une révolte de soldats, s»fls une guerre civile, sans une rivalité pour la pourpre^ L'ordre financier, nécessairement troublé par les agitations qui suivirent la mort de Commode, a été rétabli ^t a régné. Le trésor a été grossi par l'économie du prince,
1 Sans avoir pris ie titre de dieu, on voit qu'il se le laisse donner ou laiifei^ moins déifier ce qui le touchait comme ce fut d'usage officiel sous Dioclé* tien et depuis. Ainsi un gouverneur notifiant un rescrit impérial dit « ks lettres divines (Oeîoe 7^à|x|xara). » Inscription de la colonie des Tyrani (Q Jfésie (Henzen 6429).
par sa vigilance, p^r ses exactions. A sa mort il laissera d'abmidantes épargnes.
En tout. Sévère est l'homme de la règle; il y a dans son ^pritnne sorte de régularité militaire qui ne s'accorderait pas d'un gouvernement tout de fantaisie et de caprice ; comme beaucoup d'autres, il aime la règle pourvu qu'il l'ait faite. Cette juridiction universelle, que César exerce ou par ses délégués ou par lui-même à l'exclusion de toute jtt^ce indépendante, sous Sévère du moins ne s'exerce pas sans délibération et sans conseil. Ni César ni ses délégués ne jugent seuls. Les préfets et les proconsuls ont un conseil d'assesseurs officiellement constitué, qualifiét rétribué * ; et lui-même ne se soucierait pas de prononcer des jugements dans son alcôve comme Domitien, ni de demander avis au premier venu de ses affranchis comme Claude. Il aime à avoir des conseillers pourvu qu'il leur reste supérieur et soit toujours maître de se passer d'eux.
Dqà les précédents empereurs, surtout à partir d'Ha- «ynen, ont, à raison de leurs pouvoirs judiciaires, appelé un conseil de jurisconsultes à âéger auprès d'eux ^. ^importance 4e ce conseil s'est accru avec l'étendue de la juridiction impériale. L'absolutisme régulier de Sévère ^'accommodait assez bien des jurisconsultes, dont l'esprit est exact et dont le caractèren'est pas toujours récal-
1 Voyez les actes des martyrs S. Pionius, S. Gyprien et d'autres. Digest. 12 de publicis judiciis (XL VIII, 1) ; 153, de pœnis (KLWlll, 19); 3. IhmceusaHonib, (IX, 2).
2 Dion Cassius LU, 33 ; LUI, 21 ; LV, 27; LVH. 7 LX, 4. Plirte ep, IV. 22, VI, 3!. Spartian. in Hadrian. 8, 18, 22. Capital, in AfUontn 12, Dia. il,dè jure patron. (XXXVII, 14). 30 pr. de eveuscuiùnib. (XXVII, 1) Hérodieri VI, 1.
284 LIVRE II. - SEPTIBiE SÉVÈRE
citraiit ; aussi son règne et celui de ses successeurs a-t-il été l'époque de leur triomphe. Sous ces règnes, le préfet du prétoire, le second personnage de TEmpire, a été le plus souvent, non pas un soldat, mais un légiste'; la jurisprudence a siégé ainsi à la fois au camp et dans le palais. Sous ces règnes également, le codseil juridique du prince a eu une existence- officielle, plus sérieuse, quoique moins solennelle que celle du Sénat. Il n'a pas prononcé seulement] sur les alfeires des particuliers ; les affaires mêmes de l'Empire, désertant la curie et les discussions parfois bruyantes des sénateurs, se sont achevées entre gens du métier dans l'ombre tutélaire et recueillie du cabinet impérial. La loi qui était jadis un orageux plébiscite, puis un. sénatusconsulte authentique et solennel, la loi n'a plus été qu'un rescrit^ c'est-à-dire une petite lettre rédigée par une douzaine de légistes, et scellée du cachet de César *.
Ce règne des jurisconsultes qui régularisait le pouvoir impérial ne laissait pas non plus que de le tempérer. Ce n'était plus la loi, c'était la règle; et il faut même le dire, une courageuse résistance, bien rare dans le Sénat eel produite parfois dans le conseil de l'Empire romain. Che* quelques-uns de ces hommes, moins officiellement indé' pendants, l'indépendance a pu aller jusqu'au courage* Voilà le mouvement qui ne s'est pas achevé, mai* qui du moins a commencé, sous Sévère : Tordra
1 Ainsi Papinien sous Sévère et Garacalla. Dion LXXVI, 10, 14. — P»»J et Ulpien sous Alexandre Sévère. Spartian. in Nigro 7. Lampride ♦'
Alexcmd. 26. ,j. ^ . ^
2 Sur rautorité législative et judiciaire des rescnts et édits du prino* V. Gaius . Jnstit, I, 5 ; et Digeste \, de Constitut. princip. (I, 4).
dans lé despotisme, tel était l'idéal de cet homme.
Voilà Tarbre. Voyons les fruits. Certes ce ne sera pas juger l'autocratie romaine avec une préventfon défavorable que de la juger sous l'homme entre les mains duquel elle a été plus complète, mais aussi plus régulière et plus intelligente que jamais.
Dion Cassius va nous raconter les phases de ce règne ; Dion Cassius, sénateur, habitant à Rome ou auprès de Rome, est un témoin oculaire comme il y en a peu parmi les Mstoriens de l'antiquité. Son histoire romaine, à partir du règne de Commode, n'est plus autre chose que les mémoires d'un contemporain; et Xiphilin, son abréviateur du onzième siècle, s'apercevant sans doute que son auteur devient ici un témoin plus important, l'a plus largement et plus littéralement extrait. Nous pouvons donc d'après lui juger avec certitude le gouvernement politique et même domestique de Sévère.
Nous n'avons pas dit encore qui était ce Plautianus, préfet du Prétoire, qui venait de donner au fils de l'Empereur, sa fille et une dot si magnifique. C'est le même lui, depuis la défaite d'Albinus et pendant les longues rtJierres de Sévère en Orient, avait gouverné dans Rome ^loinom de l'Empereur. Fui vins Plautianus était un homme l^ situation médiocre, jadis condamné à l'exil pour sédiion et d'autres méfaits encore ^ Mais il était africain, 'Ci^ncitoyen, parent, dit-on, et ami de Sévère; et cette ^«iftitié, entachée comme tant d'autres amitiés antiques, donnait sur l'esprit du prince, si ferme d'ailleurs, un
1 Hérodien, III.
uvBB u. ' ^1^^**'* ^rivrit Sévère, ^ W . . l'aime cet homme, ^".^ une V^^^
ooiol qoe je *^,„wfltié che* «» »^"' ^^ Sévère, i «^ L, ^de marque d««^;pl,„tianusav^^^ V
»^e contre î^^ger o ^^^ndance to m ^^ ^ i
^aduserv^^^^rquées-Sévej^J^^^^^ \
crête pour Pau^^^ttettrslog;«>^.'"sévère le vcofe»^ oour \ui seul. Us m Plaubanus , =* q„aoc*
^-«««^r^r-^p^^"" ''xrurs beaux po^
ainà. « ^ ^Tavoir pour sa ^Î*^J l^tianus de U» e«»
Sévère vo"^^„^„t le lac. U P^^f^^^ade, et Sévèi^ sons • que ««r^^^,, piautianus et^«^ jj^^^^, fer^
• céder un : a^J*;^ ^,^,, .m g«^^ ,„ P^^^f^f, «Want le viater, i» .^^ ^ ®^ , ^,; sévère disa»»^
nue le P"«ee se ^ t \^ » car P ^^^^„^ qoe
'd'appeler ^- -^ J,„dait tranquf ^ De ^,, ^^.vis«e-
était juge) ''^;;'^ionne Vendre 'J^^^tes, bien
plautianus m en . ^^^ des ame«
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^ A ÎVome, du resi » ^^ i,evere ^^^gg^erf
P^*"*^-'^^ ^cf -*-^ ^"'' ?^Se Avoir ù^ ïnode au pnnce ;P ^, ^ ®"*^' ' opre» eno««»-
1 A»e contre les «n ^^^ ^^ .ses^^^e, Mbi«««
W'^ *'lt 11 y avait donc une latg celui du sénat. U y
o Dion, 1^^^'' '
0inés à recueillir et parmi les amis d'Àlbiuus et parmi i amis de Niger. Plautianus, sans trop de regret, port l'odieux de ces proscriptions et en déchargeait Sére« Le prince n'en avait pas la honte, son lieutenant L avait le profit. Sénateurs et simples citoyens, menacés i proscrits, l'enrichissaient ou par les offrandes de la 5iir ou par le pillage de leurs biens confisqués. Les Iles et les peuples lui payaient tribut. Plautianus demanût- tout et à tous. Sa fortune s'était faite à force de "^lautés, et sa fortune était immense. C'était le Séjan un nouveau Tibère, mais d'autant plus affermi, que le ^ond Tibère était un peu plus homme, un peu oins égoïste que l'ancien, moins retiré dans sa déiiice, dans sa morosité, dans sa haine pour l'espèce Anaine.
- Le retour de Sévère à Rome après les guerres d'Asie 5> changea rien à cet état de choses (203) . Plautianus, ^Dsul pour la seconde fois, resta à côté de son maître, tis puissant, plus redouté, plus entouré d'hommages uie l'Empereur même, et sa gloire fut encore accrue par • mariage de sa fille.
Mais la pompe de ce mariage avait été ^gnalée par un ^it qui témoigne de la dépravation et de l'endurcissement ^s moeurs romaines. Dans le palais des Césars comme Uis d'autres palais de Rome s'était introduite la honteuse Outume d'avoir à son service des eunuques. Ils coûtaient ^fr. sommes immenses et on se faisait honneur de cette tODte. Plautianus avait préparé pour sa fille, avant qu'elle titrât dans le palais impérial, un cortège de ce genre ^lus nombreux que ne l'avait eu aucune Romaine. Cent
hommes libres, citoyens romains, de condition élevée, les uns enfants ou adolescents, les autres déjà mûrs, quelques-uns mariés et pères de famille, avaient été choisis, enlevés de force, conduits chez Plautianus, livrés à ses bourreaux. Dion les avait rencontrés et en parle pour les avoir vus * . Voilà ce qui se passait sous un règne qui n*est ni le plus sanguinaire, ni le plus insensé de l'Empire romain, sous un prince à qui le bon sen?, la fermeté, Taversion des cruautés inutiles ne manquaient pas. Cela se faisait sans passion, sans haine, sans intérêt politique quelconque, pour satisfaire un pur caprice, et le caprice, non du prince, mais du favori du prince. Que pensent de ce fait les apologistes actuels de l'Empire romain ?
La fortune de Plautianus était à son comble. Il semblait que Sévère fût revenu^ non pour lui reprendre un pouvoir dont il abusait, mais pour affermir encore ce pouvoir. On allait jusqu'à dire que Plautianus, au préjudice du fils du prince, allait être désigné comme l'héritier de l'Empire. Les hommages, sans que Sévère parût s'en plaindre, allaient à lui plutôt qu'à Sévère. Ses statues sur les places étaient plus nombreuses que celles de Sévère. D avait et la puissance du chef à qui la force militaire obéit, et l'autorité de l'homme qui a des millions, et l'ascendant de l'homme qui fait peur. On ne le voyait dans les rues qu'avec un appareil imposant et sinistre, toujours revêtu des insignes de sa charge ; le laticlave consulaire sur sa toge, le glaive officiel à sa ceinture^ un regard menaçant et hautain, des licteurs qui écartaient la foule et ne per-mettaient même pas qu'on le regardât. Il s'en fallait qu»