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CHAPITRE PREMIER

XÎARACALLA A ROME

Ce qu'étaient les fils de Sévère, ce qu'avait été leur nature première, ce qu'était leur nature façonnée par réducation impériale, on vient de le voir \ Septime Sévère, comme tous les princes qui n'ont pas d'aïeux,

1 .... Septimius Bassianus, fils de Septime Sévère et de Ju'lia Domna, né le 4 avril 188 (à Lyon ?) — nommé César en 196 et appelé M. Aurelius Antoninus comme petit-fils de Marc-Aurële par adoption posthume. — Auguste en juin 198, avec la puissance, tribunitienne. — Marié en 203 à PlautiUa, fille du Préfet du Prétoire Plautïanus. — Empereur avec son frère le 4 février 211. — Seul Empereur par le meurtre de son frère, en février 212. — Tué par les soldats le 8 avril 217 — Consul en 202, 205, 208, 213. — Titres de Pius, Félix {208), Britannicus (209), ArmeniactUf Medicw, Par-thicus, Germontcu^.— Après sa mort, fait dieu par le Sénat.— Ses surnoms

Çopulaires : Caracalla ou Caracallus, d'après un vêtement qu'il portait ; aranta, nom d'un gladiateur.

Sa femme : Fulvia Plautilla, fille de Fulvius Plautianus.— Mariée à Caracalla en 203. — Qualifiée d^Augusta (les monnaies la représentent sous les noms et les emblèmes de Vénus Victrix et de Junon nouvelle déesse,) — Exilée (204 ou 205). - Tuée 212.

Frère de Caracalla : L. Septimius Géta, né le 27 mai 189, à Milan. — César en 198. — Auguste en 208, avec puissance tribunitienne. — Règne

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avait été inquiet et passionné pour l'avenir de sa dynastie. La grande question politique est pour eux celle qui doit surgir le lendemain de leur mort. Il avait voulu préparer ses fils pour l'Empire et l'Empire pour ses fils. Efforts et prévisions qui sont presque toujours trompés ! Avait-il pu se faire illusion sur le caractère de ses fils et en particulier de Marc-Antonin ? Il avait voulu faire de Marc-Antonin un soldat, et à certains égards il avait réussi : Marc-Antonin, vigoureux, quoique de petite taille, faisait trente lieues à cheval (750 stades), nageait par une mer agitée, vivait volontiers avec les soldats, parlait leur langage, flattait leurs sentiments et surtout leur cupidité. Septime Sévère avait voulu aussi (car il n'oublia pas sa première nourrice, la rhétorique) faire de son fils un lettré, et il avait pour le premier moment assez bien réussi ; il fut un temps où Marc-Antonin aimait la conversation des philosophes et passait avec eux une bonne partie de sa journée. Septime Sévère enfin avait voulu ôter à son fils cette douceur de caractère qui avait fait le charme de son enfance, lui donner la dignité d'un prince et l'extérieur farouche d'un guerrier : à cet égard, Septime Sévère n'avait que trop bien réussi; cette nature douce et libérale «tait devenue une nature

violente et sanguinaire, capable de parricide, on le croyait^ capable de fratricide, on allait le voir.

avec son frère en février 21t.— Tué, février 212.— Consul, 203, 205, 208 — Pius, Félix 208; Britcmnicus 209. (Son prénom de Lucius avait été changé en celui de Publius vers 205).— Fait dieu après sa mort.— Une seule inscription. (Henzen 5511) constate la courte royauté de Géta avec son f^ère.

Historiens : Dion LXXVII, Hérodien IV, Spartian. in CaraeaUo, in Hiita, et les abréviateurs cités plus haut.

GARAGALLA A ROME 337

Septime Sévère avait-il pu se faire illusion sur la stabilité de Tordre politique qu'il avait voulu établir ? Il est permis de le croire. Il pouvait être fier d'avoir simplifié le gouvernement impérial déjà si simple, et en le simplifiant, il devait croire l'avoir affermi. Il avait fait la puissance césarienne plus absolue que jamais ; il pouvait croire l'avoir faite plus durable. Il lui avait donné une sécurité, au moins apparente, que Néron et Domitien, toujours tremblants, n'avaient jamais eue. Il ne voyait pas, ce qui est bien visible pour nous dans l'histoire, qu'à partir de son règne et pendant près d'un siècle, l'armée allait être le seul César ; que cette armée unifiée, comme on dit aujourd'hui, serait un maître d'autant plus redoutable, maître fantasque, changeant, capricieux, perfide, tyran de l'Empire et de l'Empereur. Il avait fait l'épée toute-puissante ; mais dans quelle main serait cette toutepuissante épée ? et resterait-elle jamais longtemps dans une même main ?

Dès le lendemain de sa mort, et même avant sa mort, la question se posait entre ses deux fils en attendant qu'elle se posât entre sa race et une autre race. De ces deux frères depuis longtemps ennemis, lequel aurait

la faveur de l'armée ? lequel aurait en main l'épée maîtresse de l'empire pour tourner contre l'autre la pointe de cette épée ?

Avant même que les honneurs funèbres eussent été complètement rendus à Sévère, le dissentiment éclatait de la manière la plus violente. Après que des obsèques militaires eurent été célébrées en Bretagne, que le corps de Sévère, brûlé en présence de l'armée, eut été mis

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dans une urne de porphyre, on s'achemina vers Rome avec ces derniers débris de l'empereur mort, pour lui ûdre en face du Sénat et du peuple de plus solennelles funérailles. Mais, tout en faisant ensemble et avec leur mère ce funèbre voyage, les nouveaux Augustes ne cachèrent pas leurs haines et leurs défiances mutuelles. N'habitant jamais sous le même toit, ne s'asseyant jamais à la même table, toujours en garde contre le poison que l'un pouvait donner à l'autre, ils hâtèrent autant qu'ils purent cette longue traversée de l'Océan et de la Gaule, espérant trouver à Rome, en se séparant davantage, une sécurité plus grande * .

A Rome, il leur fallut cependant paraître ensemble pour recevoir les vœux du Sénat et du peuple, porter ensemble l'urne de Sévère au monument des Antonins (Château Saint- Ange) devenus ses parents par une adoption posthume : Sévère y fut le dernier enseveli ; et du reste, après lui, les Césars n'eurent plus guère personne pour les ensevelir 2. Il leur fallut assister ensemble à l'apothéose de Sévère, étrange comédie, où l'on joua pendant sept jours autour d'une figure de cire le simulacre de la maladie, de la mort, de l'ensevelissement, du bûcher, jusqu'à ce qu'un aigle, captif au sommet du bûcher et délivré par les flammes, figurât en s'envolant l'âme portée au rang des dieux ^ Mais ni l'âme de Sévère, ni l'aigle qui la figurait, n'emportèrent dans l'Olympe la haine mutuelle de ses fils. Ils eurent à Rome, chacun sa demeure à part dans le palais, chacun ses gardes, chacun son armée ; ils

1 HérodienlV, 1.

2 Hérodien m, 15,1V, 1

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ne se rencontrèrent qu'en public et dans les cérémonies ofBcielles, s'évitèrent partout ailleurs et se détestèrent.

On eut même la pensée, pour les séparer davantage, de leur donner à chacun son Empire distinct. Antonin aurait eu l'Occident, Géta l'Orient ; la Méditerranée et le Bosphore formaient une limite naturelle ; on aurait coupé en deux la côte d'Afrique ; le Sénat se serait partagé, les sénateurs originaires d'Europe seraient restés à Rome; les autres seraient allés à Antiochejou à Alexandrie, capitale de l'empire d'Orient. Byzance et Chalcédoine auraient été deux points fortifiés, et comme deux têtes de pont, gardées par deux camps ennemis. Cette pensée d'un Empire d'Orient s'était déjà produite Une ou deux fois, mais jamais aussi sérieusement. S'il en faut croire Hérodien, dans un conseil de famille où ce plan se discutait, Julia serait intervenue, en larmes, demandante ses fils, si, elle aussi, ils allaient se la partager, comme ils se partageaient le monde; en les embrassant et en cherchant à les rapprocher, elle aurait fait échouer ce projet. J'ai peine à admettre cette scène dramatique, racontée par un écrivain qui aime assez à embellir l'iiistoire. Ennemis déclarés comme l'étaient les deux frères, la sollicitude maternelle devait, autant que possible, les éloigner l'un de l'autre. Je croirais plutôt qu'un reste de palriotisme romain, non chez les jeunes princes, mais chez leurs conseillers, fit écarter cette pensée qui eut changé cette haine domestique en une guerre civile et htâé la fin de l'Empire. <

Quoiqu'il en soit, la guerre continua de couver, nul

1 Hérodien IV, 1. Dion LXXVII, 16. Spartianus in Severo, in fine, Aureiius Victor, de Cœsaribus.

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n'osant attaquer, mais chacun se préparant à se défendre. Géta avait plutôt le peuple en sa faveur. Son caractère, un peu âpre de sa nature, s'était adouci ; il était affable, familier même ; il aimait les lettres comme la plupart des empereurs romains affectaient de les aimer; mais, ce qui était bien plus rare chez les empereurs romains, il aimait ses amis. Ses traits portent l'empreinte d'une tristesse douce quoique un peu dédaigneuse. Marc-Antonin, au contraire, jouant le guerrier farouche, assombrissant son visage, me représente un de ces prétendus vieux grognards, comme nous en avons souvent rencontré, au chapeau de travers, à la respiration empestée de tabac et d'eau-de-vie, médiocres soldats, mais affectant d'être soldats plus que personne. Grâce à cet extérieur et à une Éamiliarité grossière dans le camp, grâce au commandement militaire que seul il avait exercé, les soldats penchaient pour lui, et qui avait les soldats avait tout.

Au fond, c'était déjà lui qui gouvernait et il gouve^ nait en proscrivant. Dès les premiers jours de son empire, sans prendre un instant ce masque de débonnaireté hypocrite qui jusque-là avait semblé nécessaire à tout Cér sar débutant, il avait donné des ordres de disgrâce et même de mort. Il avait écarté de sa maison Papinien préfet du prétoire. Il avait fait périr Castor, raffranchi de confiance de son père, Evhode, son propre précepteur, quoique celui-ci l'eût aidé jadis à faire périr Plautianus. La pauvre Plautilla retirée avec son frère à Lipari^ n'avait pas langui longtemps, et avait reçu de son mari, à peine devenu empereur. Tordre de mourir. Sur rien de tout cela, Géta n'avait été consulté, Géta n'avait point résisté;

GARAGâLLA a ROME. 341

Gréta ne gouvernait pas, il avait assez à faire de se défendre et il ne put se défendre longtemps.

lin jour en effet (février 2 1 2, Tannée était à peine révolue depuis la mort de Sévère) , sous prétexte d'une tentative de réconciliation, il est appelé à une entrevue dans la chambre de Julia. La présence de sa mère le rassure, et les gardes ou les gladiateurs qui veillaient nuit et jour autour de lui, s'arrêtent aux portes.

Mais il est à peine entré que des centurions, cachés à rihsu de JuKa, s'élancent sur lui. Le malheureux, venu là sur la parole de sa mère, n'a que sa mère pour refuge: « Mère! Mère! s'écrie-t-il, secours-moi ; on me tue. » D se jette dans ses^ bras, se pend à son cou, se réfugie

pour ainsi dire dans le sein qui l'a porté ; Julia est couverte de son sang. En essayant une impuissante défense, elle est elle-même blessée à la main. Et ce fils, qu'elle vient de voir mourir, il ne lui sera pas permis de le pleurer. Marc- Antonin, l'abominable fratricide, lui interdit le deuil, et, mère pusillanime, elle obéit. Nous aussi, nous ou nos pères, avons vu le crime maître du pouvoir; nous savons tout ce qu'il a de force et tout ce qu'il rencontre de servilité.

Ce coup fait, Marc-Antonin va s'en faire absoudre par son maître, le soldat. Le soir même, il est au camp, répétant sur la route ce qu'on dit toujours en pareille occasion : un complot était formé, un crime allait être commis contre lui, il l'a prévenu* A peine entré dans l'enceinte du camp: « Salut, dit-il, mes camarades; il m'est enfin permis de vous faire du bien » ; et il leur fait de si belles promesses, qu'il leur ferme la bouche, dit

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Thistorien, prête à s'ouvrir pour maudire son crime, a Je suis, dit-il, l'un de vous ; c'est à cause de vous que je veux vivre et pour vous combler de bienfaits. Tous les trésors vous appartiennent ; tout ce que je souhaite c'est dé vivre avec vous, et, s'il se peut, de mourir avec vous. Je ne craifis pas la mort, mais je veux mourir en combattant. C'est la seule mort digne d'un homme.» Ces belles paroles furent appuyées par une largesse de 2,500 deniers par tête*. Les soldats se turent et acceptèrent. Ainsi sont faits les soldats, ou plutôt les hommes.

Cependant tous les soldats n'étaient pas là, et tous les soldats ne prenaient pas aussi aisément leur parti de la mort de Géta. Géta avait eu ses gardes comme Marc- Antonin avait eu les siens. Ceux qui avaient le plus aimé Géta, ou qui aimaient le plus leur devoir, se tenaient à l'écart. Cantonnés ou retirés à Albe, ils disaient qu'ils avaient prêté serment à deux empereurs, qu'ils seraient fidèles aux deux empereurs. Marc-Antonin vint à Albe et eut peine à se faire ouvrir les portes de leur camp. H fallut encore de nouveaux mensonges, de nouvelles promesses, des libéralités nouvelles, pourque cette dernière opposition militaire cédât et que tous les maîtres de l'empire proclamassent le fratricide seul empereur.

Le lendemain du meurtre, Marc-Antonin vint au Sénat. Il y vint avec une escorte bien plus nombreuse que de coutume ; des soldats entrèrent avec lui dans la Curie et

1 Voyez Dion LXXVII, 3. Hérodien IV. Ce dernier dit ici expressément àpavitàç Arrcxàff. B'i^ ^^ut prehdre ce terme à la lettt-e, au lieu de le traduire par des deniers romains, ce serait toujours plus de 2000 francs ptf tête.

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formèrent une double rangée entre les bancs des sénateurs, sérieux avertissement pour les pères conscrits. Lui-même par surcroît de précaution portait une cuirasse sous la toge sénatoriale. Il parla, toujours vaguement, des embûches que Géta lui aurait dressées, de son amour fraternel méconnu . Le Sénat osa être froid . Puis, Marc-An tonin se levant comme pour sortir et approchant de la porte afin d'être entendu du dehors*: ce Grande nouvelle ! s'écriat-il, et que la terre entière se réjouisse. Tous les exilés, quel que soit leur crime et quel que soit leur juge, vont revenir. » La nouvelle n'était rien moins que réjouissante pour le Sénat et pour les gens de bien. Sévère avait été un tyran, et parmi ses condamnés, il y avait sans doute des proscrits politiques. Mais Sévère avait aussi été un justicier exact, et les exilés de son règne étaient en grande partie des voleurs ou des meurtriers. C'étaient là ceux que le meurtrier Marc-Antonin rendait à leur patrie.

Il n'était cependant pas rassuré et passa la nuit au camp. Il n'osait encore proscrire, et, quand il rencontra sur son chemin .des femmes qui pleuraient Géta , on put le dissuader de jeter sur elles ses soldats. Mais le jour suivant, quand il eut osé se montrer au peuple ; quand, pour aller rendre grâces à Jupiter, il eut gravi les degrés du Capitole, appuyé sur le préfet du prétoire Papinien qu'il allait mettre à mort, sur le préfet de la ville Fabius Cilo qu'il allait également condamner, parlant à d'autres sénateurs qu'il allait faire périr : alors enfin, rassuré parla lâcheté universelle,* il osa agir. Géta était mort ; mais

1 Spartianus in Caracalla.

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les amis, les commensaux, les sénateurs, les afBdés, l^s gardes de Géta vivaient. Le massacre commença dans le palais. Tout ce qui habitait chez Géta, jusqu'à des enfants à la mapielle, fut mis à mort. Tout ce qui avait seulement connu ou rencontré Géta, les histrions qu'il protégeait, les athlètes* et les cochers qui avaient été ses amis à Tamphithéâtre ou au cirque, les aOranchis qui géraient ses biens, furent tenus pour suspects et livrés à la merci des soldats ; on tua les gens au bain, à la table, au lit, dans la rue, partout. Quant aux grands personnages, sénateurs ou femmes de sénateurs, on les honora d'un ordre spécial de l'empereur ou d'un affidé de l'empereur, donné au centurion pour les , tuer. Les corps furent jetés dans la rue, traînés au Tibre ou à la voirie. Un Pétroniusfut tué auprès du temple d'Antonin le Pieux. Le célèbre érudit, Sérénus Sammonicus, ami de Géta et qui lui avait dédié ses ouvrages, fut frappé comme il était à table. Une fille de Marc-Aurèle, vieille et que tous les princes avaient honorée ne fût-ce qu'à cause du nom de son père, fut tuée parce qu'elle avait pleuré avec Julia la mort de Géta ^ Avec elle périt un Pompeianus, petit-fils de Marc-Aurèle et fils de Lucille. Vers le même temps, périt le consul Helvius Pertinax, fils de celui qui avait été empereur; mais n'avait-il pas mérité la mort ? Lorsqu'au sénat le

t Hérodien IV. Elle s'appelait Cornificia et son mari était un Petrooius Mamertinus oui avait été tue avec son fils sous Commode. Lampride in Cofi^ modo 7. « Elle pleura d*abord beaucoup, rappelant son père, son aïeul ti Antoninet son frère Commode; mais enfin elle ajouta: Malheureuse âme, i< enfermée dan^ un corps malade, sors de ta pnson,8ois libre, montre à « tes ennemis que, quoiqu'ils fassent, tu es la ulle de Marc-Aurèle. » Et comme par honneur, on lui avait laissé le choix de la mort, elle se dépouilla de ses parures, s'apprôta pour mourir et se fit ouvrir les veines. I)ion. Fragm. apud Maïum p. 230,

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préteur, lisant un édit, énumérait tous les titres de Tempereur: Parthique (vainqueur des Parthes), Sarmatig^e (vainqueur des Sarmates) Helvius ajouta Gétique (vainqueur des Gètes ou vainqueur de Géta) * ; ce quolibet sanglant, joint à sa popularité, joint au souvenir de l'empereur son père, causa sa mort. Celui qui avait tué son propre frère, ne devait pas épargner ses cousins ; un SeptimiusSévérus africain, que l'empereur son oncle avait fait sénateur, reçut en deux jours deux messages de l'empereur son cousin : le premier jour, un plat de sa table (genre de politesse assez familier aux Romains); le second jour, des meurtriers ; il sauta par une fenêtre pour leur échapper, se cassa la jambe, se traîna en rampant jusqu'auprès de sa femme et fut tué devant elle. Ainsi trois dynasties impériales, celle des Antonins, celle de Pertinax et celle même de Sévère étaient proscrites à la fois. Ce fut toujours à Rome une situation peu sûre que celle de fils ou de cousin d'un empereur passé ^ ou même de Tempereur présent.

Une sentence de mort avait été portée, comme je l'ai dit, contre les deux préfets, Papinien et Cilo. C'étaient deux grands amis et confidents de Sévère. Nous connaissons déjà Papinien, ce jurisconsulte soldat, allié, ami et condisciple de Sévère, son compagnon dans la guerre de Bretagne, témoin des complots parricides de Marc-Antonin, témoin aussi de ga haine pour Géta avec qui il avait cherché à 1© réconcilier. Un pareil témoin ne devait pas vivre. On sijoute (et ce sont là de ces faits que

1 Spartianu8 in Geta., in C§>racaUa.

? Çuœ res Qullijfacile priva^g tuto fuit. Spart, in Severo,

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nous sommes heureux de croire), que Papinien, interpellé par l'empereur fratricide de justifier devant le Sénat le meurtre de Géta, osa répondre : « 11 est plus facile de commettre un pareil crime que de le justifier. » Les soldats le menèrent au palais et le frappèrent de mort devant Tempereur lui-même; seulement celui-ci trouva mauvais qu'on se fût servi de la hache : « Tu aurais dû, dit-il à l'assassin, te servir du glaive pour exécuter mes ordres. » Singulier scrupule d'étiquette ! Un fils de Papinien, questeur et qui, trois jours auparavant, avait donné en cette qualité des jeux magnifiques, périt avec son père ou peu après *.

Fabius Qlo fut plus heureux. Préfet de Rome, il avait appris au peuple à le respecter et à l'aimer ; confident des princes, il leur avait prêché la concorde fraternelle. Il avait eu part, comme Evhode, à l'éducation de Marc- An tonin ; Marc-Antonin affectait parfois de l'appeler son père et disait : ce Ceux qui sont ses ennemis sont aussi les miens ^)) Aussi voulut -il traiter cet apôtre de la concorde comme il avait traité Evhode. Les prétoriens arrivent chez Cilo, le trouvent au bain, pillent sa maison, l'emmènent en tunique et en pantoufles; ivres de pillage sinon de vin, ils le frappent au visage, déchirent sa tunique, le conduisent par la Voie sacrée au palais. Marc-Antonin voulait être témoin de cette mort, comme de celle de Papinien. Le peuple cependant, qui avait encore quelque

1 L'inscription suivante, précieuse si elle était vraie :

AEMILIO PAVLO PAPINIANO EVGENIA 6RAC1LIS (!)

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