‹ Les Césars du troisième siècleChapitre 14 sur 32 · PRAEF. PRAET IVR. CONS. TVRBATO ORDINE IN 8ENI · texte numérisé non relu

PRAEF. PRAET IVR. CONS. TVRBATO ORDINE IN 8ENI

Q. VIX ANN. XXXVI, M. IV, D. X, (!) HEV PARENTES INFBLICBS FILIO OPT. HOSTILIVS PAPINIANV8 P. M. FEGBRVNT

{GruteTf p. 348, 8.)

2 Dion LXXVII, 5, fragm, VatU., p. 742. •

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audace, gémit et s'irrite. Des soldats des cohortes urbaines, qui étaient à proprement parler les soldats du préfet de Rome, s'indignent de cet outrage fait à leur chef; peuple et soldats se soulèvent contre les prétoriens. Marc- Antonin accourt; et, désespérant de faire tuer Cilo, il se résigne à l'embrasser, lui jette sa propre chlamyde sur les épaules, s*indigne contre ceux qui outragent ainsi son père, et fait décapiter les soldats, maladroits exécuteurs d'un ordre qu'il est contraint de désavouer. La tyrannie a aussi, pour la consolation de l'espèce humaine, ses heures de faiblesse et de crainte.

Mais en général c'était pour elle un temps de triomphe. Un grand crime accompli et devant lequel tout un peuple baisse la tête met le comble à la puissance d'un tyran. M arc-Antonin, le lendemain du fratricide, comme Néron le lendemain du matricide, se sentait plus puissant que jamais. L'historien Dion avait dressé une liste des victimes les plus illustres que sonabréviateur Xiphilin a trouvée trop longue et a discrètement supprimée. Mais, illustres ou obscures, Dion en comptait jusqu'à vingt mille, hommes^ femmes ou enfants. Quand il s'agit d'appuyer le meurtre d'un frère, ce n'est peut-être pas trop de celui de vingt mille concitoyens * .

En même temps, des meurtres d'un autre genre ensanglantaient l'amphithéâtre, ceux-là destinés, non pas à consolider le fait accompli, mais à le célébrer. Éléphants, rhinocéros, tigres, hippotigres (tigres de haute taille) tuaient ou étaient tués sur l'arène ; les gladiateurs y périssaient par centaines ; un d'entre eux et des plus çé-

« Xiphelin LXXVII, 4, 5, fi.,

lèbres était contraint, pour charmer Antonin, de combattre trois fois le même jour» et, vaincu dans le troi^ sième combat, Antonin le consolait par de magnifiques funérailles. Le crime heureux célébrait ainsi son triomphe.

Mais non ! le crime n'était pas heureux. Le criiAinel était un païen, païen bien dégénéré de l'hellénisme antique et de la sévère religion romaine, mais païen cependant, superstitieux, croyant à quelque chose au dessus de lui, sans trop savoir à quoi, mais croyant à quelque chose. Ce criminel avait des remords ; le crime moderne, le crime athée, matérialiste, sceptique, n'en a pas. Chose étrange ! Marc-Antonin pleurait Géta ; lui qui avait défendu à sa mère de le pleurer, il versait des larmes quand on prononçait ce nom. Aussi le nom, l'image de Géta dut-elle disparaître pour ne pas éveiller ses remords. Les inscriptions subsistent en foule où le nom du frère assassiné a été visiblement effacé et remplacé par des épithètes honorifiques qui suivent le nom du frère assassin. La comédie qui donnait si fréquemment à des esclaves le nom de Géta, dut les appeler autrement. Géta eut même de magnifiques funérailles comme les avait eues le gladiateur Bâton, ce Qu'il soit dieu, pou vu qu'il ne soit plus de ce monde {sit divus dummodo non sit vivus) », avait dit son assassin en jouant sur les mots. Géta fut un <Seu ; son âme, figurée par un aigle, fut envoyée au ciel, et l'urne qui contenait ses cendres fut déposée dans le monument de sa famille *. L'honneur était médiocre et ces

1 Spart, (in Geta 7.) indique un monument bâti par Sévère en forme de septizonivm, mais distinct du septûonium attenant au palais, puisqu'il était sur la voie Appia, à droite avant d'entrer à Rome.

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hommages officiels rendus par le meurtrier à la victime ne sont pas rares. Mais Marc-Antonin allait plus loin et prenait soin de venger sa victime. Au sang des amis de Géta, il mêlait le sang de ses propres complices dans le meurtre de Géta. L'un d'eux, le second préfet du prétoire, Mécius Létus, reçut du poison de la main de son maître et fut des premiers qui périrent. Telle était, dit un écrivain, la mobilité de cet esprit ou peut-être sa soif de sang, qu'il tuait tantôt les partisans de Géta, tantôt ses ennemis, selon que le sort les lui faisait rencontrer. Mais ni ce châtiment des assassins, si de semblables tueries peuvent s'appeler du nom de châtiment, ni les vains honneurs rendus au mort, ni les soins pris pour en écarter le souvenir, ne calmaient cette conscience dépravée du païen qui n'est pas la conscience abrutie du matérialiste. La vision de Géta le poursuivait ; son frère et son père couraient sur lui l'épée à la main. Il appelait la magie à son aide, il évoquait les morts^ il évoquait son père, mais son père ne venait pas; il évoquait son digne prédécesseur Commode, Commode lui apparaissait et lui disait ce seul mot: « Cours vite au supplice. »

Mais enfin, grâce à son crime, Marc-Antonin était seul Empereur ;• il gouvernait, non pas sans conseiller, sans aide, sans influence basse ou élevée qui conbîbuât à le diriger; il gouvernait, cependant, par son propre sens et par sa volonté. Marc-Antonin criminel, dépravé, mobile, capricieux, extravagant en certaines choses, n'était pas un fou à cette époque. Il l'était moins que Néron et Domitien eux-mêmes ; il l'était moins sur-

tout que Caligula. Nous ne voyons guère sous lui d'affranchi tout-puissant, de préfet du prétoire maître de l'Empire plus que l'Empereur. Quelques historiens semblent dire que Julia exerçait sur lui une influence presque dominante. Pour l'honneur du sentiment maternel, je neveux pas le croire ; il serait trop odieux qu'une mère restât puissante sur l'esprit d'un fils meurtrier de son autre fils. Il est vrai que, pour compromettre la mère de Géta,Marc- Antonin aimait a lui donner certaines marques de confiance, à mettre son nom * à la fin de ses lettres au Sénat, à la faire écrire à sa place ^. Mais tout atteste que les conseils de sa mère n'étaient guère écoutés. Marc- Antonin gouvernait véritablement par lui-même.

Son gouvernement, du reste, fut des plus simples. Toute sa politique se réduisit à la maxime de son père mise en pratique plus encore que ne l'avait fait son père : ce Payez bien les soldats et moquez- vous de tout le reste. » Son règne fut le règne de Sévère, moins ce que le règne de Sévère avait eu d'utile, de louable, de régulier.

1 Celait la formule : Ego, mater, exercitiisqiie valemus. Dion LXXVII,

2 Quelques écrivains vont plus loin encore. Selon eux. Julia Domna aurait été, non la mère, mais la belle-mère de Garacalla lequel serait né du premier mariage de Sévère; et Julia, toujours belle dans son âge mûr, aurait séduitson beau-tils après la mort de Géta, et un mariage aurait eu lieu, réprouvé par toutes les lois religieuses et civiles de Rome, mais autorisé par la toute puissance impériale ivoir Spart, in Carac. et d'aprèslui Au r. Victor, Einl.i. Mais ce récit est démenti pur les dates. Julie fut mariée à Sévère du vivant

époque de son mariage, devait en avoir au moins 52 à lépooi la mort de Géta, ce qui nmd la séduction pcii vraisemblable. D'ailleurt, Dion, contemporain, présent à Rome et peu ami de Garacalla. parie toujours de Julie comme mère de ce prince, et en tous cas n'eût pas manqué de signaler un fait aussi monstrueux Gela n*empéche pas. du reste, d'admettre le surnom de Jocaste donné à Julie par les Alexandrins. La run^eur pop»jajre peut tout supposer et incnie tout croire, '

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