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CHAPITRE PREMIER

SÉVÈKE EN ORIENT — 197-202 —

Le inonde appartenait donc à Sévère. A l'Orient, Niger *Vait été vaincu ; à rOceident, Albinus avait succombé ; *u centre, le Sénat et le peuple de Rome tremblaient en attendant la venue de leur vainqueur (197).

On pouvait déjà mesurer combien cette victoire était Complète au changement qui apparaissait dans les allures i^ cet Africain, violent et prudent à la fois. Sa prudence ^tant rassurée, sa violence pouvait se faire jour. Après sa ^ctoire en Orient, il avait épargné les monuments de Niger : dans la Gaule, il n'épargnait même pas les restes d' Albinus. Il avait d'abord respecté la famille de son premier ennemi : il faisait périr la famille du second ; et bien plus, la femme, les enfants, les parents même de Niger, demeurés en paix jusque-là, étaient immolés après la défaite d' Albinus, à la défiance tout à coup réveillée de

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leur vainqueur. Au moment de son triomphe d'Ar tioche, il s'était encore un peu souvenu du serment (fi' avait fait de ne mettre à mort aucun sénateur: aujoni d'hui, il l'oubliait complètement ; les sénateurs périï saient comme d'autres et leur seul privilège était q« leurs cendres étaient jetées au vent. En Asie, un accus avait su, par la hardiesse et la franchise de ses réponse) obtenir une absolution inespérée : ici, au contraire, u noble Gaulois qui n'avait guère fait (ju'obéir à la force e suivant le parti d'Albinus, ayant épuisé en vain tous k moyens de toucher son vainqueur, finissait par lui dire de Si le sort des armes t'eût été contraire, que demande rais-tu au vainqueur et que ferais-tu ?» — « Je souf& rais ce que tu vas souffrir ! » lui répondit l'impitoyabl Sévère, et il lui faisait trancher la tcte.

Enfin un dernier rapprochement caractérise la politiqu nouvelle de Sévère. A sa première entrée dans Rome il avait pris le surnom de Pertinax et il avait fait Tape théose de ce prince pour se rattacher aux nobles souvc nirs que ce César d'un jour avait laissés ; aujourd'hui se faisait précéder dans Rome par la sinistre nouvel) d'une tout autre apothéose. Cette fois, c'était Commode le tyran, l'insensé, la bête féroce qu'il déifiait. Non-seu lement il se proclamait fils de Marc-Aurèle (adoptio posthume et ridicule, qui lui faisait dire par un plaisant (( Je te fais mon compliment : tu as trouvé un père » ) mais de plus il se proclamait, ce qui politiquement par lant était tout autre chose, frère de Commode, et ce frèr il le mettait au nombre des dieux ; il lui donnait pou pontife celui que Commode vivant avait désigné ; il ios

dtuait une fête pour le jour de la naissance de Commode < . Rome savait donc à quoi elle devait s'attendre. Rien n'est plus redoutable qu'un lâche qui se sait hors de danger : et Sévère, qui avait été peut-être un brave soldat, ne fut jamais qu'un lâche empereur.

C'était donc là le vainqueur que Rome attendait. U fallut quelque temps encore à Sévère pour achever ce qu'on eût appelé en style moscovite la pacification de la Gaule ; écraser les résistances que le désespoir suscitait encore, soit parmi les légionnaires d'Albinus, soit parmi les populations gauloises ; faire tout plier sous le joug uniforme de l'obéissance et de la peur; veiller aussi à la sûreté de la Bretagne et au gouvernement de ces légions indisciplinées qui avaient déjà tant troublé la sécurité du dieu Commode ; partager en deux cette province trop importante et en répartir le territoire entre deux préfets afin d'éviter un nouvel Albinus. Cela fait, les légions victorieuses s'ébranlèrent, et l'armée sévérienne tout entière, compagne inséparable de son Empereur, passa les Alpes avec lui.

Cette seconde entrée dans Rome se fit comme la pre- Kïière, au milieu des signes extérieurs de la joie publique ; delapai^t du peuple acclamations, guirlandes, toutes les corporations couronnées de lauriers; de la part du prince,

ç^' Cette déiûcation de Commode et sa paternité adoptive avec Septime ^^ère ont été en vigueur tout le temps du règne de Sévère. Ainsi les for- ^ulesidivo Commodo, divo Commodo fratri imp.cœs. l.Septim., l. Septim. fraler "*«• Commod. dans des inscriptions du Forum de Trajan (Orelli 888), d'Ostie J? 196 (id. 904), deDiana, Setif et Girta en Afrique en 197, 198, 201. (Ree!f A ^?'^®' ^^^^' ^'^^^- Henzen 5492), des Nattabutes (Oum-gueriguech) ''Afrique, en 210. Revue archéologique 1866. t. I. p. 100. Plus tard encore 'Dia Sabina, fille de Marc-Aurèle, est qualifiée sœur de Septime Sévère. Wenier. Jtwcr. de l'Algérie 2719.)

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magnificences de toutes sortes, jeux de toute espèce sur tous les théâtres, athlètes et bouffons de tous le pays, bêtes tuées par centaines, largesses abondantes solennelles. — Mais, dit Tertullien, « si une glace trans parente nous montrait ce qui se passe dans les cœurr qu'eussions-nous vu au moment où un nouveau César ei venu à son tour présider la grande scène du Congiaire au moment où tant de bouches ont répété :

Jupiter, ôte de nos ans Pour ajouter à ses années !

ce Les plus ardents partisans d'Albinus, ceux-là même^ qui allaient payer de leur tête leur zèle passé, n'étaient ils pas ceux (jui mettaient au dessus de leurs portes le rameaux de laurier les plus épais, qui allumaient au p ristyle de leurs maisons les lanternes les plus brillantes qui se partageaient le Forum pour y étaler en Thonneu des dieux les lits de parade les plus magnifiques ? S*uni saient-ils sincèrement à une commune réjouissance, o prononçaient-ils intérieurement d'autres vœux, cachar leurs espérances secrètes sous le voile de la solennit publique, et changeant tout bas le nom du prince pou celui d'un autre prince * ? » Nous sommes de l'avis d Tertullien, nous (|ui avons vu 1814, 1815, 1830, 184 et 1852/

Mais à qui pouvait mieux s'appliquer cette peintur du railleur chrétien qu'au pauvre Sénat de Rome ven lui aussi, au devant de Sévère, obligé de le recevoir ^3* de l'entendre dans le lieu de ses assemblées ? Le nouv ^bI

1 Apologet. 35.

Empereur, vrai Pertinax et vrai Sévère fverè Pertinax, t^erè SeverusJ, disait-on, lui arrivait, irrité, précédé par des lettres moqueuses et menaçantes, muni des papiers d'Albinus dont il avait déjà largement fait usage dans la Gaule, dont il allait faire largement usage à Rome. Cll'était un Néron, mais un Néron calculateur et de sangiVoid. C'était, comme on disait, un Sylla punique, froid et réfléchi comme Sylla, sauvage comme un Africain. Sa iamille était si peu romaine que sa propre sœur, venue à Rome pour le voir, parlait à peine le latin.

Il fit néanmoins un grand éloge de sa propre clémence ; iï:âais il lut les lettres d'Albinus, et, prenant les sénateurs il partie, reprocha à Tun le billet amical qu'il avait écrit à ^Ibiiius, à l'autre le cadeau qu'il avait fait à ce prince, à d'autres leur amitié pour Niger. Puis il se mit à parler liistoire: « Pompée et César avec leur modération et leur clémence n'ont été que des sots et se sont perdus sottement. La politique sûre, c'est la politique sévère, dure, Méfiante de Sylla, de Marius, d'Auguste. » Puis, abordant le souvenir de son dieu Commode avec le zèle d'un nouveau converti : « Il n'a pu déplaire, dit-il, qu'à des infâmes. Vous avez condamné sa mémoire, et la vie de la plupart d'entre vous est plus honteuse que la sienne. Il ^uait de sa main les bêtes du Cirque, et vous avez parmi vous un homme âgé, qui hier encore, à Ostie, paradait en face d'une fille de joie déguisée en panthère. Comïïïode faisait le métier de gladiateur ; par Jupiter ! aucun ^6 vous n'a-t-il fait ce métier ? Pourquoi donc s'est-il trouvé parmi vous des amateurs pour acheter le bouclier ^* k casque d'or de Commode ? »

UCi LIVRE II. - SEPTIME SÉVÈRE

Cette raillerie cruelle, jointe à raccent africain, à taille haute, à la tête sévère et déjà blanchie par Tâg de l'Empereur, dut causer de cruels frissons aux séna leurs qui en avaient déjà éprouvé de si rudes sou Ço^^ode et sous Julianus.

Malheureusement, ils n'en furent pas, cette fois, quitte pour la peur. La série des jugements commença, juge ments prononcés sommairement par l'Empereur luimême, sans entendre probablement aucun des accusés. Les papiers d'Albinus, manipulés avec art comme il fait toujours en pareil cas, avaient produit soixantequatre accusés parmi les personnages le^ plus importants du Sénat. Sévère voulut bien en acquitter trente-cinq, et ceux qu'il acquitta, il faut le dire, il les laissa libres e^i les traita désormais comme si rien ne fût advenu ; vingt-neuf furent condamnés à mort * . En tout, l'historien nomme quarante-deux personnages connus (nobUes) consulaires, préteurs et autres, condamnés par h sans avoir été entendus 2. Parmi eux six hommes di nom de Pescennius, sans doute parents de Niger, et c( Claudius Sulpitianus, beau-père du césar Per.tina;s, qui, à la mort de son gendre, avait mis l'enchère sur l'Em^ pire.

L'athlète Narcisse qui avait étranglé Commode fut jet^^ aux lions: on ne devait pas moins au nouveau dieu. Biej .d'autres n'ont pas mérité « l'honneur d'être nommés » .^ijien qu'ils méritassent l'honneur d'être proscrits.

Tertullien avait vu ces proscriptions e^ les rap

1 Dion LXXV, 8.

2 Sine causa dictione. Spartien.

iéVÈRE EN ORIENT ii7

pelle : m Les temps présents nous l'enseignent , dit-il, q^e (l!hommes et quels hommes, pour lesquels on ne devait pas attendre une telle fm si Ton eut jugé d'après leur naissance, leur dignité, leur âge, ont péri à cause d'un^ul homme ; par sa main, quand ils Tont combattu ; J>ar Jp main de ses adversaires, quand ils ont combattu .pour lui ! Le supplice que nous hésitons à braver pour la cause de Dieu, ajoute- t-il en parlant aux chrétiens persécutés, nous pouvons avoir à le souffrir pour la cause a-un homme '.

Sévère affermissait ainsi son pouvoir. II est triste de le dire et il serait peut-être plus sage de le taire : si les .ft:>u6 comme Néron et les poltrons comme Robespierre, /c|iii tuent à tort et à travers au gré de leur caprice et de "J^iff peur, ne s'assurent en général qu'une domination ^clc courte durée ; au rebours, les scélérats intelligents ocmme Tibère ou comme Septime Sévère, ceux qui tuent ^A^ec (Ëscernement, qui « oppriment sagement » selon la parole du Pharaon d'Egypte, qui supputent au juste le nombre des victimes qu'il leur faut, soit pour assurer l*obéissance de leurs peuples, soit pour couvrir le déficit cie leur budget, et ne dépassent pas trop ce nombre ; ceux là en général s'assurent une domination solide et ^ursèle. Le règne de Tibère fut plus long que celui d'aucun des bons empereurs ; le règne de Sévère compte au ifKMûbre des longs règnes de l'Empire romain. Ce monde- Cl n est pas fait pour être le théâtre de la vertu triomphante et de la justice couronnée : c'est un spectacle qui

l MMartyreSj in fine.

nous sera donné ailleurs. Ici-bas, ie règne est d*ordi naire au plus habite et au plus fort, ce qui veut dir** presque toujours au moins honnête et au plus dur.

Sans doute cette modération dans la tyrannie n*est pa — ^s toujours facile à observer. Tibère se laissa emporter au: excès de la cupidité et de la peur, et tua par défianc( pour un mot, pour un geste, pour Tombre d'un soupçoj Sévère, par moments aussi, ne sut pas garder la mesun que le pur calcul aurait prescrite à sa tyrannie. On nou parle de gens condamnés sous de légers prétextes, pou ' une allusion, pour un quolibet, pour une plaisanterie pour avoir parlé, pour s'être tus. Mais en général le cruautés de Sévère se limitèrent, non pas à sa passion mais à son intérêt. Il n'avait ni l'avarice effrénée, ni h morosité défiante de Tibère, et il avait sa politique réfléchie, prévoyante, calculatrice. Tibère, succédant ai règne modéré d'Auguste, avait constitué le despotism( impérial. Sévère, après le règne modéré des Antonins -r^^ reconstitua un despotisme nouveau. Il y a là une phas^^ capitale dans la vie de l'Empire romain et sur laquell^^ nous devons nous arrêter un moment.

Ce qui caractérise le despotisme renouvelé par Septim^^^ Sévère, c'est la prépondérance du soldat. Le prince étai un de ces esprits puissants et habiles, auxquels manqua l'élévation de la pensée et du cœur, et qui ne comprennent rien au dessus de la force. La force matérielle est pour eux l'unique puissance au monde ; la forci matérielle régulièrement constituée et dirigée par um pensée supérieure, c'est-à-dire par leur propre pensée est le seul principe du bien. Pour Sévère comme pour ce

iilustres égoïstes, Pierre le Grand et Frédéric le Grand,

la grande base de TEnipire ce fut Tépée du soldat. Il ai-

nfiajt la force réglée et disciplinée, mais avant tout la

force; il voulait Tarmée dominante et privilégiée, ne

doutant pas que Tarmée privilégiée lui obéirait, ne fut-ce

que par reconnaissance. 11 se persuadait que la garde

de cette épée qu*il voulait rendre si brillante et si forte

ne sortirait pas de sa main et de celle de ses fils.

Il ne craignit même pas d'affaiblir à certains égards la discipline pour gagner l'armée et la rendre plus dévouée à sa famille. Il éleva à un chiffre inouï la solde et les rations des légionnaires*. Il multiplia outre mesure les largesses extraordinaires; il permit aux soldats l'anneau d'or, signe de noblesse ou de richesse pour mieux dire, réservé aux seuls chevaliers ; il leur permit non pas de se marier, mais de mener des femmes avec eux*. En même temps, multipliant et

t Militibus tantum stipendiorum quantum nemo principum dédit. Spart. *^ Sev. 68 (après la défaite d'Albinus) ; il raugmenta encore après sa guerre contre les Juifs (id.;.

Quant aux distributions d'argent extraordinaires: Après sa proclamation dans le camp, 500 sesterces (quingerUa sesterlia ?i pHrtète, plus que prince n'avait jamais donné Spartieni. ^ Arrivés à Borne, les soldats réclament tumultueusement dena miUia, à ^'exemple de ceux qui avaient conduit Auguste à Home (/d. 23). A l'époque ^e son iOe anniversaire, il leur donne autant d'aum que d'années, ce qui t'ait 250 deniers par tête et, en tout 50 millions (Dion LXXVI, t). Jamais on n'avait autant donné.

Libéralités considérables avant la guerrecontre Albinus (Hérodien III». Après la défaite d' Albinus, il excite le soldat au pillage de la Gaule ; arrivé à Rome, nouvelle distribution d'argent ; augmentation des rations ^e blé, droit 'de porter l'anneau d'or Hérodien III, 71).

Us inscriptions confirment ici le témoignage des historiens. Ainsi :

Actions de grâces à Sévère pour des largesses montant à 8000, 6000,

^t \000 sesterces par tête pour des grades qui paraissent peu élevés.

'Lambésa. Renier 60-63».

* Toi; Sf OTjoaTeWaiÇy infica^ft /jiri^TQL TrXsioroe, ot}l«. rs tto^^oc 9v-

1 5b LIVRE ni - sêptiMe' sévère

étendant les privilèges de droit civil que les autres Empereurs avaient accordés à l'armée *, il achevait de sortir de Tancien système romain, déf faire de Tarmeé une nation à part, de séparer le soldat du citoyen, dfe subordonner la curie à la caserne, sans penser qbë e'é^ — ^-tait lui subordonner le palais ^.

Je me trompe : Sévère y avait pensé ; mais il avait con- «• fiance que la caserne, si puissante qu'elle fiit, recevraiBT t docilement les ordres du palais. Il croyait avoir bris^^aé pour jamais l'arrogante indépendance des prétôriehs qui«e- > seuls armés dans Rome et dans l'Italie, avaient fait eP^"^

— Ce n'étaient même pas de<* concuhinœ dans le sens légal du mot. Gara, cali^ les appelle focariœ et les assimile à des femmes mariées en anmilan'^ ^' les donations qui leur étaient faites. G. J. De donationibus irUer vir. etuxor, ' • (V, 169). De conditionibus inserlis. (VI, 46). -^

Tertuilien montre bien que le mariage légitime était interdit aux sol— -^^ dats. La milice était même une cause de dissolution du mariage. Bofiaticr^^^ ad castitatem 12. Et Code J. De donationib. inter virum et uxorem (V., 16)-

t Ainsi, restitution in integrum comme pour les mineurs pour une suc — -' cession négligée (an 198). l Cod, Just. De restitution, militum (11^ 511.

Impunité des omissions commises dans la déclaration pour le Gens. 3. Ibidem, De vectigal. et commiss. iIV. 61).

Dispense de tutelle. Digeste 9. De excusationibus IXXWll, lî et ailletirs;

— Dispense de certaines charges municipales pour les vétérans. IHg, 5- De veteranis (XLIX, 18).

Garacalla à son tour admet de la part des soldats Texcuse tirée de l'ignorance du droit (an 212 Cod. Just. 1. DejUHs et facti ignorantia.

On en vint ii se faire soldat pour échapper à des procès. Sévère fut obligé de statuer que celui qui aurait agi ainsi serait, sur la demande de son adversaire, délié du serment qui le liait à la milice. 1. Cod. Just. Qui milUare nossunt (XII, 34).

Nouvelles faveurs pour le testament militaire. Dig. 13 4,, De testamento militis (XXIX, !•.

2 Droits honorifiques accordés aux soldats : L*anneau d'or dont je viens de parler. Une médaille militaire en argent donnée à titre de récompense.

— Ces médailles se cousaient sur le vêtement et paraissent avoir remplace les anciennes récompenses telles que picjues, bracelets, harnachements qui se donnaient autrefois. Du moins, celles ci ne sont plus mentionnées après le temps de Sévère, et les médaillons deviennent fréquents à partir de ce temps. On en retrouve cependant deux portant la date de 16t. Je suis ici l'opioion du savant Borghesi. Di due medaglioni. Opère nùmisfnatiehe t. ni). ^

SÉVÈRE EN ORIENT loi

défait tant d'Empereui's. II crut aussi se mettre en garde contre les révoltes des légions lointaines qui, indignées de la toute-puissance des prétoriens, avaient plus d'une fois passé les Alpes et étaient venues à leur tour, plus nombreuses et plus aguerries, faire et défaire des empereurs. Une nouvelle milice prétorienne fut formée par lui, quadruple * en nombre de l'ancienne. iZe fut une véritable armée capable de combattre au besoin ou le peuple ou les légions, de défendre comme de contenir Tltalie. Mais au lieu de la garder tout entière dans Rome, Sévère la répandit dans toute Tltalie. Au lieu de la recruter comme on avait fait jusque-là à peu piès exclusivement dans la péninsule, Sévère la forma de soldats choisis dans toutes les légions, en d'autres termes, dans toutes les provinces ; elle fut Dalmate, Gauloise, Africaine plus qu'Italienne et que Romaine. Elle fut ctomme une déléguée de toute l'armée pour garder le ohef de l'armée. Elle fut par excellence l'armée personnelle de l'Empereur. Son chef légal, le Préfet du Prétoire, de plus en plus occupé de fonctions civiles et iudiciaires *, demeura comme il l'était déjà, le second personnage dé TEmpire, mais un personnage si éloigné d'être exclusivement militaire que nous verrons pendant bien des années cette fonction occupée par un légiste. Ce fut donc une force choisie par l'Empereur, ap|)artenaht à l'Empereur seul, appelée de loin par l'Empereur, occu

1 Hérodieo : Twc tc h Puuif} Suvaatwç àvrriç rirpaTrXatriatTBtivriq. I>ion. LXxrV, 2. r. r

2Hérodien IV, 12, V, 7. VII, 6. Dion LXXV, 15. Capitolin inMarco M. uosiiheus, 5.

pant pour l'Empereur Rome et Tltalie presque à titre de conquérante. Que cette milice fût passablement disciplinée, qu'elle fût aguerrie, payée, satisfaite ; toute la politique de Sévère était là. Il le disait crûment à ses fils: (( Payez bien le soldat et moquez-vous de tout le reste.»

Sévère, en effet, commençait, ou peu s'en faut, à ses moquer de tout le reste.— Du Sénat d'abord. Il avait profondément gravée dans son esprit la haine du Sénat- Cette assemblée, si peu digne et si peu fière, eut cependant le privilège d'être, trois siècles durant, le point de ralliement de la vertu et de la dignité romaines. Les princes,, bons pu mauvais, lui reconnurent tous ce caractère, ceuxlà en l'honorant, ceux-ci en l'abaissant. Le Sénat avail grandi sous la dynastie adoptive qui avait fini avec Marc- Aurèle ; il avait grandi en puissance, peut-être même en considération, quoiqu'il n'eût certes pas grandi en vertu et en courage.

Ces princes, assurés de la force bien plus que de la sagesse du pouvoir impérial, n'avaient pas craint de reconnaître la souveraineté du Sénat, sûrs que le Sénal n'en abuserait pas. Mais après eux, la guerre contre le Sénat, qui avait commencé jadis avec Tibère, avait recommencé avec Commode. Sévère, venant à son tour,i soi-disant fils de Marc-Aurèle et frère de Commode^i avait à choisir entre les exemples de son père et ceux de son frère; mais le choix ne pouvait être douteux, et, malgré les protestations de son début, il est probable que* dès son premier jour, l'Africain, le soldat et le prince

absolu se sentait peu de respect pour le Sénat romains pacifique et conservateur.

SÉVÈRE EN ORIENT i58

Le Sénat ne fut cependant point supprimé, les proscriptions de sénateurs ne durèrent pas toujours ; mais le Sénat toujours abaissé arriva de plus en plus à n'être qu'un souvenir. Il avait jadis la nomination des préteurs, des tribuns, et des édiles; il n'est plus question maintenant que de magistrats nommés par le prince. Les affaires de l*Empire ne se liront plus à la curie ; l'Empereur n'y vint que pour recevoir des hommages, y promulguer et y faire acclamer ses volontés. Ce qui s'appelait jadis une délibération du Sénat s'appela dans la langue des jurisconsultes,, un discours de l'Empereur, et ce discours il «^*avait le plus souvent pas pris la peine de le prononcer •ui-même dans le Sénat * .

S'il tenait aussi peu de compte du Sénat, encore moins devait-il se soucier de ces autres débris des institutions i*épublicaines, qu'Auguste avait conservés, ne fiit-ce qu'à Utre de transition, que ses premiers successeurs tout en les haïssant avaient laissé subsister, que la période antonine avait plus tard relevés et pris au sérieux. Sans doute, il y eut toujours des consuls; mais le consulat, déjà réduit à un titre à peu près sans fonctions, déjà ^vili par la multiplicité des consuls, le fut un peu plus encore par le titre de consulaire donné par Sévère à des Sommes qui n'avaient jamais été consuls'. Il y eut tou-

i Ainsi deux discours, Tun de Sévère en 195, lu en son absence par un *î*ie8teur (Dig. l De rehtu eorum quisuh tutela iXX.Yll. 9); Tautre d'An- J?*ïin (Garacalla) sous le règne die son père (206) (D. 32 De dontUionib. Vanter vir. et uxor.) XXIV, l) sont considérés el commentés par les juris- ^nsultes comme des lois de l'Empire. Un autre discours de Sévère est cité par ^aul H Sentent. 30. On en fit autant pour des discours de leurs prédécesseurs^ -d'Hadrien D. 22 De petit. hceredU V. 3) de Marc-Aurel. (D. 8. De ^^^ntacHonib. ai, 15) D. 60. De ritunuptiarum (XXIII, 2).

^ Dion, LXXVIII, 13),

jours des préteurs, des tribuns, des questeurs, peut-êtn même des édiles, quoique à partir du troisième sîècl( la trace en ait disparu; mais que faisaient-ils sinbi^^» donner des jeux au peuple et occuper une place rnarqué^^» au Sénat ?

Il était demeuré cependant à ces magistratures d'origine républicaine quelques débris de leur autorité judiciaire; mais Tordre judiciaire se modifiait plus encore qui Tordre politique. Si au temps des premiers Césars il es encore question des juridictions anciennes, préteurs, cen — tumvirs, quœstiones (cours d'assise) , décuries de jugent (listes des jurés) ; au troisième siècle, sans bruit et sah^ décret formel, mais par suite d'exceptions multipliées quî finissent par devenir la règle, de cas extraordinaires ^ qui deviennent très-ordinaires, tout cela a peu à pei» disparu. Au jugement par des juges (nous dirions de& jurés) s'est substitué le jugement par des préfets. A Romi^ le préfet de la Ville, le préfet du Prétoire, le préfet' dèi^ Vigiles, le préfet de TAnnone, chacun pour sa part, jugent et les plaideurs et les criminels, et les suspects et les chré^ — tiens * . En Italie , des magistrats impériaux , sous un ilom oi^ sous un autre, récemment introduits ou récemment mul —

1 Exlraordinariœ cognitiones. Dig. 178 De verh. signif. (L, 16^ ; Galus II — Instit. 178 ; Di^. De extraord criminnih. fxLvii.iij. Quand le déldfl^é impùrial ne voulait pas ou ne pouvait pas juger faute de temps, il donnait, au lieu de jurés ijtidices , des juges ae son choix Judices pedanei\. Diocl(^ tien finit par rétablir en règle absolue. C. J. 2 De judic. pedan: rllt, 35i

2 Sur la juridiction de ces fonctionnaires, v. les titres: Deofficiù,pr4tf. — prœ$. ; De off. prœf. urhis; De off. prœf. vigilum (Dig I, 11, l2, 15. Code I ,^^ 28,43, 44).

Le préfet de. Rome avait juridiction jusqu'à cent milles de Rome. 11 pou-^ '

rinstallcr et délimiter sa compétence. Digeste t pr. | 3, 4, 13, et 3 D off prœf. urhis {/ 12,), 8. De pœnis (XLVIII, 19).

ÔÉVÈRE EN ORIENT lôô

tî plies, remplacent la juridiction des .villes sur elles-mêmes ; <lâriâ les provinces, lès proconsuls, proprétteurs, préfets, procurateurs, procurateurs du fisc ou même de la fortune privée de César, absorbent toule juridiction et laîsseiil bien peu à faire aux juges locaux.

Et, par dessus tous ces juges, domine le juge suprême,

la suprême puissance : César à qui on peut en appeler de

toute justice, grande Ou petite, voisine ou éloignée; César

que Ton saisit par une simple lettre et qut par une lettre

prononce sa sentence ; César qui passerait sa vie à juger,

à lire des réquêtes, à répondre, à écrire, s'il n'avait des

conseillers, des assesseurs, des secrétaires, des afTran-

cViis et autres qui pensent et prononcent par lui. Voici

l^ résumé de la révolution qui s'est opérée de la

République de Cicéron à la monarchie de Septime Sévère :

au lieu du Forum, le cabinet du prince ; au lieu d'un

plébiscite voté par le peuple, une petite apostille au bas

d*uiie requête à laquelle César a fait mettre son sceau

s^ns l'avoir lue ; au lieu des quatre cent cinquante mille

c^îtôyens romains, un affranchi de César.

Ainsi la personne de César, déjà si grande, grandissait

par le pouvoir; elle grandissait aussi par la richesse.

Sévère, empereur cupide et financier intelligent, fut

Peut-être le plus riche de tous les empereurs. A l'im-

Portance croissante de son pouvoir, répondait Timpor-

tance croissante de sa fortune. Sévère, comme Tibère,

aimait l'argent, quoiqu'il craignît m^Jns que Tibère de le

dépenser. Dion, qui a peu de goût pour lui, lui rend, il est

^si, ce témoignage, honorable pour un empereur ro-

^^n, qu'il ne fit jamais mourir personne pour avoir ses

biens ^ Mais enfin il y eut des proscriptions, des confiscations,des richesses acquises; et le patrimoine du prince, bien qu'il ne proscrivît pas pour l'augmenter, s'augment: par la proscription. Dans les premières années de sor règne surtout, l'Orient complice de Niger, l'Occident corn plice d'Albinus, l'Italie suspecte de prédilection pour l'un e pour l'autre, payèrent à Sévère un large tribut de grand propriétaires mis à mort et de grands biens confisqués Une grande partie de l'or existant dans les Gaules, TEs pagne, l'Italie, passa dans les coffres impériaux ^.

D'ailleurs, s'il ne proscrivait pas uniquement pou s'enrichir, il ne se fit faute, c'est encore Dion qui nou le dit, d'aucun autre moyen d'accroître son opulence Cette adoption fictive par laquelle il prétendit se fain fils de Marc-Aurèle et frère de Commode, morts tous le deux, fut un acte financier tout autant que politique. Il s* faisait membre de la famille antonine pour hériter d'elle il se proclamait fils de Marc-Aurèle, petit-fils d' Antonio arrière-pelit-fils de Trajan, et ainsi de suite jusqu' Nerva \ non pour continuer leur politique, mais pou posséder leur patrimoine. Les indiscrets fragments de po terie empreints du sceau du propriétaire foncier, comm< l'antiquité nous en fournit tant, nous montrent en AfHqa les biens de Commode, par suite ceux de Faustine s mère, par suite ceux de Matidie, petite-nièce de Trajan qui légua ses biens à Faustine, devenus après eux la prc priété de Sévère *. C'est ainsi que ce rhéteur africain

1 Dion LXXVI, 16.

2 Spartian. in Severo. Gum magnam partem auri per Gallias, per Uispi nias, per Italiam Imperator jam fecisset.

3 V. ces titres dans Tinscription d'Ostie citée tout à l'heure. OrelU 90* i Deux inscriptioQi» de Q. Axius iSlianus prog (urofor) ration (imi

q|u avait laissé des dettes à Rome lorsqu'il était F>î«ti pour la Pannonie, légua à ses enfants une fortune personnelle telle que nul César ne l'avait possédée avant luEi \ Aussi à partir de Sévère, les administrateurs de c>^tte fortune si considérable et si auguste cessèrent-ils d'hêtre de simples citoyens. Comme les préfets qui admiï^islraient le trésor du peuple romain ((Frarit/m) , comme 1 ^ s procurateurs qui administraient le trésor de l'Emper*^ur (fiscus) , les procurateurs du domaine privé {procura cttor es rei privatœ) furent, le lendemain de la défaite d^Albinus, constitués en ordre spécial de fonctionnaires*. Tout ce qui tenait au prince grandissait avec lui.

Et cette richesse servait entre autres choses à satisfaire cî* une façon digne d'elle, cette plèbe romaine, peu capable d'ébranler le pouvoir, mais capable de l'importuner par ses murmures. Sévère n'était pas avare et sombre comme Tibère. Il aimait à plaire à son peuple, et à lui jeter en pâture quelque divertissement grandiose. L'imagination de l'Africain se plaisait à ces magnificences ; il se faisait gloire d'amener par centaines sur l'amphithéâtre les lions ^t les tigres ses compatriotes. Il jetait l'argent avec une certaine prodigalité ; les largesses officielles furent fréquentes sous son règne. Dès lors, que manquait-il au Peuple de Rome, et que manquait-il au pouvoir de Sévère ?

^^*v (atorum) dont Tune parle d'une délimitation des biens de Matidie faite ^^r^n ordre {Revue archéologiqrie, octobre 1864i

i Filiis etiam suis ex bac proscriptione reiiquit quantum nuUus impera *^^um. Spartian. loc cit.

Q^ .Tuncque primum privatarum rerum procuratio constituta est V aussi

158 LIVRE n. - SEPTIME SÉVÈRE

En face de cqtte .grossière satisfaction :clu peuple, < .cette puissance et de cette richesse ^u :prince, de;Cf{t force et de cette satisfaction de l'armée (jvii pour Vhm ne/aisait qu'un avec le prince, quelle liberté en fait,( en droit pouvait rester debout?

Ce qui restait jusque-là de liberté dans l'Empire ^ main ne ressemblait pas aux libertés modernes, écrite stipulées (parfois bien vainement stipulées) : ce n'éb pas uqe limitation voloujaire ou involontaire du pouyoî mais c'était de sa ,part ou impuissance .à .intervenir, .( négligence à intervenir ; c'était la vie de quelque clja en dehors de lui qu'il tolérait ou par habitude, ou ,p sagesse, ou par impossibilité de l'empêcher • Mais le joi où le pouvoir romain fut armé à l'intérieur et contre .81 propres sujets, tandis que jusque-là il n'était armé :gM l'extérieur et contre l'ennemi ; quand il fut bien entenc qu'en dehors delà force militaire, il n'était besoin de ri< respecter ; il arriva comme dans notre Europe modcira< lorsque les armées permanentes s'y établirent. Le pou voir ne fut pas seulement absolu en principe et maître c tout ; il fut absolu en fait et se mêla de tout. Non-seqli ment en droit lui seul eut puissance de vivre, mais € fait il trouva moyen d'être seul vivant. Non-seulemeat fi principe il n'y eut plus de droit contre le droit suprêm du prince et César put tout ordonner ; mais en fait, tpi se faisant par César et rien ne vivant que par lui, CésÉ ordonna tout.

Qu'on ne s'étonne donc pas qu'à partir de cette époquf ce qui avait déjà commencé à décroître décroisa encore.

aÉVÉRE EN OhlENt i5fl

L'autoaoqiie de la viUe de Rome était anéantie ^dqpuis les^remiers temps de rEmpire '. Rome n'aurait ^pu être tUïre qu'avec tout l'Empire romain. — L'autonomie des cités italiques éta^t de plus en plus livrée à des fonclioni^a ires impériaux plus envahissants par cela seul qu'ils étaient plus nombreux. — L'autonomie des cités provinciales ne pouvait non plus guère se défendre contre les procturateurs et les préfets. En Italie et dans les provinces, se produisaient plus msu^qués encore les mêmes symptômes g[ue nous avons d^à vus se manifester à l'époque précédei^tç : les charges municipales étaient abandonnées .parce .(]u'eUes n'avaient plus ni importance ni dignité, et, au lieu d*êlj*e honneurs, devenaient corvées.

La liberté du citoyen était anéantie bien plus complètement encore. Les lois républicaines qui protégeaient sa tête contre la hache et, selon leur énergique langage, son dos contre la verge du licteur, ces lois fléchissaient depuis longtemps, sinon devant l'omnipotence du proconsul, au moins devant l'omnipotence de César. Un seul privilège était resté, non au citoyen mais à l'homme libre : il ne pouvait être mis à la torture ; le chevalet était réservé aux seuls esclaves. La torture avait pu être infligée sans doute, mais par Néron, par Caligula, par Tibère, comme acte de proscription politique, dans ces •Moments suprêmes quoique fréquents où la personne divine de l'Empereur était déclarée en péril ; mais dans 1^ droit commun, dans le cours ordinaire des procé-

I \^La loi sur la brigue, Uit le juriBCOPsuite, n'est plus applicable à la ville ^c Hoinè parce que les maffistrats y sont nommés par le soin du prince, non P*'' la faveur du peuple » Modestin. De lege Mia amhitus |D XL VIII, 14). ^ ne parle pas du Sénat.

iôo LIVRE II. - ÔEPTIME SÉVÈRE

dures, la torture avait été interdite. Sévère n'abolit peu être pas formellement ce privilège ; mais, sous lui, not verrons des femmes et des femmes nobles torturées, no pas même comme accusées, mais comme témoins; tortu rées , non par ordre de l'Empereur, mais par ordre d'u préfet du prétoire ; torturées, non pour faire le procès un criminel de lèse-majesté, mais pour mettre en acci] sation l'impératrice elle-même. Et, à partir du temps d Sévère, les jurisconsultes parlent de la torture d( hommes libres, au moins en certains cas, comme d'ui: maxime admise et pratiquée. La dernière liberté humair avait péri, et au nom de César, le tortureur avait droit a tous, Romains ou provinciaux, sénateurs ou plébéien; libres ou esclaves \

On peut donc considérer l'époque de Sévère comn celle d'un progrès nouveau de la politique romaine ve le despotisme. Le citoyen romain, l'homme libre a dispari le César a grandi. On est entré davantage dans une vo d'absolutisme militaire comme celui des temps modern où l'homme n'est libre, ni parce qu'on le respecte, parce qu'on l'oublie, où le prince par son droit peut to et par son armée fait fout.

Le prince et l'armée, voilà tout ce qui vit et tout ce q a le droit de vivre. Le despotisme tibérien, fondé sur 1 proscriptions et la toute-puissance des délateurs, avait go verné le premier siècle de l'Empire. Après l'interruptii qui signale l'époque antonine, le despotisme renouve

1 Dig. 1, § 8, Ad leg. Jul. de aduU (XLVIII; 1, 4, 5, 15. De quiBStio bus XLVIII, t8) Il n'y eut d'exception que pour les soldats, les décurie et les personnes de rang supérieur, mais encore cette exception cessa dj les cas de poursuite pour lèse-majesté. Cod. Just. 8, 16, De quotstiomb. (I 41); Dig. 1 De re militari (XLIX. IC); Paul. Sent. V, 14, 29, | 2 et D. l 1, II, De qucestionibus.

par Sévère et qui gouverna le troisième siècle de ITEm-

pire, fut fondé sur la force militaire et la prééminence

absolue du soldat. Mais Tibère, peu soucieux de l'avenir

et de sa propre postérité, ne s'inquiétait guère de ce que

pourraient amener après lui des Césars insensés appuyés

par des délateurs tout-puissants. Sévère, plus préoccupé

de la monarchie qu'il prétendait fonder au profit de sa fa-

rxiille, aurait dû s'inquiéter davantage de ce qu'amènerait,

dans la main du prince et même contre le prince, cette

épée du soldat qu'il avait faite toute-puissante. Mais ne

t;ouchons pas d'avance à cette histoire de la suprématie

d.^ l'armée dans l'Empire romain ; elle a rempli tout un

siècle et remplira tout le reste de notre livre. Elle a

été fondée par Sévère ; nous verrons plus tard ce qu'elle

deviendra après lui.

Avec ce gouvernement tout militaire, avec le génie militaire de l'Empereur et la conscience qu'il avait d'être grand surtout à la guerre et par la guerre, il était impossible que Rome demeurât longtemps en paix. Sévère avait besoin d'exploits guerriers pour grandir son armée » aux yeux du monde, et pour se grandir lui-même aux

yeux de son armée.

'f 11 chercha la guerre en Orient. Les motifs n'en étaient

•^ peut-être pas bien sérieux. A la suite de la défaite de Ni- P ger, il avait déjà guerroyé assez longtemps sur l'Euphrate, ^ sur le Tigre, et même au delà du Tigre ; il en avait rap- 1^'^ porté les titres d'Adiabénique et d'Arabique ; il avait ^ ïnême assez combattu contre les Parthes pour se faire *% décerner s'il eût voulu le titre de Parthique. Il n'avait D- pas voulu le prendre pour ne pas offenser prématuré-

162 LIVRE n. — 8EPTIMB SÉVÈRE

ment la race des Arsacides, peut-être aussi pour i réserver le droit de recommencer la guerre.

Cependant le petit émir d'Hatra, du fond de son déss\ avait énergiquement secouru Niger, et Sévère ne l'en avi pas encore puni. L'honneur de la souveraineté, cet ho: neur que l'on fait au besoin si susceptible, exigeait do que les armes romaines reparussent en Orient. Depi César .et Trajan, l'Orient était demeuré le rêve des co quérants romains.

Albinus avait été vaincu au mois de février ; avant fin de Tannée, Sévère, quoiqu'il eût eu à pourvoir à bi des nécessités dans Rome, Sévère était en Asie. Jul Domnaet ses fils l'y accompagnaient. Il s'agissait en effc non d'une simple campagne, mais d'une expédition d'un séjour de plusieurs années.

Sévère arrivant trouva la guerre commencée. Prov< que ou non, le roi des Parthes, Vologèse, avait assiégé ville nouvellement romaine de Nisibe. Elle avait été s^ courue et sauvée par ce Laetus dont nous avons vu conduite équivoque dans les plaines de Trévoux. A l'a proche de Sévère, Vologèse se retira, et l'un sur h bords du Tigre, l'autre en Syrie, se préparèrent aux ]utt< de l'année suivante.

L'année suivante (198) cependant. Sévère ne maroh pas immédiatement contre les Parthes. Il avait à se fo: tifier par la soumission et la défaite de quelques-unes c ces royautés intermédiaires qui flottaient entre Rome Ctésiphon. Il recueillit en passant par l'Osrohène les hoï mages d'un Abgare portant le même nom que ses aïei et comme eux soumis habituellement à la fortune xr

inaine*. Un Vologèse, fils de Samotrace, roi d'Arménie, dont la neutralité au temps de la lutte contre Niger ne paraissait pas à Sévère une garantie suffisante, dut s'humilier, offrir des présents et des otages, et fut récompensé par le don de quelques provinces. L'Adiabène ensuite s'ouvrit à Sévère ; et alors, maître de l'Euphrate et du Tigre, il put construire des navires, embarquer ses soldats sur les deux fleuves, menacer en même temps Hatra sur la rive droite du Tigre, Gtésiphon sur la rtve gauche.

Mais le sort de ces deux cités fut bien difTérent. Ctésiphon était la tête d'un vaste empire qui toun chait aux frontières de la Chine ; elle avait été bâtie à côté de la grecque Seleucie dans ces plaines oii l'Euphrate et le Tigre coulent parallèlement l'un ^ l'autre et qui semblent avoir été destinées, depuis 'e temps de Nemrod jusqu'à celui des Califes, à contenir la ville reine de l'Asie occidentale. Vologèse, après le siège de Nisibe, s'était retiré là avec son armée; ^t cette armée grossie, depuis la défaite de Niger, de placeurs milliers de transfuges romains, possédait la ^^tique, les machines de guerre, les armes de la légion romaine. Ce n'étaient plus seulement ces cavaliers parthes aux vêtements flottants, caracplant dans le désert autour des légions et leur jetant en fiiyant des flèches qu'elles ne pouvaient leur renvoyer. C'était aussi une infanterie solide, armée du casque et de la cuirasse, maniant également l'épée et le javelot, pou-

, \ Gel Abgare ou un Abgare Phraate, son fils, vint mourir à Rome. Son «P%he.0reiii921. Voyez Hôrodien III, 9.

vant opposer une muraille de fer au choc des cohortes romaines \

CependantCtésiphon fut promptement vaincue. Sévère* comme tous les grands hommes de guerre, mettait avant tout Fart de faire vivre ses troupes et l'art de les faire marcher. Les Romains arrivèrent dans les plaines de la Babylonie; les uns, grâce à la flottille construite sur l'Eu— phrate, d'autres peut-être par le Tigre, d'autres pai* terre et en suivant la rive de ces deux fleuves. De l'Eu— phrate au Tigre, en déblayant le canal royal qu'Alexandre et Trajan avaient rouvert chacun à leur tour. Sévère s'assurait une communication prompte et facile. Les Parthes, qui ne s'attendaient pas à une marche si prompte, fiireat épouvantés de la célérité de leur ennemi.

La chaldéenne Babylone, la grecque Séleucie furent livrées sans résistance ; et bientôt toute l'énergie de 1^ défense se concentra autour de Ctésiphon et du roi des Parthes qui s'y était réfugié. Il y eut là en effet pour 1^ soldat romain de rudes épreuves à subir. Ces pays aujourd'hui déserts et qui, dès cette époque, étaient au déclin de leur opulence, avaient été promptement épuisés par Sévère et par ses soldats impitoyables au pil' lage. Il fallut que les légions campées sous Ctésiphon vécussent d'herbes et de racines; l'épidémie suivit 1^ disette et l'armée romaine put craindre de rester ens^' velie dans les sables qui avaient été le tombeau d^ Crassus.

Mais la dure et indomptable énergie de Sévère virit a bout de tous les obstacles. Ctésiphon fut prise; d'immens^^

1 Hérod. m.

magasins de vivres tombèrent aux mains du vainqueur ; tes milliers d'hommes furent massacrés; cent mille captifs, femmes et enfants, survécurent seuls, et le roi tes rois eut grand'peine à s'enfuir n'ayant avec lui que [uelques cavaliers.

Ce fut un grand triomphe dans le camp. Les soldats maginèrent de le célébrer à leur profit en proclamant ^.uguste le jeune Antonin, enfant de dix ans, qui fut depuis connu sous le surnom de Caracalla. Sévère, s'il faut on croire Spartien, ne vit qu'avec un certain déplaisir cette initiative des soldats, d'autant plus que, souffrant alors de la goutte, il entendait dire dans le camp que son infirmité ralentissait l'activité de l'armée. Il se fît donc porter sur son tribunal ; il appela les chefs de l'armée et Antonin lui-même ; il leur parla sévèrement et prononça une sentence capitale contre ceux qui avaient fait son fils Auguste sans sa permission. Puis, comme on se prosternait et qu'on le suppliait: « Comprenez maintenant, ajouta-t-il, en portant la main à son front, que c'est la tête qui com- Daande, et non les pieds » (4 avril). BassianusAntonin n'en demeura pas moins Auguste, empereur désigné (ainsi lue s'expriment les monnaies), revêtu de la puissance Wbunitienne et associé à l'empire autant qu'un enfant pouvait l'être. Géta, son frère, âgé de*neuf ans, fut nommé César.

Après avoir pris Ctésiphon, Sévère, comme Trajan, put croire que l'empire des Parthes était détruit. Mais l'empire parlhique, vaste camp féodal qui dominait depuis les rives de l'Euphrate jusqu'aux montagnes du Thibet, n'était pas de ces empires qui sont ruinés par la

166 LIVRE' n. — 8BPTIMB SÉVÈRE

ruine de leur capitale. L'Inclus et les bords de la Caspienne continuèrent probablement de rendre hoii«r^ mage au roi des rois, sans même savoir que les ai( de Rome, tenues par l'africain Sévère, se promenaient milieu des décombres de la ville demi-helléBique Ctésiphon.

D'ailleurs, si Sévère eut un instant d'illusion, cett^^ illusion ne dut pas être longue. La disette ne lui perm^C^ tait pas de séjourner dans ces pays dévastés, et l'ignorance des lieux ne lui permettait pas davantage de s'ermfoncer dans les vallées de la Perse ou de la Susiane. B fallut donc revenir sur ses pas et abandonner Ctésiphon à un ennemi qui avait disparu. Les Romains n'eureot même pas le choix de leur route pour revenir. Les rives de l'Euphrate étaient épuisées par leur premier passage î il fallut s'en retourner en remontant celles du Tigre, te^ uns par terre et les autres sur leurs navires remorqué^ comme ils purent.

Mais en remontant la rive droite du Tigre, on passai* non loin de Hatra, et le cœur de Sévère ne pouvait mar^'' quer de bondir au voisinage de cette ville qui avait jadi^^ brisé la fortune de Trajan, qui avait tout dernièremer»^*^ soutenu la cause de Niger, qui demeurait indépendant;^ et impunie.

Quelle était au juste l'importance deBarseme,melek o^ émirde Hatra? Nous ne le savons. Cequenoussavons, c'e^* que Hatra était une puissante cité, maîtresse d'une d^^ grandes voies de caravane entre la Syrie et la Perse, riclm^ par le commerce qui passait dans ses murs, riche de tot:*^ les d*)ns que lui» apportaient les adorateurs du Soleil, don^i'

^VËRG EN ORIENT 167

natricc d'une contrée qui, un siècle et demi plus tard, était nue coimne le désert, mais qui, à cette époque, devait être encore fertile. Quoiqu'il en soit, puisque Trajan s'y élaif brisé, Thonneur romain voulait qu'on l'attaquât, duton s'y briser une seconde fois (1 99) .

En effet, l'énergie de Sévère rencontrait là en face d'elle l'esprit d'indépendance des tribus arabes. Contreces murailles debout encore aujourd'hui après seize siècles, les machines de guerre échouèrent ; les légions, victorieuses de Ctésiphon, succombèrent sous la pluie de flèches que les habiles archers arabes leur envoyaient du haut de leurs remparts ; on leur jetait jusqu'à des vases de terre pleins de reptiles et d'insectes venimeux qui leur piquaient cruellement les mains et le visage. La lassitude se mit parmi ces soldats que tout l'or gagné à Ctésiphon ne dédommageait pas de dix-huit mois de souffrances dans le désert. Sévère crut découvrir autour de lui une conjuration du découragement et de l'ennui ; un tribun lui fut dénoncé pour avoir récité avec affectation <îe8 vers de Virçile :

Pour qu*uD royal hymen soit le lot de Turnus.,

Mourons, puisqu'il le faut, obscure multitude

Aux champs du Latinm, sans pleurs et sans tombeau '.

n le fit mourir ; et, comme il avait dans son camp ce Laetus contre lequel il gardait sa vieille rancune des plaines de Trévoux, ce Laetus aimé des soldats et dont les soldats disaient : « S'il ne nous commande plus, nous ne

1 • Scilicet ut Turno contingat regia conjux Nos animae viles, inhumata infletaque turba Sternamur campis

168 LIVRE n. - SEPTIME SÉVÈRE

combattrons plus » , Sévère ne manqua pas de compter Laetus parmi les complices de la conjuration ; il le fit assassiner, prétendant ensuite, comme il lui arrivait souvent, que, sans son ordre et malgré lui, Laetus avait été massacré par ses soldats. Cette triste satisfaction du ressentiment et de la défiance fut la seule que Sévère trouva sous les murs de Hatra. Après avoir perdu des m'illiers d'hommes à ce siège, après avoir vu brûler presque toutes ses machines de guerre, il fallut se retirer. L'obscure trafiquante du désert avait résisté cette fois encore el persisté mieux que la royale Ctésiphon.

Mais l'amertume et le dépit étaient si profonds au cœur de Sévère que, à peine rentré sur le territoire romain, il se prépara à recommencer l'attaque contre cette ville obstinément indépendante. Quand il eut recruté ses légions, renouvelé ses machines, appelé à lui l'ingénieur Priscus qui avait si habilement défendu Byzance contre lui, il traversa de nouveau les déserts de la Mésopotamie, descendit l'Euphrate ou le Tigre, et vint devant Hatra. Il n'y fut pas plus heureux cette fois. Ses machines furent encore brûlées, à l'exception de celles que Priscus avait construites. Dans la plaine, des nuées d'Arabes épiaient les soldats allant aux vivres ; les archers des assiégés et leurs engins qui lançaient un double javelot à des distances immense^ renversaient les sentinelles devant la tente même de Sévère ; et quand, à force de travaux, une brèche fut ouverte, des machines qui lançaient du naphtfe accueillirenl les premiers qui voulurent l'escalader, et ils mourureni brûlés.

On se crut cependant un instant près de triompher.

Une première enceinte avait été détruite ; les soldats,

animés par le succès, voulaient attaquer immédiatement

la seconde. Mais Sévère fit sonner la retraite ; il supposait

Hatra pleine de richesses; le temple du Soleil avait

été merveilleusement enrichi par ses adorateurs. Le

prince calcula dans son avarice qu'une capitulation

mettrait ces richesses entre ses mains tandis qu'un

assaut suivi de pillage les mettrait aux mains des soldats.

La nuit donc se passa dans le calme. Mais nulle députa-

tion ne vint apporter la soumission de la ville assiégée ;

elle avait au contraire, pendant la nuit, réparé ses mu-

''^illes, et les soldats romains, mécontents et découragés,

^^ voulurent plus monter à l'assaut. Sévère ne put lancer

Que des cohortes syriennes qui échouèrent misérablement.

^insi, comme s'exprime l'historien. Dieu délivra cette

^Ule, le premier jour au moyen de Sévère qui arrêta les

Soldats, le lendemain au moyen des soldats qui refusèrent

^* obéir à Sévère.

Hatra cependant eût été au dernier moment facile à Pï^endre. — « Donne-moi seulement cinq cent cinquante ^^Idats européens, disait à Sévère un de ses généraux, et J^ te rends maître de la ville. » — « Cinq cent cinquante ^^Idats, dit le César désespéré de l'indiscipline de ses^ '-^oupes, où les trouverai-je ? » Pour la troisième fois ionc depuis un siècle, la ville arabe vit les aigles romaines, après vingt jours d'inutiles efforts, s'éloigner ^*elle humiliées * .

1 Avec Dion Gassius, je place les deux sièges de Hatra après la prise de v^iésipiiQii ^ui doit être vers la fin de 198. Hérodien, lui, ne parle que d'un

170 LIVRE n. — SEPTIME SÉVÈRE

Une victoii*e, probablement facile, fut vers ce temps-1^ ià une faible compensation à cet échec. Il y eut, à ce qu*i paraît, une révolte des Juifs. Faut-il croire avfecAbul pharage à une guerre et à une bataille sanglantes entr eux et les Samaritains? Faut-il admettre qu'après avoî

souffert sous le règne de Niger pour n'avoir pas vouli J

s'armer contre Sévère, ils aient encore souffert sous c dernier et se soient révoltés contre Sévère ? QtLOiqu'îl soit il y eut révolte, ou du moins combat, ou du moin triomphe. Le jeune Antonin (Bassianus), qui avait suiv^ cette expédition contre les Juifs pendant que son pèn était devant Hatra, y gagna pour le jour de sa rentré dans Rome les honneurs du char triomphal ^ Cemaîgr succès consola-t-il Sévère ? Et, malgré sa victoire d'u jour sur Ctésiphon, put-il encore s'imaginer que sa milice si privilégiée, si orgueilleusement séparée du peuple C5 si forte contre la liberté du peuple, valait contre les enne mis du dehors les milices citoyennes de l'ancîenn république ?

Mais, succès ou revers, tout cela se passait 101» d Rome; et, à cette heure, Rome, peu au courant des évê^-' nements, n'avait pas assez de chants de triomphe jlwoiEi^^ célébrer la gloire du vainqueur de Gtésiphon. Des' lettre^ de Sévère étaient arrivées au Sénat, racontant ou plitt^*"

siéçe de Hatra et le place avant la campagne contre Ctësipbon.Jllaift

récit me parait moins probable On peut y remarquer du reste de groa

erreurs géographiques et une explication bien invraisemblable du hat&'tr^ qui, après la levée du siège de Hatra, aurait mené les Romains conquétf'^''' utésipnon.

1 bpartien, au sujet du triomphe judaïque de Bassianus ( Garacalla- ^ - Euseb. Chron. ad ann. 198. Dion lxxv, 10. Hieronym. Chron. Orose VXl' 17. Abalpharage indique la première année de Sévère et saint Jérôtae 1* , cinquième, comme celte du combat entre les Juifs et les Sàmaritainfi:

célébrant ses eiq[)l<Hts. Des peintures y avaient été jointes, tracées mns doute avec te pinceau naïf des artistes de l 'Orient ei représentant, à titre d'hommage de TAsie. en- ^vers Rome, tes divers événements de la guerre. Le Sér:iat n'avait pas manqué de conférer à Sévère te tilre de rarthique que deux ans auparavant il n'avait pas cru de^ "v^oir prendre. Le Sénat y avait ajouté l'épithète Maximus ^i^oimne indemnité pour te retard. Le Sénat lui décernait nfîn te triomphe que Sévère cependant refusa toujours our lui-méme,mais qu'il finit par accepter pour son fils, n peu plus tard,à l'époque de son retour à Rome, omme il n'était plus maître de Ctésiphon et qu'il avait «houé devant Hatra, il décida que les Juifs seraient le étexte de ce triomphe * .

En même temps et pendant les loisirs que lui laissait lii guerre. Sévère avait pu, aidé par les deux préfets du t>rétoire, Plautianus et Juvénalis, poursuivre dans l'Asie ï^eiinaine les restes du parti de Niger, et comme le dit énergiquementTertullien, grapiller après la vendange •. Que ce fut défiance ou avarice , Sévère sut trouver des ennemis jusque parmi ses amis; quelques-uns de ceux qui passaient pour ses plus intimes furent mis à mort, comme ^Qupables d'attentat contre sa personne ; d'autres pour ^voir consulté des devins sur la durée de sa vie, ce qui était ^ grand crime, mais un crime très-fréquent alors. Sévère ^ jugeait pas, mais faisait assassiner et désavouait ensuite les meurtriers.

Sa dynastie s'affermissait donc. Le Sénat (juin 1 98)

* Bpanien.

* I^ost vindemiam parricidarum racematio auperstes. Apoiog. 35.

avait reconnu les titres d'Auguste et de César que le^^«s soldats avaient conférés à ses fils) du jour de cett^'-te association date le « triple règne » dont parle Tertullien) ^ ^ Sévère, ayant auprès de lui ses deux fils ain^i désign^^^és comme futurs empereurs, Sévère était consul pour ■! la seconde fois, Imperator pour la onzième fois ; que Il^muj* manquait-il, si ce n'est d'avoir pris Hatra, et de n'avorr h point la goutte qui, lui interdisant de se tenir deboL::=:^f sur son char, le força toujours à refuser le triomphe ?

Non, il lui manquait autre chose. Il lui manquait c^e dont les âmes humaines en ce siècle-là ne se passaie^^^ point et dont elles ne se passent pas même en notr^^^ siècle : il lui manquait un Dieu.

On n'échappe pas à son siècle, et surtout on n'échappa pas aux conditions éternelles de l'humanité. Sévère n*&^ tait ni un esprit faible, ni une volonté débile, ni un imagination capricieuse. Sans être ni un enfant, ni u poète. Sévère ressentait cette attraction supersti-^ tieuse de l'Orient que tout son siècle avait ressentie ^ L'Orient, l'Egypte surtout, avait pour les occidentaux ur^ attrait contre lequel Auguste et Tibère eux - même^ avaient en vain voulu défendre leur empire. Caligul^ avait rêvé toute sa vie un voyage d'Alexandrie. Néror^ avait pratiqué les superstitions asiatiques, et la royauté d^ l'Orient demeura son espérance, quand il vit la royauté de Rome lui manquer. Vespasien, à peine proclama César, était allé à Alexandrie faire, pour ainsi dire, béni»:* son pouvoir naissant par le dieu gréco-égyptien Sérapis ^ Hadrien s'était- abîmé dans la superstition des bords di

l PraBsentis imperii triplex virtus. De PaUiOj 2.

SÉVÈRE EN ORIENT l7:î

Nil au point d'en devenir presque fou. Marc-Aurèle luimême avait ressenti cette pente ; et, à plus forte raison, Commode avait pratiqué les rites superstitieux d'Isis et les rites sanglants de Mithra. Sévère était plus sérieux que Commode, mais U était moins philosophe et moins Romain que Marc-Aurèle ; à sa sinistre humeur il fallait des oracles et des dieux, tandis (ju'à celle de Tibère les astrologues avaient suffi. Et des dieux, il n'y en avait plus qu'en Orient : les dieux de Rome n'avaient jamais eu qu'une valeur toute politique, devenue sous l'Empire purement officielle : les dieux de la Grèce, trop ressassés par la poésie et par les arts, étaient passés à l'état purement littéraire ; les dieux de l'Orient étaient une mine non en core complètement explorée < .

De plus un lien personnel rapprochait Sévère de l'Oï^ient. Sa première femme, Marcia, avait peu vécu, et ^près elle, il avait épousé la syrienne Julia Domna. Dans Cette alliance tout avait été superstition et présage : Julia était d'une famille, sinon de prêtres, au moins de prêtresses; Sévère l'avait épousée, parce que son horoscope prédisait qu'elle serait reine. Faustine, femme de Marc- Aurèle, qui avait favorisé cette union, avait voulu que le Ht nuptial fût dressé dans un temple de Vénus attenant à Isi demeure des Césars, et là Sévère avait rêvé que, de Sa main, comme d'une fontaine, jaillissaient des eaux abondantes «.

i Inscriptions votives, à his reine, sous le règne de Sévère et en son

bonneur-.au Mont Ctîlius à Rome (Henzen, 5077|,à Florence (Id 5495) ;— à

«erapis, à Vienne en DauphinéiGruter22, 1);— au Soleil éternel et à iaLune

«ternelle, pour l'éternité de l'empire (culte de Mithra; (Orelli 910. 1929)

Taurobole .culte de Gybèle). Grutor 29, 12

^DionLXXIV, 3

17i LIYBB U. - 8EPTIME ^VÈRE

C'était^ à ce qu'il parait, un signe qui lui fKrégageisit TEmpire. Julia, belle, ambitieuse, passîoniiée, appela autour d'elle sa famille syrienne, et entre autres d^& femmes pleines comme elle des passions et des supersti — tiens de l'Orient. Ces femmes, pendant vingt ans, devaien:^^ gouverner le monde romain tantôt pour son bien, tant^^ pour son malheur.

Aussi voyons-nous Sévère, avant et après la guenn^3 contre les Parthes^ demeurer cinq ans hors de Rom^ — C'est à Antioche que la toge virile fut donnée (201) Bassianus son fils âgé de quatorze ans ; c'est là que le Bt le fils (r' janvier 202) commencèrent leur consulat — Sévère d'ailleurs avait partout des vengeances à exerce jt -^ à Rome contre les partisans d'Albinus, en Orient conti les partisans de Niger. Il se chargeait de celles de l'O rient; il aimait mieux que celles de Rome s'accomplissen en son absence et pussent être imputées à son préfet di prétoire Plautianus.

C'est alors que l'appelèrent l'Egypte et ses sanc- — tuaires. Il traversa l'Arabie et la Palestine tout ému^ encore de l'insurrection judaïque à peine vaincue. Là pouf— " tant il gracia quelques partisans de Niger. Il honora le tonra— beau de Pompée où les restes de Pompée n'étaient plus. I^ honoraencoreplusAlexandrie,et,parune concession rai*^ chez lui, il voulut que cette ville grecque eût un Sénat jusque-là, comme toute l'Egypte, elle n'avait eu d'autre magistrats que les magistrats impériaux. Il adora Alexandrie ce dieu Sérapis qui n'était que le dieu gro Pluton naturalisé Égyptien sous les Ptolémées, mais q^i était devenu pour les Romains eux-mêmes le plus gran

des dieux*. Il remonta le NU, vit Memphis, les Pyramides, le Labyrinthe, les Cataractes, la statue de Memnoû. Ce sombre Africain, que n'attiraient ni Tart, ni la poésie, ne laissait pas que d'être subjugué par la grandeur des monuments égyptiens et par le religieux mys- . tèrc qui s'attachait à eux. U voulut tout connaître, se faire initier à tout, s'informa de tous les secrets de la science divine et de la science humaine, recueillit tous les livres sacrés qu'il put trouver^ les recueillit pour les dérober aux sanctuaires qui les possédaient et lui seul posséder ces trésors. Il eût voulu pénétrer, mais pénétrer seul, tout ce qu'il y avait au monde de mystères. Le tombeau d'Alexandre qu'il visita lui inspira ce même senti- 'ïient de vénération jalouse et de curiosité égoïste ; après l'avoir visité, il en fit murer l'entrée pour que personne ^Près lui ne vît le corps du héros. C'était le propre de ^ette imagination africaine, hautaine, égoïste, insatiable, ^^ vouloir tout posséder, tout posséder seul, et de ^'être jamais satisfait. Un peu plus tard ce Sévère, qui ^Vait été, tour à tour ou tout à la fois, rhéteur, avocat, ju- ^Sconsulte, astrologue, médecin même quelque peu, Magistrat, général. Empereur et père d'Empereurs, disait tristement : « J'ai été tout et il ne me sert de rien^. » Hélas! c'est le mot de tous les ambitieux, à leur derïiière heure, sinon plus tôt.

\ Serapidi iam romano arae restructae ; Baccho jam italico, furiae immo-

,,, ^. (TertuU., Apolog 6)

lUum dico quem non jam iEgyptus aut Graecia, verum lotus orbis...

^rapU iste quidem, olim Joseph.

^ „ lld adNat.ii,S)

^ Umnia fMi et nihil expédie. Spartian.

lîfi LIVRE II. - ftEPTIME SÉVÈRE

Avec cette curiosité inquiète, cette préoccupation clioses mystérieuses, avec ces voyages à travers TOrie l'Egypte, la Syrie^ la Judée, avec ces luttes contre insurrections juive et autres, il est impossible que christianisme ne se soit point trouvé sur les pas de Sévè et que cet esprit, sombre et réfléchi, ne s'en soit pas quiété. Le christianisme était non-seulement sur sa ro et au sein des villes qu'il pouvait traverser ; mais le chi tianisme était dans son palais. Malade, il avait été gi autrefois par les soins ou peut-être par les prières d chrétien, et ce chrétien, affranchi à ce qu'il paraît d'un ses affranchis, appelé dans le palais, y resta jusqu'à lam de Sévère. Par suite peut-être de cette admission d chrétien auprès de Sévère, Bassianus son fils avait une nourrice chrétienne, et, on peut le croire, des co pagnons de jeux chrétiens ^ Sévère avait fait plus, € une époque que l'on ne désigne pas, au temps peut-ê de la proscription des partisans d'Albinus, il avait défi du contre lafureurdu peuple des sénateurs et des femn de sénateurs accusés de christianisme ; il ne les avait ] seulement défendus, mais honorés*.

1 Les curieux grajjjiui (inscriptions en lettres cursives) du palais Césars à Rome indiquent cette présence des chrétiens dans la ma impériale. Dans des apçartetncnts qui paraissent avoir été ceux des pf de TEmpereur {pcBdagogiumi , on lit parmi plusieurs autres ffriffonnage; ces enfants, des railleries contre le chrétien Alexamèno (dessin impii Christ en croix que j'ai décrit ailleurs. Les Antonins, t. II, 1. V, ch. iii contre un autre chrétien qu'on appelle par dérision libanvs episgoi C'est un de ces jeunes chrétiens du palais, qui, ayant été fustigé pou religion, inspira une vive compassion à Caracalla encore enfant (Spart in Caracalla). M. de Rossi {Bulletin d'archéolog. chrét., sept. 1863J attri ces inscriptions au temps de Septime Sévère.

Parmi ces chrétiens du palais, TertuUien nomme un Evhodeœ proeur (Ad Scapulam i). Nous trouverons en effet un Evhodus précepteur de G calla, Dion LXXVI, 3, LXXVII, l.

2 TertuU. Ad scapulam. i, 4, b, Apologel, 4, où il indique bien qi

La question du christianisme se posait donc devant Sévère : que devait-il en penser ?

moment où il écrivait, la persécution n*était pas encore autorisée par le prince.

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