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CHAPITRE II

Grâce à la liberté relative dont TÉglise avait joui sous ^mmode, grâce aux troubles révolutionnaires qui, après mort de ce prince, avaient tourné ailleurs l'esprit des uples et celui des magistrats, grâce enfin à cette toléfice des premiers temps de Sévère dont nous venons parler^ le christianisme avait pu faire de rapides pro- ;s.

Il suffît, pour le comprendre, de jeter un regard sur le mie. L'Orient était depuis longtemps semé d'églises rétiennes : la Syrie^ l' Asie-Mineure, l'Egypte, la Mésotamie, avaient déjà donné de nombreux martyrs. La iquète de l'Occident, plus laborieuse et plus lente^ "ce que l'unité des peuples y était moindre et leur ciisation plus diverse, s'opérait cependant sous l'influence l'action principale de Rome, capitale de l'Empire et pitale du Christianisme. De proche en proche^ la luère de la foi gagnait d'une province à une autre. rfois aussi, les provinces éloignées, les frontières de îïnpire, les pays même placés hors de l'Empire, com-

muniquant directement avec Rome par ses colons, par ses marchands, par ses soldats, recevaient, avant même les provinces intérieures, le bienfait de la vérité. Tenonsnous en aux monuments les plus incontestables: — désfe temps des apôtres, saint Marc, député par saint Pierre, était venu de Rome à Alexandrie. Sa prédication avait peu à peu gagné l'Egypte, la Cyrénaïque, la Lybie. — Saint Paul, allant en Espagne, d'après une tradition au moins probable, aurait semé la foi dans cette partie de la Gaule qu'on appelait la province romaine. — Son prosélyte Paulus (on dit même Sergius Paulus, le proconsul de Chypre * ) aurait fondé l'église de Narbonne ; deux autres de ses compagnons, CrescensetTrophime, un disciple du Seigneur, Maximin ^, furent les premiers ; évêques des chrétientés naissantes de Vienne et d'Arles. — Bientôt le flambeau de l'Évangile était porté plus loin : par Marseille et par le Rhône, la foi des églises asiatiques suivait la route des marchands de l'Asie ; Pothin et Irénée étaient venus de Smyrne à Lyon où ils devaient trouver le martyre ^ ; à cette prédication se rattache comme a sa source celle d'Andochius à Autun, de Bénignus à Dijon, de Valérien à Tournon, d'Andéolus dans le Vivarais, de Ferréolus à Besançon.

Pendant que la Gaule se débattait ainsi contre la vérité, la vérité avait déjà franchi le détroit ; je l'ai dit tout à l'heure, et Tertullien nous l'atteste, des cantons de la

1 Act. Apost. XXIIÎ. 7-13.

, 2 Je ne peux qu'indiquer la question du premier apostolat de la Provence» qui n'est pas de mon sujet et qui est amplement traitée dans le livre àe M. Failloii, Monuments inédits sur l'apostolat de sainte Madeleine etc. Paris 1865.

3 Voyez sur les martyis de Lyon Les Antonins vi, 8, tome III.

Bretagne où la domination romaine n'avait pas encore pénétré^ étaient atteints par la prédication chrétienne.

Quant à TEspagne, quelle que soit l'antiquité un peu nuageuse de ses annales ecclésiastiques^ il est certain du moins et d'après le même Tertullien, qu'au début du troisième siècle, toutes ses provinces étaient envahies 2. Mais l'Afrique surtout avait donné à l'Église une riche moisson. Les faibles commencements des chrétientés africaines doivent être contemporains au plus tard de Trajan^ puisque Tertullien nous parle d'une correspondance entre saint Jean et. les églises d'Afrique ^ Plus d*un siècle s'écoule cependant sans qu'on nomme soit unévêque, soit un martyr en ces contrées. Mais, au temps dont nous parlons, les églises africaines sont nombreuses, ardentes, dévouées ; quantité de villes sont en majorité chrétiennes * ; les chrétiens envahissent le prétoire des magistrats et la curie des municipes ; pas un proconsul, pas un juge ne se trouve qui n'ait quelque chrétien auprès de lui \ C'est là que Jupiter tendant la main à ses adorateurs recueille moins d'aumônes^ dans chaque temple, que la collecte chrétienne dans chaque i*ue\ C'est là qu'on dit : « Les chrétiens se font, ils ne ïï^ssent pas^;» tant ceux d'entre eux qui étaient sortis de

.} Britannorum inaccessa Romanis loca. Âdv. Jtidœos, 7. V. ci-dessus : ^»vrei, ch. I, p. 17.

2 Hispaniae omnes termini. Ihid. St. Irénée en dit autant, I, 10.

3 De prœscriptionibiis, 36. V. en outre St Justin adv. Tryphonem, 117, s^r l'universalité du christianisme à son époque ; Origène également in *^«ttm, I, 26-27. .

, * Pêne omnium civitatum pêne omnes cives Christianos habendos. Apo- H 37.

\ Ad Scapulam. 2, 5.

6 Apologet 42.

j^' Devestris fuimus. Fiunt, non nascunturChristiani. Apol 18. V. encore jf <^Mtt faminarum ii, 9, où il suppose que la plupart des chrétiennes sont ^es néophvtes.

la gentilité étaient plus nombreux que ceux qui avaient^ reçu la foi de leurs pères. C'est là que les chrétiea^ s'écrient : ce Nous sommes d'hier et nous remplisson vos villes, vos municipes, vos camps, vos places publiques, vos maisons^ le palais même et le Sénat. Nous ne vous laissons que vos temples '» . Vienne maintenant la persécution, elle recueillera là une magnifique moisson de martyrs.

Sans doute, cette paix de l'Église, qui favorisait son progrès, était loin d'être complète. Nous avons dit qu'il y avait eu sous Commode quelques martyrs. La paix intérieure de l'Église n'était pas entière non plus : a il faui qu'il y ait des hérésies ^ , » c'est le grand mot de sain Paul, et nul siècle ne s'est passé sans le justifier.

En effet, les hérésies des siècles précédents n'étaients pas encore éteintes. Il y avait des Judaïsants, Ébionites, •Nazaréens. Il y avait des Gnostiques de mille sectes diverses; celle de Valentin, plus féconde et plus vivace^ que les autres, encore récente d'ailleurs, était assez sérieuse pour remplir presque à elle seule le livre de saint Irénée sur les hérésies ; Marcion, né de la veille comme Valentin, comme lui avait de nombreux disciples.

Une erreur plus vivante encore, quoiqu'elle datât dodernier siècle, et d'autant plus périlleuse qu'elle avait^ pour elle la gloire de l'austérité, était celle des Monta— nistes ^. Le Montanisme, à vrai dire, n'était pas une doc — trine, mais une prophétie. Il n'avait pas de dogmes

1 Apologet. 37.

2 I Cor. IV, 19.

3 Sur les commencements du Montanisme, v. Lçs Antonins VI, (tome III).

lui ' ; mais il avait des prophètes, des inspirés, des extatiques, des pratiques sévères, des prédictions menaçantes. Que Montan et sa compagne de prophétie, Maximilla, eussent fini leur vie par le suicide, comme on le (Ssait ; que leurs prophéties eussent été démenties par révénement, et que le monde, ainsi que l'Église, au lieu de la guerre qui lui était annoncée, eût joui de la paix pendant les treize ans qui suivirent la mort de Maximilla ; qu'un autre prophète, Théodote, croyant s'élever au ciel dans son extase, fût allé tomber dans la mer : peu importait i leurs disciples; de nouveaux prophètes n'en surgissaient pas moins. Un Thémison ayant échappé à force d'argent à la torture se faisait passer pour martyr, et, après les apôtres saint Jean et saint Jude, écrivait lui aussi une épttre catholique^ mais contre l'Église catholique. Un Alexandre jugé à Éphèsepar le proconsul d'Asie, Émilius Frontinus, jugé non comme chrétien, mais comme bandit^ et bandit après avoir apostasie, ne se Élisait pas prophète, mais trompait les soi-disants prophètes et se faisait accepter par eux comme martyr. Les Montanistes prétendaient même qu' « un évêque de Rome (Éleuthère ou Victor?) avait été prêt à reconnaître la vàité de leurs prophéties, et par suite à envoyer la paix (des lettres de conmitinion) aux églises (montanistes) de Phrygie et d'Asie; lorsqu'un chrétien asiatique, jadis confesseur de la foi, Praxéas, était intervenu et s'appuyant sur l'autorité des prédécesseurs du pontife

l Aussi Tertullien, au commencement de son Monianisme, i)rétend ne difiw de l'Eglise catholique que par sa croyance aux prophéties de Montan et sa réprobation pour les secondes noces. De monogamia 2.

l'avait décidé à révoquer les lettres déjà écrites * ». Il fallait donc combattre cette école si puissante en séductions, et l'église d'Asie où elle était née ne manquait pas de champions à lui opposer. Trois ans après la mort de Maximilla, c'est-à-dire probablement vers les premiers temps du règne de Commode, Apollinaire, évêque d'Hiérapolis , compatriote par conséquent de cette hérésie phrygienne, courait à Ancyre pour arrêter, s'il se pouvait, la perturbation que causait dans cette église l'enthousiasme montaniste ; il y ramenait la paix et l'orthodoxie ; puis, rentré dans sa demeure, il écrivait à la prière de tous les siens, un livre destiné à réfuter l'erreur ou plutôt à démasquer la folie de ces illuminés \ Plus tard, quarante ans après la naissance du montanisme (c'est-à-dire vers l'an 210), Apollonius (évêque d'Éphèse?) discutait les mœurs, la vie, les prédications, les fourberies de ces prétendus inspirés. Sérapion d'Antioche, successeur de l'illustre Théophile (199-211)^, s'appuyant sur l'autorité d'Apollinaire, condamnait encore ces hérétiques en son nom et au nom de plusieurs évêques qui signaient avec lui ; ils attestaient que des évêques avaient voulu exorciser le démon de la prophétesse montaniste Priscille, mais que les sectateurs de Montan leur avaient mis la main sur la bouche et avaient empêché par la force l'esprit de Dieu de chasser l'esprit du mal. Le Montanisme cependant restait debout * ; il

1 Tertull. (montaniste) Adversus Praxeam^ l.

2 Eusèbe, v. 16.

3 Id. 18. Sur 8. Sérapion (30 octobre), v. Eusèbe, v. 19-22. vi, 11-12. — Sur Apollonius, Hier. Yir. iÙv^tr. 40.

4 là. 19.

L'ÉGLISB SOUS œMMODE ET SOUS SÉVÈRE 185

devait quelque temps encore, faire de nouvelles victimes; il devait enlever Tertullien à l'Église.

Mais à ces erreurs des temps passés d'autres venaient s'ajouter. D est de la nature de Terreur de se contredire ; on fuit un pôle pour courir au pôle opposé ; on échappe àScyllapour tomber dans Charybde, au paganisme pour rouler dans l'athéisme, à Zenon pour se livrer à Épicure : Dieu, la vérité, l'Église tiennent seuls le milieu. Les hérésies du siècle passé amenaient des hérésies en senscontraire. Le gnosticisme, hérésie dominante du siècle précèdent, avait été une doctrine toute pleine des souvenirs 6tdes tendances païennes, multipliant les dieux sous le titre d'eons et égalant par la multiplicité de leurs enfantements et de leurs aventures la complication des théogonies helléniques. Mais désormais (et le Montanisme en a déjà donné l'exemple) les hérésies n'iemprunteront plus rien au paganisme ; elles travailleront pour ainsi ^e uniquement sur le sol chrétien. Elles jugeront Volontiers l'Évangile empreint d'idolâtrie ; la sainte Tri- '^té ne leur semblera pas laisser assez intact le principe ^ l'unité divine ; l'union de l'humanité et de la divinité dans la personne du Sauveur leur semblera quelque chose de trop complexe. Une série d'hérésies commence, qui a 1^ prétention, on peut le dire, de faire le christianisme plus chrétien.

Le dogme de la Trinité surtout devait être le point

principal de toutes les attaques et la pierre d'achoppe-

ïnent de tous les esprits égarés. Le dogme de la sainte

Trinité est le nœud suprême du christianisme. C'est par

^^ que l'incarnation d'un Dieu, la vie humaine d'un

Dieu, la mort d'un Dieu deviennent chose possible. Il faut que Jésus soit Dieu et homme tout ensemble. Si on le sépare trop du Père, il n'est plus Dieu; si on Tunit trop absolument au Père, il n'est plus homme. Dans le premier cas, la Rédemption n'est plus qu'un acte secondaire, n'émanant pas du seul Infini. Dans le second cas, elle n'est pas suffisante ; la justice divine ne peut être satisfaite, l'homme n'a point souffert. Aussi sera-ce le dogme de la Trinité et par suite celui de l'humanité et de la divinité du Christ qui, pendant le m* et le iv* siècle, à ce grand début de la controverse intérieure du christianisme, seront le point de mire de toutes les hérésies.

Rome devait être le théâtre de ces débats et Rome était le seul lieu où ils pussent se terminer. La chrétienté romaine, en même temps qu'elle était la première par la hiérarchie, devenait aussi la première par la science. Le temps de Commode (d'après les récentes découvertes épigraphiques) est celui où les familles anciennes, illustres, riches, savantes, affluent vers l'Église chrétienne de Rome. L'école catéchétique de saint Justin s'y perpétue avec gloire et rivalise avec l'illustre école d'Alexandrie. Après Tatien premier disciple du philosophe martyr, mais malheureusement enlevé à l'Église par l'hérésie, Rhodon, Caïus, Hippolyte * se succèdent, combattant les hérétiques chacun à leur tour, ils auront bientôt à lutter contre les prédécesseurs d'Arius.

C'est en effet à Rome que nous verrons se succéder

1 Sur le prêtre Caïus et son écrit contre le Montaniste Proclus, V. Eusèbe H. E. ii, 25, m, 28, 3!. VI, 20. Hieronyra. Viri illustr. 59. — Sur Rhodon, qui écrivit aussi contre les Montanistes, Ëusëbe V, 13.

ces prétendus réformateurs du dogme chrétien. Déjà, SOUS le pontificat d*Éleuthère qui répond à peu près au règne de Commode (177-193), le prêtre dégradé Blastus et un autre docteur appelé Florinus fondent chacun une église hérétique; tous deux font Dieu auteur du mal. Les disciples leur arrivent en grand nombre ; car dans Rome, (on peut le dire en changeant un peu le mot de Tacite) tout mal comme aussi tout bien se donne rendez- vous.

Sous Victor (qui siégea pendant les premières années de Sévère (193-202), apparaît la première attaque d'un chrétien contre la divinité du Sauveur. Dans les dernières persécutions, un chrétien de Byzance, Théodote, corroyeur de profession, mais instruit dans les lettres, conduit devant le proconsul avec quelques-uns de ses frères, a pâli en face du supplice, et, seul apostat au milieu de Ces martyrs, a renié le Christ. Poursuivi par la honte, niais ne voulant pas s'humilier et se repentir, il a fui loin de sa province ; il est venu à Rome, et là, comme on lui reproche sa défection il répond qu'il a renié non pas un t>ieu, mais un homme. Appelant l'hérésie au secours de l*apostasie, à partir de ce jour, il prêche contre la divinité du Christ, et Victor le retranche de la communion des fidèles ; les sectaires ne lui manqueront pas ^ — Un peu plus tard, sous le pontificat de Zéphyrin (202-219), Un autre Théodote, banquier, disciple du premier, renchérit sur la doctrine de son maître ; il va jusqu'à mettre IVlelchisédech au dessus de Jésus-Christ. Ces Melchisé-

1 Epiphan. Hmr. H, Eusèbe V. 28. Philosophumeiw VII, 35,

dechites (on les appela ainsi) * voulurent avoir un évêque; ils achetèrent pour cent cinquante deniers par mois un homme du nom de* Natalis, révéré comme confesseur de la foi. Mais cet évêque marchand ne put tenir longtemps contre le remords ; car ce Jésus- Christ, notre Dieu et Seigneur, ne voulait pas que celui qui avait témoigné pour lui mourût hors de son Église. Des rêves sinistres agitèrent Natalis ; unes nuit, un ange lui apparut et le battit de verges; il fiil vaincu, et, dès le matin, vêtu d'un sac, couvert de cendre, il était aux pieds de Tévêque Zéphyrin, au* pieds de ses prêtres, aux pieds même des fidèles, montrant les cicatrices que lui avait jadis imprimées Is torture, pleurant, demandant pardon. Il fut admis, non sans peine, à la pénitence. » L'erreur qui le pensionnai! n'en subsista pas moins quoiqu'abandonnée de son évêque ^ — Sous le pontificat même de Zëphyrin, elle fut renou. veléepar Artémon, fondateur d'une secte de mathématiciens, de dialecticiens et de savants, qui lisaient Euclidt et Aristote plus que l'Évangile, falsifiaient les Sainte; Écritures et ne manquaient pas de soutenir que la foi . restée pure sur le siège de Rome jusqu'à Victor, s'étai pervertie sous Zéphyrin ^.

Mais, bien çeu après, semblable erreur se renouvela bien plus puissante par la bouche de Noët et par celle di Sabellius *. Le premier, faisant Dieu un au point d'effa-

1 Philosophum. VIL 36. Terlull. de Prœscript

2 V. sur ces diverses sectes, Eusèbe V., 20, 28. Théodoret n, 5. Epî phan. 54. Tertull. Deprœscr. 53.

3 On place ordinairement Sabellius une quarantaine d'années plus tard on le fait évoque de la Pentapole en Lybie, et contemporain de S. Denys d'Alexandrie (d'après Eusèbe H. E. vi, 6, 7). Mais M. de Rossi se fondai»

er la distinction des personnes, arriva à admettre que »ieu le Père avait soulTert sur la croix, et sa secte meta le surnom de Patripassianistes. Le second ne voulut >ir dans les trois personnes divines que trois opérations fférentes d'une Divinité absolument une, ou même trois lases différentes d'une même foi divine : (Dieu comme •éateur s'appellant Père , comme rédempteur Fils , >iiune sanctificateur Esprit-Saint) ; — ou plutôt encore ois évolutions différentes de l'Être universel : le monde, hiumanité, l'Église. « La Monade en se développant $t devenue Triade » \ disait Sabellius. Le christianisme B Sabellius tombait dans le panthéisme.

Mais d'un autre côté, comme l'erreur a toujours une ouble face, si les uns exagéraient l'Unité, ou comme on isait alors la Monarchie, lesautres exagéraient la Trinité,

je puis ainsi dire, et des trois personnes divines failient trois dieux. Tertullien, devenu montaniste, mais >nduit par son erreur à des erreurs nouvelles, d'autres :>cteurs à Rome (montanistes ou non) , trouvaient l'Église )inaine trop indulgente envers Noët et Sabellius, accudent le pape Zéphyrin de faiblesse et d'ignorance, acoulient Calliste, son conseiller et son successeur futur, de aude, d'obsession, de connivence avec les hérétiques, t eux-mêmes, poussant jusqu'à la séparation absolue ou isqu'à l'inégalité la distinction du Père et du Fils, léritaient qu'on les appelât les hommes aux deux Dieux

ir le livre contemporain des Philosophoumènes établit d*\ine manière, ce me ïinble, évidente que Sabellius a vécu à Rome sous les saints papes Zéphyo et Calliste, et que les évoques de Pentapole contre lesquels St Denys at écrire, ne firent qu'adhérer à une doctrine depuis longtemps répandue, e citerai souvent cette dissertation de M. de Rossi sur les Philosophou- \ènes. Bulletin d'Arch. chrét. 1866, n»» 2, 5 et 6. i Sabellius cité par S. Athanase, De serUentia Dionysii.

(SiOéouç,) *. Ces erreurs devaient s'étendre et se reproduire ; quelques années après, l'hérésie de Sabellius était vivante encore dans la Pentapole, et séduisait même des évêques. Toutes ces fausses doctrines contenaient en germe Arius, Nestorius, Eutychès, bien des hérétiques des temps modernes. L'erreur est immortelle comme b vérité, mais immortelle à sa façon : la vérité demeure, l'erreur renaît.

Mais entre ces erreurs contradictoires, l'Église suivait sa voie. Elle ne se jetait, ni dans le dithéisme par horreur de l'unité absolue, ni dans la monarchie de Sabellius par horreur du dithéisme. L'auteur des Philosophoumènes a beau reprocher à Zéphyrin et à Calliste d'avoir favorisé Sabellius et Noët. Il est obligé de convenir que Sabellius

1 Voir les Philosophoumènes IX, 1, 2. M. do Rossi rapproche les passages auxquels je fais ici allusion de ceux de Tertullien (Aaversus Praeteam 2, 3, 18, 27, 29) (jui sont d'une similitude frappante. Tertullien reproche à rËglise catholique sa pn^tendue indulgence pour Thérésie de Praxéas, dont Ta doctrine estôcjuivalento h colle de NoiH. Il se vante de Tavoir démasqué et d'avoir obligé le chef de l'Ëgliso à se prononcer contre Praxéas d'une manière formcllo. Semblable est le langage que tient et le rôle qu'aurait joué l'auteur des P/it(o5op/ioum('ne« à Rome, vis-à-vis des papes Zéphyrin et Calliste, contre rhôrôtiquoNoiH, contre Epigone etCléomëne ses disciples et enfin contre Sabellius. Cette ressemblance porte l'illustre savant chrétien à mettre le traité Adversus Praxeam sous le pontificat de Calliste (ce qui me parait au. moins probable) à identifier Praxéas avec Epigone (ce qui est très-possible) et par suite k faire de Tertullien l'auteur du livre

familière) ou mémo dans un livre traduit en grec d'après lui. S'il fallait absolument mettre le livre des Philosophoumènes sous le nom d'un écrivain connu, j'aimerais mieux l'attribuer, non pas à Origène, comme le fait le manuscrit original (attribution que M. de Rossi combat par do très-justes raisons), mais, comme le fait le docteur Dœllingor à St Hippolyte qui, lui aussi, combattit l'hérésie de Noi^t, et qui a lui-même (ou un de ses homo* nymcs) fini par se séparer du Saint-Siég(i et tomber dans une hérésie, qu'il retracta depuis avant de subir le martyre. Mais il est bien possible que le livre en question n'appartienne à aucun écrivain connu et doive passer pour anonyme. Voy. M. de Ro fisi, BuUetin déjà cité. Dcellinger iiippolytus und, Kallistus. M. l'abbé Freppel, Origéne t. I, p. 158 et s. Leçon 7-10.

a fini par être condamné par Galliste ; comme aussi il faut qu'il avoue, parmi ses autres griefs, que Galliste Ta flétri lui-même du nom de dithéisme et que Galliste est suivi par là grande masse des chrétiens de Rome. Ainsi Rome, la papauté, la hiérarchie, et avec elle la plus grande multitude des fidèles, n*a fléchi ni à droite ni à gauche. Elle a dû seulement à Thérésie d'avoir été amenée à définir plus exactement sa doctrine ; grâce aux sentiers tortueux que Terreur frayait de Tun et de l'autre côté, l'Église a délimité d'une manière plus visible la route qu'elle-même n'avait jamais cessé de suivre. Les papes Gt les docteurs de ce temps préparaient par leur labeur te grand formulaire chrétien que devait proclamer un siècle plus tard le concile de Nicée ^ .

L'Église suivait sa voie, avons-nous dit ; mais elle la

suivait grâce à sa fidélité à la tradition qu'elle avait reçue,

gr^ce à son obéissance envers la hiérarchie divine qui la

gouvernait. A cet égard, il est bon d'entendre Irénée,

qui, de la chaire de Lyon où il a succédé à saint Pothin,

adresse à Blastus sa lettre sur le schisme et à Florinus

sa lettre sur la monarchie, c'est-à-dire sur l'unité divine.

Dans cette dernière : «Tes doctrines, dit-il à Florinus, les

hérétiques eux-mêmes qui sont hors de l'Église n'ont

pas osé les proférer. Elles ne t'ont été transmises par

aucun des anciens que nous avons connus, et qui étaient

^sciples des apôtres. Je t'ai vu dans mon enfance, dans

m LIVHE IL - SEPTIME SÉVÈRE

TAsie inférieure auprès de Polycarpe..., dont tu recherchais ardemment l'approbation.... je me rappelle ce qu'il nous racontait sur ses relations avec Jean et avec les autres qui avaient vu le Seigneur, comment il répétait leurs paroles et comment eux-mêmes lui avaient répété ce qu'ils avaient entendu de la bouche du Seigneur.. Grâce à la miséricorde divine, j'ai gardé ses paroles dans mon cœur, où je les repasse et les relis chaque jour. Et en présence de Dieu^ je puis affirmer que ce bienheureux et apostolique vieillard, s'il eût entendu quelque chose de pareil à ta doctrine, se fût bouché les oreilles et se serait écrié comme il avait coutume de le faire : « 0 mon Dieu 1 en quel temps m'avez- vous fait vivre, queje sois condamné à entendre de pareilles choses ! » Et, qu'il fût assis ou debout, il eût quitté sa place pour ne plus les entendre^» Telles étaient les luttes contre le schisme et l'hérésie. D'autres luttes moins graves faillirent cependant troubler la paix de l'Église. Dans leur dispersion à toutes les extrémités de l'Empire, dans l'isolement quela persécution amenait souvent, les communautés chrétiennes restaient toutes attachées à la foi commune, mais chacune aussi à certains rites que ses ancêtres lui avaient laissés. La doctrine était une ; certaines formes du culte pouvaient varier. Ainsi la Pâque ne se célébrait pas partout le même jour. Les églises de la province d'Asie, groupées autour d'Éphèse, la ville de saint Jean, avaient reçu de cet apôtre la tradition judaïque et faisaient la Pâque comme les Juifs le quatorzième jour du mois lunaire, Abib ou Nisan (le 1 •' Nisan coïncide avec la nouvelle lune qui

1 Saint Irénéc à Florinus, sans Eusèbc, v, 19.

suit réquinoxe du printemps). Dans tout le reste de la chrétienté, les autres apôtres, et saint-Pierre lui-même, plus affranchi que ne prétendent les Allemands modernes des coutumes hébraïques, avaient tenu à se séparer de la synagogue ; par vénération pour le jour qui a été le premier jour du monde et surtout le premier jour du Christ ressuscité, ils avaient choisi pour la grande fête des chrétiens le premier dimanche après le 1 4 Nisan.

Cette diversité de pratique préoccupait l'Église, par ce motif surtout que les Juifs baptisés^ nombreux dans son sein, se prenant par fois à regretter la synagogue, n'étaient que trop portés à retourner vers elle; plus d'une hérésie, nous l'avons dit *, s'était déjà produite en ce sens. Déjà, une quarantaine d'années auparavant, le bienheureux martyr Polycarpe venu de SmjTue à Rome s'était entretenu de cette regrettable diversité avec le pontife Anicet. Chacun d'eux était demeuré néanmoins dans la h*adition qu'il tenait de ses devanciers ; ils ne s'en étaient pas moins donné la main, et, pour honorer Polycarpe, Anicet l'avait même chargé de consacrer dans sa propre église*. Un peu plus tard, sous le proconsulat de Servi- 'îus Paulus en Asie, la discussion se renouvela plus vive à Laodicée ; l'illustre évêque de Sardes, Méliton défendit la tradition des Asiatiques '. La discussion recommença encore (on ne sait à quelle époque) entre Crescens (un é r ^eque d'Asie?) et Alexandre, évêque d'Alexandrie» . Mais, sous le pape Victor (193-202), elle eut plus de gravité. L'époque judaïque de la Paque avait été adoptée parles

J Les Antonins, V, 6 (tome II).

:- Irénée, apud Euseb. V. 25.

f Eusèbe iv, 26.

* Ëpiphane. Hœres, LXX, 9.

Montanistes; elle venait de l'être â Rome par l'hérésiar Blastus. C'était dès lors comme un drapeau de l'hérésie des mains chrétiennes ne devaient plus tenir. Les semblées d'évêques se multiplièrent, dans l'Orient i tout, pour le faire disparaître ; Victor en convoqua ui Rome. Dans la Palestine même, là où les habitudes ju auraient pu exercer plus d'influence, Théophile, évè de Césarée et Narcisse, évêque de Jérusalem protesté] en faveur de la coutume chrétienne de ne célébrer la de Paque que le dimanche. Irénée parla de même au i des églises de la Gaule, quoique Irénée, ainsi que s Pothin son maître, fût sorti de l'église de Smyrne, et appris dans sa jeunesse à suivre l'usage des Juifs, évêques du Pont, à leur tête Palma (évêque d'Amastris écrivirent à leur tour contre l'usage des églises d'Aj leurs voisines. De semblables lettres partirent de < rinthe au nom de la Grèce, d'Édesse au nom de l'Os hène. Des extrémités de l'Empire, des rives même l'Euphrate, des voix s'élevaient ainsi pour attester la 1 dition des églises chrétiennes.

La province d'Asie résistait pourtant. Polycra évêque d'Éphèse \ écrivit comme les autres au pî Victor, mais pour défendre la tradition locale de i église. 11 invoqua le souvenir des grands hommes et i illustres saints qui l'avaient précédé lui et ses frères i les sièges de Smyrne, d'Éphèse, d'Euménie, de Lac cée. Puis, avec une solennité qui dépassait peut-ê l'importance de la question : « Quant à moi, ajoutaitayant vécu soixante-cinq ans devant le Seigneur, m*étî

l Voyez sur lui Hieronym. Viriilluslr. 45. Euscb. III, 31. .V. 24.

entretenu souvent avec mes frères dispersés par tout le :nionde, ayant lu toutes les saintes Ecritures, je ne suis ébranlé par aucune des menaces qui peuvent m*être faites. Je sais ce qui a été dit par des hommes bien plus grands <}ue moi : il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes.» La querelle s'envenimait ainsi. Il y eut même, s'il faut en croire Eusèbe, un moment où toutes les églises d'Asie et des provinces voisines, c'est-à-dire probablement de Phrygie et de Mysie, furent excommuniées par le pape Victor. Mais cette excommunication, sans doute bientôt révoquée, laissa peu de traces, puisque d'un côté les églises d'Asie n'apparaissent pas en état de rupture avec l'Église universelle, et que de l'autre la pratique judaïque se conserva dans quelques églises chrétiennes jusqu'au concile de Nicée. Le débat, on peut le croire, finit P^r la pacification. Les évêques, même les plus attachés à la pratique spécialement chrétienne, parlaient pour la paix. P^ avance, Irénée, écrivant au nom des églises de la Gaule pour prolester contre la coutume des églises d'Asie, s'était w^ontré digne de son nom.Vhomme de lapaix (EipYivaio;) ; il avait demandé pour les églises dissidentes la liberté de suivre leur usage, et sollicité la tolérance pour ces ^versités de rites qui n'entraînent pas la diversité de la ^*^î. Il suflBsait sans doute, pour éviter les maux qu'on Pouvait craindre et maintenir la vraie pratique chrétienne, ^^ ces synodes rassemblés en tant de lieux, de ces lettres ^'évêques échangées sur tous les points du monde et en- ^^yées à toutes les églises, en un mot de cette manifestation solennelle dessentiments de l'Église universelle \

* Eusèbe V, 23-25.

Quoiqu'il en soit de ces dissentiments, la lumière r manquait ni à rÉglise,Tii à aucune des parties de TÉglift Malgré la situation obscure, menacée, isolée, des cet munautés chrétiennes, elles parvenaient déjà à entret nir avec le centre de l'Église des rapports dont la fréquent nous étonne. Et, en outre, il est permis de croir que la Providence divine accordait plus ou moins aboû damment à chaque contrée selon ses besoins ces chef qui, par la sagesse de leur parole et la sainteté de leiE vie, étaient les guides de la chrétienté à travers te périls du mauvais exemple, de la persécution, d^ l'hérésie.

Ainsi, — à la Gaule, elle donnait cet Irénée que nou avons nommé plus d'une fois et sur lequel nous reviendrons encore. Disciple de Polycarpe qui lui-même avai été disciple de saint Jean, Irénée avait conservé de ce maître un souvenir plein de vénération et d'amour, a Les souvenirs de notre enfance nous sont plus présents, c( dit-il, que ceux des derniers temps de notre vie... h « puis encore dire en quel lieu Polycarpe s'asseyai (( pour nous enseigner ; quelle était son attitude et « (( démarche, toutes les habitudes de sa vie, et l'aspee (( de sa personne ; les discours qu'il tenait au peuple^ « ce qu'il nous racontait de ses relations familières ave <( Jean et avec les autres apôtres qui avaient vu le Sei a gneur ; ce qu'il avait appris d'eux sur les miracles € (( la doctrine du Christ, en parfait accord du reste aves c( les Écritures sacrées. * » Aussi lorsque l'église J Smyrne, sur les pas du commerce, était allée fonder»

1 St Irénée dans Eusèbc, V, 19.

L'ÉGLISE SOUS œMMODE ET SOUS SÉVÈRE 197

réglise de Lyon, Irénée avait marché ou à cette conquête ou à la suite des conquérants. Il avait été le coopérateur et il fut le successeur de saint Pothin dans ce périlleux honneur de l'épiscopat. Il avait été le député des martyrs de Lyon auprès du pape Éleuthère*, et il fiit toute sa vie le lien principal de l'église de la Gaule avec TÉglise romaine. Irénée est le saint Bernard ou le Bossuet de son temps, le bouclier de l'Église contre toutes les erreurs. Blastus tombe dans le schisme, il écrit à Blastus. Florinus s'égare ; au nom de Polycarpe, leur commun maître, il reprend Florinus. Il écrit Contre les païens son livre sur la Science ; contre les Valentiniens son Ogdoade^ réponse aux huit livres ^e Yalentin ; il réfute les marcionites. lï écrit enfin « 1g seul livre de lui qui nous soit resté, mais qui paraît avoir été son œuvre capitale, sa « Destmo- ^im de la prétendue gnose . » Ce livre, opposé à la plus îtîonstrueuse et à la plus persistante des erreurs de ce temps est un hymne à l'unité de l'Église. Les rêvertes honteuses et insensées des hérétiques qu'il combat lui servent à relever la dignité, l'autorité, l'imniutabilité de la tradition chrétienne : « Il v a, dit-il, Une Église répandue sur toute la terre, qui a reçu sa croyance des apôtres et des disciples du Christ... Cette croyance, elle la garde avec vigilance, et grâce à elle, quoique dispersée dans toutes les parties du monde, elle habite » spirituellement « une seule demeure. Enseignant à tous ses disciples une même foi, elle n'a avec

l Eusèbe, V, 4.

î Au temps du pontificat d*Eleuthère (St Irénée III, 3 cité aussi par

Eusèbe V, 6.) C'est le livre appelé vulgairement : Cantrà hœreses.

eux qu'un même cœur et une même âme. Elle n'a qu'une bouche pour annoncer, enseigner, conserver une même doctrine. Les idiomes sont divers ; mais le sens de la tradition est partout le même. Les églises fondées en Germanie ne croient pas, ne transmettent pas à leurs fidèles une autre doctrine que celles d'Ibérie, ou celles de la Celtique, ou celles de l'Orient, ou celles de l'Egypte, ou celles de la Lybie, ou celles qui habitent les régions du milieu «. De même que le soleil, ce chef-d'œuvre de la main divine, est le même pour toute la terre, ainsi la prédication de la vérité évangélique apporte partout la lumière et éclaire tous les hommes qui consentent, à la connaître. Celui des chefs de l'Église qui parle avec le plus d'autorité ne saurait faire cette foi plus grande qu'elle n'est (car nul ne s'élève au dessus du maître), comme aussi le dernier d'entre les croyants ne saurait faire cette foi moindre qu'elle n'est : car il n'y a qu'une seule et même foi. La multitude de nos paroles ne peut rien y ajouter ; notre silence ne peut rien lui ôter....^ Là où est l'Église, là est aussi l'esprit de Dieu, et l'esprit de Dieu est la vérité. Ceux qui ne participent point à lui, ne sont pas nourris du lait de la mère; ils n'ont pas bu à la source vivante et pure qui est le corps du Christ ; ils ont creusé des fossés pour y rassembler des sources taries ; ils boivent une eau impure et fangeuse. Ennemis de la vérité ; ballottés d'erreur en erreur, appartenant tantôt à une doctrine, tantôt à la

1 4c xxrà iiifTOL rov xoo'|xoO iSûvpiivae, dans le texte grec que nous .x conservé S Epiphane Hœr. XXXl, 9-32. On explique ce mot de rôglisc de Jérasalem qui était censée le centre de la terre. 2 Irénée I, 10. V. aussi III, 2, 3, IV. 4t, 45, 48, 63, 64.

doctrine opposée ; n'ayant jamais une foi stable ; aimant

injeiix se feire les sophistes de la parole que les disciples

de la vérité ; ils ne sont pas fondés sur la pierre une

et inébranlable ; ils ont voulu bâtir sur le sable et sur les

pierres roulantes du rivage * . »

Ainsi encore, — aux Églises d'Orient, Dieu donnait Narcisse et Sérapion. J'ai déjà parlé et je parlerai encore Sérapion évêque d'Antioche. J'ai dit aussi la part qu'ait prise à la discussion sur la Pâque (196) Narcisse, éx^êque de Jérusalem. On racontait, comme une preuve que je Ciel avait voulu donner de sa sainteté, qu'un jour, endant la veillée solennelle qui précédait le jour de âques, l'huile vint à manquer pour les lampes destines à éclairer l'assemblée des fidèles. Le peuple s'inc^uiétait : Narcisse ordonna simplement de prendre de l*eau au puits voisin ; il pria sur cette eau et dans la sin- ^€rité de sa foi, ordonna de la verser dans les lampes. I-*eau se changea en huile, et plusieurs frères conservèrent longtemps de précieuses gouttes de cette huile miraculeuse.

La calomnie cependant s'attacha à la personne de ce

saint évêque. Trois misérables se rencontrèrent, qui,

craignant la punition de leurs crimes, accusèrent pour ne

pas être accusés ; ils dénoncèrent l'évêque à ses fidèles

comme coupable nous ne savons de quel méfait. L'un

tfeux s'écriait : a Que je sois brûlé si mon accusation est

feusse ! » L'autre: « Que la peste me dévore, si je mens! »

Letroisième: « Que leciel me prive de la vue! » Nul d'entre

les fidèles ne crut à leur serment, tant la sainteté de l'é-

* m, 40. V. encore sur S. Irénée, Hieronym, Viri Ulustr, 35.

vêque était évidente pour tous! Mais lui, attristé, humilié,; porté d'ailleurs par son propre penchant à la vie érémitique, se traita lui-même comme s'il eût été criminel et disparut du milieu de son troupeau. Dieu ne voulut pas cependant que sa retraite parût aux yeux du peuple une confession du crime qu'on lui imputait. La justice du Ciel punit les accusateurs comme eux-mêmes avaient demandé à être punis. Le premier était chez lui, quand tout à coup une petite étincelle éclata on ne sait par quelle cause, et alluma un incendie où la maison, le maître, toute sa famille périrent. Le second fut atteint de la peste, son corps fut couvert d'ulcères des pieds à la tête, et il expira. Le troisième, épouvanté de ces châtiments, confessa son crime, révéla celui de ses complices, fit pénitence et perdit la vue à force de pleurer. Cependant il avait bien fallu qu'un autre évêque remplaçât Narcisse. Les évêques de la province avaient nommé Dius, puis Germanicus, puis Gordius ; tous trois siégèrent peu de temps. Alors Narcisse, dont jusqu'alors on ignorait la retraite, reparut ou fut découvert. Le peuple s'empressa autour de lui et il fut replacé sur le siège épiscopal, triplement vénéré pour l'humilité de son départ, pour l'austérité de sa vie érémitique, pour l'éclatante justice que Dieu avait faite de ses calomniateurs i.

A l'église d'Afrique Dieu donnait Tertullien. Nous avons dit quel rapide développement la foi avait pris depuis peu sur la terre africaine. Mais là aussi devait se porter un des plus grands, sinon le plus grand effort de

t Sur S. Narcisse ^29 octobre) voy. Adon; le martyrologe romain; Eusèbe V, 12, 23, 25 ; VI, 9. 10, II.

1^^ persécution, là le peuple païen rugissait avec plus de vîcDlence contre les disciples de Jésus-Christ \ A cette é^ç-lise qui avait besoin de se fortifier contre les plus viole intes attaques et contre les plus grands périls, à cette é^-lise essentiellement militante, le plus militant et le plus belliqueux des docteurs de l'Église, Tertullien était donné.

Ce qu'il fut dans sa jeunesse, quelle fut son origine, sa. vie première, l'époque de sa conversion, l'époque de sa. prêtrise (car saint Jérôme affîrme qu'il fut prêtre *) on. ne le sait pas. Son nom de Septimiuset son origine afi^icaine pourraient faire croire à quelque parenté avec l'^empereur Sévère dont il traite toujours la famille avec ^n. respect marqué. Fils d'un centurion, sa jeunesse et P^nt-être une partie de son âge mûr se passent dans le Paganisme ^, dans les luttes du barreau, et aussi dans les voluptés et les désordres de la vie païenne*. Il avait ^cirit une satire contre le mariage ^ avec lequel le Monta- '^îsme devait le brouiller de nouveau. Il avait vu Rome, J^^sil y avait peu vécu ®. Tertullien n'est point Romain ; *^ aime l'Empire, et surtout l'Empire placé comme il ' ^st en ce moment dans des mains africaines, parce que ' -empire est à ses yeux une sauvegarde du genre hu- '^^in contre la barbarie et la destruction ^ ; mais il n'aime P^s la race romaine. Quoique citoyen et portant un nom

^ Ad Scapulam 3. Apologet 35.

1 Viri Ulustr. 50.

^ Apolog. 18.

^ De resurrectione eamis 59.

^ Hieronym. I Adv. Jovin. Ep. 22 ad Eustoeh. r^f^ Il paraît avoir été témoin au trioinphe de Garacalia à la place de son *^^ï*e Sévère, en 203. De cuUu feminar L, 7.

"^ Apolog. 32. Ad Scap. 12,

romain, il se sépare hardiment de cette race et oppose les chrétiens aux Romains » ; bientôt il se fera gloire de quitter la toge et de reprendre le manteau ', Thabit de sa patrie africaine ^. Sur ce sol de Carthage où tant de races se sont croisées, y avait-il donc encore un peu du sang et des passions d'Annibal ? Il a étudié Rome, la Grèce, les orateurs, les poètes^ les jurisconsultes, les médecins, les philosophes ; mais il n*a pris d'eux que la science et il a dédaigné leur style. Sa diction n'est pas romaine, elle a la dureté, Tincorrection^ parfois Tobscurité de sa langue provinciale, à laqueUe s'ajoute encore l'originalité propre à son génie, Tun des plus originaux que le monde ait vus. Il connaît les lettres païennes et même les considère comme une introduction nécessaire aux lettres chrétiennes * ; maig les lettres païennes ont cessé de le préoccuper. Il sait b rhétorique ; mais il dédaigne d'en user. Sans exorde el sans préparation oratoire, il se précipite à travers son sujet avec une brusquerie que personne n'a poussée auss loin, n sait la philosophie; mais ne lui demandez pas s quelle école de philosophie il a étudié ; il se sert d( toutes et les sacrifie toutes. 11 sait la jurisprudence : maii il a cessé de lui appartenir ; seulement il en fait usage ai besoin, brièvement, soudainement ; il lui emprunte volontiers son langage exact, mais dur, et ses formulai

1 Ainsi, Apolog., 35, 36 et ailleurs.

2 De Pallio, Cet écrit où Tertullien justifie son changement de costumi lïe peut être que de la période 208-211, pendant laquelle TEmpire eut troi Augustes. Imperii triplex virtus... toi Augustis Deo favente. Gh. 2.

3 V. dans ce Traite un passage curieux de patriotisme africain ou cartha ginois. ch. 9.

4 De Idololat. 10.

a o^ousalrices \ Mais avant tout, il est chrétien ; il s'est jeté dans le christianisme comme dans un bain de vérité dsiMis lequel il ne pouvait trop se plonger. Il ne croit pouvoir être trop chrétien, ni chrétien trop absolu, ni chréti^Mi trop rigide, ni surtout chrétien trop militant.

Aussi, en ce siècle d'imitateurs et de copistes, son éloqu.ence est peut-être la plus nouvelle qui se soit jamais produite, et c'est la plus exclusivement chrétienne que, dopuis les apôtres, le monde ait entendue. Parmi les éorivains chrétiens qui nous sont restés, saint Justin a surtout l'éloquence de la vérité et du courage ; Athénagore est encore un grec et un athénien, un disciple d*Aristote et d'Isocrate; Minutius Félix, contemporain de Tertullien, mais romain et habitant de Rome, un des CGrivsiins les plus purs de ces temps de décadence et un des plus éloquents défenseurs de l'Église, Minutius Félix ^st dans son idiome et dans la forme de son éloquence l^ut cicéronien, et, plus il est admirablement vrai, plus *' est admirablement cicéronien. Mais ne parlez à Tertul- ''^n ni d'atticisme ni d'imitation cicéronienne. Ce génie ^'l'ange est tout lui-même et tout chrétien. A vrai dire, ^1 n'est ni orateur, ni écrivain, ni philosophe, ni évêque, ^^ prêtre, ni apôtre, ni prédicateur; il est soldat. Il ne h^i^angue pas, il combat. Il ne parle pas comme les ^^éteurs à des auditeurs curieux et désœuvrés qui aiment ^ avoir de belles paroles à applaudir; ses auditeurs à lui ^^ ceux à qui il voudrait se faire entendre, ce sont des

1.-^ Remarquons d'ailleurs la liberté avec laquelle il s*élève contre Tidor^^i^iedes lois humaines: Legis injustae honor nulius. Ad nationes i, 6. Si ^^ lex errai, puto, ab homine concepta est, nec enim de cœio ruit. tbid. et

proconsuls qui ont le glaive en main et qui vont firapper; c'est tout un peuple chrétien que la mort attend et qu'il faut accoutumer à ne point pâlir devant l'échafaud ; ce son des confesseurs, enchaînés dans la prison, et qu'il fau encourager à aimer aujourd'hui leurs fers comme en effe ils les aiment, à se laisser tuer demain comme en effe ils se laisseront tuer. Génie vraiment singulier qui n' pas plus été imité qu'il n'a été imitateur; trop heureux s la violence de son ame et l'intempérance de sa vertu n l'eût mené à la fin à trouver l'Église trop peu militante les martyrs trop peu dévoués, la vertu chrétienne tro|E=3 peu rigide, l'Évangile pas assez divin ^ !

Enfin, — à l'église d'Alexandrie, Dieu donnait un suite de docteurs qui devaient pendant bien des siècle l'éclairer et l'illustrer.

1 On a beaucoup discuté et avec des conclusions très-diverses sur 1 chronologie des OÈuvrcs de Tertullien, qui seule donnerait quelques lu miëres sur sa vie. Malheureusement on en est réduit aux conjectures.

Kécrit dont la date est la plus certaine est le traité De pallU) qu*un sage cité plus haut fixe entre les années 208 et 211. Le traité Ad Scapûla est écrit sous Garacalla (v. ch. 2 et 4), par conséquent en 211 au plus tôt

h Apologétique, très-probablement antérieure au décret de persécutioT de Septime Sévère, est postérieure aux guerres contre Niger et contre Albi nus (en. 35), mais contemporaine des derniers actes de proscription qui sui virent ces guerres. On peut donc en fixer la date entre les années 198 et 20r où la persécution, non encore proclamée par l'Empereur, était, en Afriqui surtout, réclamée par les païens et anticipée par quelques magistrats.

Le traité Ad martyres est très-probablement contemporain de la persécu — tien de Sévère qui commença en 202.

Quant aux autres écrits de Tertullien, on ne peut guère les classer quflssd'après leur orthodoxie ou leur hétérodoxie qui les placent avant ou après»' Tapostasie de leur auteur. On place cette apostasie entre les années 204 et.207.

Les écrits catholiques sont : V Apologétique, les traités De ortttione, A^ uxorem. De haptismo, Ad nationes (qui n*est guère au'une seconde rédaction de V Apologétique) Ad ma/rtyres. De patientia, De cultu fceminarum. De spectOiCuliSy De idolatria, Scorpidce, Ad Judœos, De testimonio animœ. J'aime à^ajouter le De prœscriptionihus qui ne me semble pas avoir pu être composé par un hérétique.

Le traité montaniste. De corona, mentionnant plusieurs empereurs, doit — être antérieur à l'année 212 où Caracalla régna seul. Les autres traité^Si' montanistes doivent avoir été écrits entre 201 au plus tôt et 245 que Foi^ crpit être la date de la mort de Tertullien.

Alexandrie, on le sait, était une cité grecque sur le

rivage égyptien. Sous l'Empire romain, elle était avec

Athènes, et, au siècle dont nous parions, bien plus qu*A-

thcnes, la capitale intellectuelle de la race hellénique.

C'était la ville savante en même temps que la ville corn-

nnerçante du monde romain ; la ville des bibliothèques,

s académies, des érudits, des sophistes, des philo-

phes.

Aussi, de bonne heure, l'église chrétienne d'Alcxanie s'était-elle familiarisée avec la science grecque, ou ur la combattre ou pour s'en aider. Avant toute autre, je ne me trompe, elle avait fondé une école destinée à. Tinstruction des catéchumènes, école théologique et T>liilosophique, pieuse et savante à la fois : la première académie chrétienne, je dirais volontiers le premier séïïiinaire chrétien, fut l'école d'Alexandrie. A Alexandrie, ^n face de toute cette sagesse qui s'agitait contre elle, l*£glise avait besoin du secours de l'école ; le docteur était le premier lieutenant de l'évêque. L'école d'Alexandrie attira bientôt à elle des hommes de toutes les contrées. Le Sicilien Panténus fut de ce nombre ; il était païen, il devint philosophe, stoïcien, puis éclectique; puis, dans ce travail de l'éclectisme qui consistait à accueillir la vérité partout où il la rencontrait, il finit par s'apercevoir que toute vérité est chrétienne. Cette abeille de la Sicile, comme le nomme son disciple Clément, ayant composé un miel de toutes les fleurs les plus pures de la science, ce miel se trouva chrétien. Il vint alors à Alexandrie qui appelait volontiers à elle toute science, païenne ou chrétienne, pourvu qu'elle parlât la langue d'Homère.

Î06 LIVRE n. - SEPTIME SÉVÈRE

Mais il ne s'arrêta pas là: Alexandrie , grande ville deeommerce, trafiquait avec l'Inde, et les navires indiens venus dans les ports de la mer Rouge envoyaient à Alexandrie leurs marchands et leurs denrées. Plusieurs de ces marehands, ou devenus chrétiens ou tentés de le devenir, demandèrent à Tévêque de leur donner un apôtre. Panténus s'offrit pour cette tâche, et, pendant plusieurs années sans doute, évangélisa les Indes. Il y trouva le traces d'une prédication première et un Évangile de S Matthieu en lettres hébraïques. Plus tard, il revint â Alexandrie et s'assit dans cette chaire de la science chré tienne, que ses prédécesseurs, inconnus pour nous avaient déjà rendue célèbre. Ses paroles et ses écrit ajoutèrent encore à la célébrité de cette école, à lascienc de l'église Alexandrine, au développement scientifiqu de la foi ^

Clément fut son disciple et son successeur. Il était^ d'Athènes selon les uns, selon les autres d'Alexandrie^ même. Quoique son nomde Titus Flavius Clemens sembles^^ le rattacher, sans doute à titre d'affranchi, à la famille de Vespasien et à ce Flavius Clemens qui fut martyr sou* Domitien, cependant, comme Panténus, il était né dan* le paganisme et il avait été élevé dans la philosophie. Oii^ devint-il chrétien ? et à quelle époque ? Nous ne le savons. Ce qui est certain, c'est que, devenu chrétien, soa zèle pour la vérité et pour la perfection chrétienne ne se? contenta pas des lumières qu'il pouvait trouver dans sa

1 Eusèbe V, 10; VI, 11, 13, 14, 19. Hicronym. Vir. illustr. 36; Chronic? BpisL 83, ctd Magnum. Clément Alexandr. Slr<»natî,i. Panténus est ais Martyrologe romain du 7 juillet. Il serait né vers l'an 150. Son voyage dan» les ïndes se place entre 180 et 189.

patrie. Parmi les maîtres de la foi qu'il avait entendus et qu'il indique sans les nommer, l'un était un Grec ionien \ l'autre habitait la grande Grèce, d'autres l'Orient, la Célésyrie* et même l'Assyrie'; le dernier était né juif et vivait en Palestine \ Mais, arrivé ou revenu à Alexandrie, il y avait découvert Panténus, obscur encore, puisqu'il en parle comme d'un gibier précieux qu'un ardent chasseur dépiste dans sa retraite. Panténus l'avait retenu et fixé à Alexandrie. Tous ces maîtres du reste parlaient le même langage, ils étaient les héritia^ mêmes traditions ; ils avaient reçu des apôtres, de erre, de Jacques, de Jean, de Paul, comme un fils çoit l'héritage de son père, la semence de la doctrine ostolique qu'ils transmettaient à leurs disciples '. Mais si la vérité est une, l'esprit de l'homme est divers; ^ t cette alliance de l'unité avec la diversité est le merveilleux spectacle que présente l'Église. Clément est <^tirétien, strictement chrétien, uni dans la foi au moindre ^omme au plus grand des serviteurs de Dieu. Mais il n'en ff^rde pas moins la trace des influences diverses qui se ^o ut exercées sur lui. Son christianisme se colore .'pour ^nsi dire des doctrines humaines par lesquelles son esprit a passé ; le rayon lumineux qui traverse un cristal ^Ux couleurs bigarrées n'en est pas moins le même,

t St Denys, évêque de Goririthe ?

^ 8t Théophile, évoque d'Antioche?

3 Bardesane ? ou plutôt Tatien ?V. les Antonins. T. III, 1. vi, ch. 7. . *% 8, Théophile, év. de Césarée ? ou Théodote, dont parle Clément, Kpî- ^•>w Hypotyposeon.

Tj» ^ Clem. Alex. Strom, l, 1, p 274 éd. Paris. V. aussi sur Clément, JjUsèb. V. 2, VI, 6, 11, 13, 14 Hieronym. Ep. ad. Magn, 83 Viri tMwl^^c* 38. Epiphan., /fceres 32. Parmi les modernes, le travail éminent de ^*^- Tabbé Cognât: Clément d'Alexandrie, sa doctrine^ etc. Paris 1858.

quoiqu'il s'imprègne alternativement d'azur, de pourpr et d'or.

Ainsi Clément a été païen, grec, philosophe ; et, des écoles par où il a passé, il lui est resté un certain amoui de cette philosophie platonicienne ou socratique qui avai jeté dans son âme les premiers germes de la vérité — Pour lui la philosophie est une aide nécessaire de la foi ^ la philosophie a presque été pour les Grecs ce que la lo m de Moïse a été pour les Juifs, une préparation à l'Évangile, une préparation indirectement, sinon directement , venue de Dieu même *.La philosophie était Agar, appelée la première à donner des fils à Abraham, jusqu'à ce qua , par un miracle de la bonté divine, Sara, l'instrument des promesses sacrées, eût été relevée de sa longue stérilité. Une fois même. Clément appelle la philosophie l'Ancien Testament des Grecs *.

Ainsi encore. Clément a étudié à Alexandrie où touto science est réunie, et il y a trouvé, avec la science deB Grecs et la discipline des chrétiens, la science du Ju-daïsme philosophique et platonicien, bien différent du rabbinisme, et dont Alexandrie a été longtemps le foyer- Clément s'est imprégné de cette science*; il a lu Philon et Aristobule, il leur fait de nombreux emprunts; il re^ produit après eux et sans cesse ces interprétation^ allégoriques de TÉcriture sainte \ ces remarques mys-tiques sur les noms propres, les nombres, les lettre^

1 Voyez à TAppendice B les extraits de Clément d'Alexandrie, g t.

2 Voir rAppcndice B, g 2.

3 II cite Ëupolcme, historien, Artapan, Ëzéchiel, poète tragique, tou^ juifs ; et leurs traditions sur Moïse. Strom. I, 3, p. 344. Il parle d'un^ science judaïque secrète appartenant aux mystct-, sont-ce les Rabbins ? o^ les prêtres ? Strom l, 23, p. 344.

4 Voyez TAppendicc B, g 3.

nême, système qui a sa légitimité et sa valeur, mais qui, loiissé à Texcès, fatigue, et finit par choquer parce qu'il £^mble impliquer Toubli et l'abandon du sens littéral.

Unfin, Clément, non-seulement a été élevé dans le paganisme; mais, comme la plupart des païens instruits, il a été initié aux mystères. Sur les rites, les traditions, les poètes de la Grèce païenne, dans ce qu'ils ont de grand, de vrai, d'analogue au christianisme, mais aussi dans ce qu'ils ont de honteux, de dépravé, de grossier, de satanique. Clément a des trésors d'érudition à nous donner. Peut-être même l'initié d'Eleusis, quoiqu'il ne craigne pas de nous en révéler les ignominieux secrets, a-t-il au sein du christianisme trop fidèlement gardé quelques-unes des habitudes d'Eleusis. On ne laisse pas que de s'étonner d^ ces expressions empruntées au vocabulaire du sacerdoce païen : « grands et petits mystères, hiérophantes, ^poptie,initiations,)) quand on les voit appliquées au christianisme ; on s'étonne chez lui d'une certaine tendance 8 maintenir au sein de la foi une doctrine plus intime, plus secrète, réservée au petit nombre ; de voir cer- '^ins détours, certaines formes allégoriques, certaines dissimulations recommandées afin de laisser tout au plus ^upçonner au vulgaire ce que l'élite seule doit connaître.

La série des œuvres de Clément témoigne elle-même . ^^ cette idée d'un christianisme pour ainsi dire progressif ^' qui s'enseigne par degrés. Il commence par son ^^hortation aux Gentils (xpoTpe:uTt/.6v) . Là il parle à tous ^^ plutôt à tous les Grecs ; il leur cite leurs fables, leurs n^aximes, leurs poètes, leurs philosophes ; et par les

210 LIVRE n. — SEPTIME SÉVÈRE

germes de vérité qui s'y trouvent de loin en loin, comme aussi par les traces de réprobation qui s'y rencontrent trop souvent, il les amène à prendre la sagesse grecque comme une introduction à une sagesse plus complète et plus haute, la religion grecque comme une déviation et un égarement funestes dont il faut se hâter de revenir.

Mais quand le païen abandonnant ses idoles, est venu aux pieds de Tévêque, c'est le moment de l'instruire pour le préparer au baptême. Le Pédagogue d^ la science divine vient à lui, et ce livre peut être considéré comme reproduisant plus qu'un autre les leçons^ que faisait Clément, après son maître Panténus, dans l'école catéchétique d'Alexandrie. Lés devoirs que 1^ nouveau chrétien devra remplir, la vie qu'il devra mener, ce qu'il devra supprimer des habitudes, des mœurs, des plaisirs, du luxe païen, voilà ce que Clément lui enseigne ici.

Et enfin, il est une sagesse plus haute encore à laquelle le chrétien, une fois baptisé, peut espérer d'être initié. Non-seulement la foi chrétienne de ce siècle a légitimement et nécessairement une partie secrète, que l'on ne confie qu'aux seuls baptisés, de peur que, jetées indiscrètement au vulgaire, certaines vérités ne soient ou profanées ou calomniées. Mais, outre les secrets de ce genre gardés comme tels par toute l'Église, Clément réserve pour son disciple une initiation d'une autre nature. Après la foi et au delà de la foi qui appartient à tous les chrétiens, est la connaissance, disons le mot original et daractéristique, la Gnose \

1 Voyez r Appendice B, { 5.

La Gnose est chez le chrétien Tœuvre de lagi^âce divine qui réclaire, mais aussi du travail humble et persévérant de sa propre intelligence ; il arrive à la Gnose par la prière et par la philosophie ^ Le gnostique (car Clément, et à bon droit, rend à ce terme sa noblesse légitime que les hérétiques lui ont ôtée par Tabus qu'ils en ont fait), le gnostique est un chrétien mystique et philosophe en même temps; c'est le chrétien parfait : et le Uvre des Strcmates, écrit sans ordre et avec quelque chose de cette volontaire obscurité de langage que Clément recominande, le livre des Stromates n'est que la peinture et • enseignement de cette perfection chrétienne qu'il appelle la gnose 2.

En voici assez sur Clément^ et nous dirons plus tard

comment cet illustre disciple de Panténus eut dans la

chaire d'Alexandrie un disciple plus illustre encore

que lui. Mais avant de finir, remarquons comme, au

dessus de ces chaires et de ces églises, s'élevait la

chaire de saint Pierre et l'Église de Rome. Irénée,

dî^ns un passage célèbre, après l'avoir nommée comme

la plus antique, la plus grande, celle qui a été fondée par

fes plus glorieux d'entre les apôtres, déclare que dans

cotte Église, à cause de son autorité supérieure (propter

ptiorem principaïitatem) doivent se réunir toutes les

cglises et tous les fidèles du monde, parce qu'en elle,

plus qu'en aucune autre, s'est conservée la tradition

apostolique •. TertuUien, répondant à celui qui cherche

* Voyez TAppendice B, { 6.

- V. rAppendice B, § 7.

le foyer de la vraie foi lui indique les églises fondée par les apôtres, Corinthe, Philippes, Thessalonique Ephèse, mais surtout Rome à laquelle Pierre et Paul on donné avec tout leur saijig toute leur doctrine *. Plus

tard, Tertullien, devenu hérétique, attaquant Rome e l'orthodoxie chrétienne n'en rendra pas moins un invo lontaire hommage à la suprématie de l'évêque de Rome lorsqu'il l'appellera Pontife suprême, Évêque de évêques, titres qui n'étaient pas usités alors dans le styl officiel de l'Église, mais qui n'en sont que plus significa tifs 2.

En effet l'Occident surtout devait reconnaître Rom pour sa mère. Rome païenne l'avait amené à la civilisai tion, Rome chrétienne l'avait amené à la foi. C'était d^ Rome que saint Marc était allé porter l'Évangile â Alexandrie. C'était de Rome que saint Paul était parti, ^î les traditions de l'Espagne et de la Gaule sont certaines^ pour évangéliser l'Espagne et laisser ses disciples dansi» Gaule. Quelle qu'en soit l'époque, c'est toujours à de^ missionnaires romains, à des évêques consacrés dans te^ catacombes de Rome^ que les églises gauloises^ espa^ gnôles, bretonnes^ africaines, rapportent leur origine.

Et, dans leur reconnaissance comme dans leur détresse ^ c'est là aussi qu'elles allaient porter des hommages ^t demander des lumières. C'est à Rome et au pape Elen-thère qu'Irénée apporte les hommages et les question^ du concile de Lyon. C'est à Rome que les montanist^^ eux-mêmes, hérétiques et orientaux, croient un instant

t De pr(Bscriptionibus 3Q.

2 Ponlifex raaximus... Episcopus episcoporurn. De exhortatione ccutUati^-

obtenir l'approbation suprême qui eut fait triompher leur doctrine dans TÉglise. C'est Rome et le pape Yictor qui provoquent les diverses provinces de la chrétienté à se prononcer sur la question de 1^ Pâque, reçoivent leur réponse et la sanctionnent par leur autorité. C'est Rome qui par la bouche de Yictor condamne Florinus, Blastus, Théodote de Byzance, de même que par la bouche des prédécesseurs de Victor elle a condamné Marcion, Cerdon, Valentin, Montan, Apelles et bien d'autres. C'est à Borne qu'Artémon, Praxeas, Noët et Sabellius conçoivent ou apportent leurs erreurs ; l'hérésie en général naît en Orient; elle vient à Rome, espérant s'y faire if> prouver, et pensant bien que si elle gagne Rome^ îlle aura gagné toute l'Église; mais cette espérance est toujours vaine. Là où l'hérésie cherchait une protection, ^lle trouve une condamnation. Noët et Sabellius ne seront pas plus heureux que leurs devanciers. Plus le siècle nciarchera, plus les hérésies se multiplieront .par cette foi-ce des choses qui fait que le christianisme s'étendant Asi^antage se heurte aussi à plus d'esprits pervers; plus ^Ussi Rome se montrera comme la tête et la bouche de ' Higlise, et plus la principauté dominante du siège de ï^ome, comme dit saint Irénée, éclatera par le fait même *^ ces luttes, de ces sollicitations des hérésiarques, de ^^s interrogations des fidèles, de ces sentences qui écra- ^^nt les uns et affermissent les autres. Le jour du com- ^^t est celui où la voix du chef doit se faire entendre da- ^^ntage.

Rome du reste est digne de ce noble rôle. Plus voisine ^U prince païen, elle est aux jours de persécution plus

exposée aux premiers coups du bourreau. Elle compto des martyrs plus qu'aucune autre église. Ses évêque^ depuis saint Pierre sont tous restés dans la tradition deè= fidèles avec l'auréole de la sainteté et même celle di martyre, non qu'ils aient tous souffert la mort par glaive; mais tous, dans cette situation si éminente et s périlleuse, ont eu un jour ou l'autre à témoigner de leui foi devant les juges, prêts à mourir pour elle. Car a 1gz3 nom de martyr se donnait alors, non-seulement à ceu.^-^

qui avaient souffert une mort violente pour la cause di ^

Christ, mais à quiconque, sans même consommer som martyre, avait subi quelque tourment pour avoir confessi la foi *. »

D'ailleurs, cette Église de Rome était d'une autre faço: encore le résumé de toute la chrétienté. Grâce à la su^ — prématie impériale, Rome attirait tout à elle. La populs^^ " tion de Rome, sa population chrétienne surtout, éta^t loin d'être exclusivement romaine. Il y avait beau. — coup d'esclaves, d'affranchis, de marchands, de voya^geufs, nés dans les provinces, nés même chez les bar*^ ' bares. Pendant longtemps, la langue latine ne fut pa ^ la langue dominante de l'Église romaine. Le grec y tena^*' alors bien plus de place ; saint Paul écrivait en grec au::::^ chrétiens de Rome, et, parmi leurs évêques, Victor e^^' cité comme le premier qui ait écrit en latin. Victor éta^' africain, et parmi ses treize prédécesseurs, il y avait e"*-^ deux juifs, cinq grecs, un syrien, trois italiens, trois x^ ^ mains seulement. Le monde rendait ainsi à Rome dc^ ^ évêques pour ceux qu'elle lui avait donnés.

1 Baronius : Annal. oAannum 19i.

Aussi TÉglise romaine n'était-elle pas en arrière du travail intellectuel qui s'opérait dans les autres parties de la chrétienté. Si l'Afrique se remue à la voix de Tertul- Ken, si Alexandrie se presse au pied de la chaire de Clément, si la Gaule entoure le siège épiscopal d'Irénée, Rome n'a rien à leur envier. De la littérature chrétienne de ce siècle dont tant de portions ont péri dans les orages des siècles suivants, il nous est resté un livre bien court, mais qui contient peut-être, de toutes les apologies du christianisme, la plus digne, la plus éloquente, la plus laconique, la plus décisive. Qui en était l'auteur ? Un [lomain, un chrétien qui avait vécu conime Tertullien lans les agitations du barreau, mais qui sut conserver me foi plus pure et une éloquence plus voisine de celle le l'antiquité. Qu'a fait du reste Minutius Félix, l'auteur le ce livre ? Où est-il mort ? A quelle époque précise -t-il vécu ? Nous n'en savons rien.

Mais tout le monde a lu, tout le monde sait ce début ttein des réminiscences de Platon et de Cicéron :

Trois amis qui ont fui le bruit, la chaleur elles affaires le la grande Rome, se promènent au bord de la mer, uf les heureux rivages d'Oslie ; c'est le matin ; une douce «se rafraîchit et fortifie leurs membres ; le sable sur lefuel ils marchent est comme un tapis moelleux qui souient leurs pieds sans les blesser. L'un d'eux, passant devant me image de Sérapis, dieu gréco-égyptien, devenu le ;rand dieu de Rome, baise sa main en signe d'adoration : : Quoi donc ! Marcus mon frère, dit l'un de ses compagnons à l'autre, n'as-lu pas honte de voir un homme qu >asse sa vie à tes côtés, s'incliner, à la face de ce beau

soleil, devant des pierres sculptées, ointes et couronnées? La faute n'en est pas moins à toi qu'à lui. » A celte exclamation de l'un des deux chrétiens, le païen se récrie à son tour et le débat s'engage. Cicéron n'eût pas autrement attaqué le christianisme, et Cicéron, s'il eût été chrétien, ne l'eût pas autrement défendu. Seulement la manière de conclure est un peu différente .Après que Cicéron a discuté pendant de longues heures avec ses trois amis, sur la Nature des Dieux, c'est-à-dire sur l'existence de la Divinité, après que l'épicurien Velleius a soutenu l'athéisme plus ou moins déguisé de son maître, que l'académicien Cotta a plaidé en faveur du doute, que le stoïcien Balbus a défendu la Divinité et la Providence ; « nous noussommes séparés, dit Cicéron, Velleius jugeant plus vrai^ l'opinion de Cotta, et moi jugeant plus vraisemblable celle de Balbus S). Le doute, la probabilité plus ou moins, grande, les dissidences, les fluctuations, voilà le résultat de cet entretien païen. Ici au contraire, après qu'Octavius» a fini par ces belles paroles -.«Différents des philosophes, notre sagesse est, non dans le vêtement, mais dansle cœur. Nous ne disons pas de grandes choses ; nous vivons de grandes choses ^ ; nous nous faisons gloire de posséder enfin ce qu'avec des efforts inouïs, ils ont cherché et n'ont pu trouver. Pourquoi serions-nous ingrats ? Pourquoi serions-nous ennemis de nous-mêmes? Et puisque notre siècle est celui où la divine vérité devait mûrir pour le monde, pourquoi ne jouirions-nous pas de ce bienfait ? » après ces paroles, il y a un moment de

1 De natura Deorum III, 40 .

2 Non loquimur magna, sed viviinus.

silence: puis Céciiius le païen n'y peut tenir; il se confesse vaincu : « Ou plutôt, s'écrie-t-il, nous avons vaincu tous

« deux, lui m'a vaincu, moi, j'ai vaincu Terreur »

Et alors, ils se séparent eux aussi, mais, dit l'auteur, remplis tous les trois d'une douce joie, Céciiius joyeux de sa foi, OctaVius heureux de sa victoire, moi satisfait de la. foi de l'un et de la victoire de l'autre »*. La certitude, la lumière, la paix, la joie, l'amitié, voilà la fin de cette conversation chrétienne.

Telle était, après les jours de repos que Commode, I^crtinax, Sévère lui avaient laissés, la situation de l'Église olirétienne, situation dont nous devons en finissant dégager ici le trait principal. Ces grandes intelligences, ces savants et ces hommes de génie qui, à cette heure-là, étaient donnés si nombreux à l'Église, lui étaient donnés ^fin de pourvoir à un besoin nouveau, et commencer une. ^uvre nouvelle qui ira désormais se perfectionnant d'âge ^flâge: la définition scientifique du dogme chrétien. La doctrine du Christ s'était conservée jusque-là plutôt par l*adhésion implicite à une tradition commune que par ^^enseignement technique d'un formulaire commun. L'É- Slise se savait unanimement acceptée, comprise, aimée par les fidèles; elle n'avait pas encore eu besoin de leur demander l'expression une, adéquate, uniforme de leur foi. Mais, grâce aux hérésies, il ne pouvait toujours en ^tre ainsi, et les hérésies commençaient à rendre à l'É- SUse le service involontaire et providentiel qu'elles lui ont si souvent rendu, de l'amener à la définition solennelle et authentique de sa croyance ; les hérésies ont aidé

l Octavius 40, 41 .

à faire de la théologie une science. Au temps dont nous parlons, l'hérésie, après s'être retournée tantôt vers h judaïsme pour en renouveler les pratiques, tantôt ver^3ss le paganisme pour en ressusciter la mythologie, s'étair 5t enfin confinée dans la sphère du dogme chrétien pour 1( fausser et le pervertir par la sophistique propre esprits rebelles. La définition scientifique du dogme devenait donc de plus en plus nécessaire, et ce fui l'œuvre des grands hommes de cette époque et des

grands hommes des époques suivantes, que de propose à l'infaillible jugement de l'Église l'expression adéquate et pour ainsi dire magistrale^ de la vérité qu'elle avai toujours possédée.

Alors donc commence un travail que chaque siècle d la vie de l'Église a perfectionné et agrandi, ce travai que les Origène, les Hippolyte, les Cyprien ont poussé s^ avant au troisième siècle; que les Athanase, les Chrysos tome, les Basile, les Augustin, les Ambroise, les Jérôm ont continué d'une manière pins brillante encore à tra vers les luttes ardentes du quatrième siècle; qui a rempl les âges suivants, et auquel il semblerait que sain Thomas d'Aquin a achevé de donner sa plénitude et perfection, si l'œuvre d'une main humaine pouvait jamai^^ correspondre pleinement sur la terre à la splendeur de^ la vérité divine.

Nous ne pourrons dans la suite de cet ouvr*age présenter au lecteur tout le détail de ces controverses, à rétude desquelles l'éducation superficielle de notre siècle nous a, tous tant que nous sommes, bien imparfaitementpréparés. Mais gardons-nous au moins d'accueillir les

préjugés vulgaires de notre temps au sujet des controverses de ce genre. On aime à les peindre comme des discussions subtiles et vaines, dans lesquelles les cœurs se sont passionnés et les esprits se sont épuisés sans fruit pour le monde. On méprise si volontiers ce qu'on ignore! etrespritanti-philosophique de notre siècle traite si volontiers de vain et de subtil tout ce qui est abstrait ! Mais rappelons-nous que le christianisme n'est rien s'il n'est une vérité ; et que serait pour les hommes une vérité qui ne serait pas susceptible d'être définie? Qu'est-ce que le salut apporté au monde s'il ne lui a été apporté par un Dieu? si une Personne divine n'a souffert sur la terre en même temps que cette Personne divine était glorifiée ^ns le ciel? si l'Unité divine ne se décompose, pour ^nsi dire, sans pourtant se rompre ? Ces questions sur !'essence divine, sur l'Unité et la Trinité, sur la divinité et l'humanité du Christ^ qui ont rempli le troisième et surtout le quatrième siècle, impliquaient en elles toute la mérité et toute l'efficacité du christianisme. Si la doctrine vraie n'eût triomphé, si les subtilités de l'hérésie ^'eussent été vaincues par ce qu'on appelle les subtilités de la foi, la grande révolution chrétienne ne se fut pas faite dans les âmes telle qu'elle s'est faite ; le monde ï^'eut été ni subjugué, ni transformé ; la barbarie n'eut pas rencontré de barrière , et nous serions aujourd'hui païens, d'une autre façon peut-être, mais tout aussi païens que nos ancêtres. Les sociétés n'eussent pas fait un pas vers leur salut, et, ce qui est plus important encore, les ^es n'eussent pas fait un pas vers le ciel.

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