‹ Les Césars (volume 2)Chapitre 12 sur 37 · IL · texte numérisé non relu

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ouvertes, les jardins ouverts ; Caïus avait voulu, tout en leur • parlant, parcourir les magnificences de son palais.

Au milieu de ces grandes salles , ils trouvèrent , entre un comédien et les intendants des deux villas, un homme grand» pâle, mal proportionné, le cou étroit, les yeux creux, le regard fixe, le front menaçant, peu de cheveux et beaucoup de baii)e ; une férocité étudiée sur sa figure, qu'il composait au miroir pour la rendre plus terrible. Son costume , comme dit un écrivain , n'appartenait ni à son pays , ni à son rang , ni à son sexe, ni même à l'espèce humaine : c'était un manteau peint et couvert de pierreries, de longues manches, des bracelets, une robe de soie, une chaussure de femme ornée de perles ; à cela il ajoutait quelque attribut de dieu, le cadueée de Mercure, la foudre et la barbe d'or de Jupiter (1).

Les Juifs n'eurent que le temps de se prosterner devant lui. c< Sahit, dirent-ils, Auguste et empereur... » Caïus les interrompit : « Voilà donc ces ennemis des dieux , ces hommes qui me méprisent quand tout le monde m'adore» ces adorateurs d'un Dieu inconnu ! » Les Alexandrins qui étaient là profitèrent de cet heureux début. « Ce n'est pas tout, seigneur, dirent^ils ; ces hommes refusent d'offrir des victimes pour ton salut. » Les Juifs protestèrent : « Non, seigneur, BOUS immolons des hécatombes pour toi ; nous versons sur * Fautel le sang des victimes ; ainsi avons-nous fait quand tU es devenu empereur, quand tu as été guéri de cette maladie qui afSigea toute la terre, quand tu es parti pour la Germanie. — Oui, dit Caïus, vous avez sacrifié , je ne sais à quel autre dieu , mais pas à moi. Je ne m'en suis pas senti plus honoré. »

Chacune de ces paroles glaçait le sang des pauvres députés. Mais il les laisse là, passe dans une autre salle, visite.

(1) Sur la figure et le coalume de Caligula^ V. Suétone, âO. â2. Sënèque, de Con- BtanUû. 18. de Beneficiis. II. 12. Pline. XI. 37. XXXVII. 2. Josèphe» ÂnUquités, XIX. 1, et les raédalllefl q^l sont d'accord avec c68 écrivains.

iDspeole» ordonne, cause avec l'intendant du palais, fait changer de place les beaux tableaux et les belles statues. La double députation suivait toujours , les Alexandrins triomphant 9 se moquant des Juife , les raillant comme sur le théâtre ; les autres, tête basse, n'attendant guère que la mort.

Tout à ooup Caïus se retourne, prend un air grave : « Pourquoi donc ne mangez-vous pas de cochon ? » Les Alexandrins éclatèrent de rire. — « Seigneur, dirent les Juifs, chaque peu-^ pie a ses lois. Certaines choses nous sont défendues, d'autres aux Égyptiens ; il y en a même qui ne mangent pas d'agneau. — Ils ont raison ; la chair en est mauvaise. » Puis , après avoir ri de sa facétie : « Mais enfin, sur quoi fondez-vous votre droit de cité à Alexandrie ? » C'était là le grand point de la querelle. Les Juifs commencèrent à plaider leur cause. Caîus craignit que leurs raisons ne fussent trop bonnes ; il leur tourna le dos, passa en courant dans une autre salle, fit fermer les fenêtres, revint à eux : « Qu'avez-vous à me dire ? » Son ton était plus doux : les Jui& recommencèrent avec quel^ que espérance ; mais au lieu de les entendre, le voilà encore à courir, visitant des tableaux, ne voulant rien écouter. Pour le coup , les malheureux circoncis faisaient tout bas leur prière et se préparaient à la mort. c< Allez-vous-en , leur dit enfin Calus. Après tout , ces gens-là sont plus fous que mé- 'chants de ne pas savoir que je suis dieu. »

La colère de l'empereur ne laissait plus de ressource aux Juifs contre la persécution des Alexandrins. « Mais , leur dit Philon , nous devons maintenant espérer plus que jamais ; l'empereur est si irrité contre nous, que Dieu ne peut man* quer de nous secourir. » Belle parole que Dieu prit soin de justifier.

Caïus, en effet, avait su blesser tout ce qui l'entourait ; sa défiance, ses craintes pour sa vie , les discordes qu'il aimait à semer parmi ceux qui l'approchaient, les railleries qu'il exerçait sur eux, les épouvantables commissions qu'il leur donnait , lui faisaient des ennemis paimi ses affranchis mêmes ,

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la puissance du temps. Entre autres, Cassius Chœrea, tribun des cobortes prétoriennes, homme âgé, aux formes un peu molles, mais vieux Romain et brave soldat, était le plastron des gaités de Caïus. S'il demandait le mot d'ordre. César lui en donnait un ridicule ou obscène qui faisait railler Ghœrea par ses compagnons ; s'il y avait quelque sanglante mission à accomplir. César , qui avait aperçu en lui un peu de compassion, ne manquait pas de l'en charger.

Un jour, au milieu des jeux du cirque, le peuple s'avisa de se lever, de réclamer une diminution d'impôts. Au cii'que , d'ordinaire , l'empereur et le peuple , associés par la même passion, se rapprochaient, s'entretenaient, se faisaient et s'accordaient des demandes. Cette fois , Caïus s'irrita de cette familiarité , lâcha ses prétoriens sur le peuple', fit couler le sang. Chœrea , témoin de ce massacre , plus irrité encore de ses propres affronts , n'eut pas de peine à trouver, parmi les officiers mêmes du prétoire, de vieux Romains qui n'avaient pas encore oublié la république, ou des hommes qui sentaient leur vie menacée tant qu'ils ne mettraient pas fin à celle de Caïus : il se forma une conspiration (an 41), conspiration de palais comme celle qui donna la mort à un autre fou, Paul !•'.

Les occasions ne manquaient pas : Caïus se montrait chaque jour en public ; il allait au Capitole offrir des sacrifices pour sa fille ; ou, seul, il allait célébrer quelque superstitieux mystère ; ou enfin il jetait de Tor et de l'argent au peuple du sommet de la basilique Julia, du haut de laquelle Chœrea voulait qu'on le précipitât. Mais les conjurés étaient en trop grand nombre ; les uns avaient des objections contre un jour, d'autres contre un autre ; Chœrea s'impatientait : « Croyez-vous donc , disait-il , que le tyran soit invulnérable ? »

Caïus , cependant , songeait toujours à son voyage d'Alexandrie. Avant de partir, il donnait des jeux en l'honneur d'Auguste : la foule était immense, désordonnée ; Caïus avait supprimé toutes les distinctions de places entre les sénateurs

et le peuple » les maîtres et les esclaves , les hommes et les femmes ; son esprit d'égalité souriait à ce pêle-mêle, il éprouvait un vrai plaisir de tribun à voir les chevaliers se battre pour leurs places (1). Ce jour-là, il était gai, affable même, faisait jeter des fruits au peuple, et se divertissait en le voyant se battre pour les ramasser. Mnester, son mime favori, celui qu'il passait son temps à embrasser au théâtre, celui qu'on ne pouvait interrompre par le plus léger bruit , sans être fustigé de la main même de l'empereui:, Mnester dansait. Quant au prince, il buvait et mangeait en regardant les jeux, donnait à manger à ses voisins , entre autres à un consul , qui , assis à ses pieds, les baisait sans cesse ; lui-même devait, à la nuit, paraître et danser sur le théâtre. Mais en goûtant ces ignobles plaisirs , il ne remarquait pas de sinistres présages : le sang avait coulé sur la scène, la robe du sacrificateur avait été tachée de sang ; la tragédie que l'on dansait (comme disaient les Romains) était la même pendant laquelle Philippe , roi de Macédoine, avait été assassiné ; pour la, nuit, on préparait un autre spectacle , le tableau des enfers , selon la mythologie égyptienne : frivoles circonstances qu'on ne remarque qu'a- *près l'événement, mais dont les historiens de cette époque sont remplis , et qui peuvent servir comme d'échantillon de leur philosophie.

Gaïus voulait passer la journée au théâtre ; les conjurés , qui étaient près de lui, le déterminèrent à quitter le spectacle pour le bain et le festin. Dans une crypte, en allant au bain, il rencontra des jeunes gens d'Asie qu'on lui amenait pour paraître sur la scène. Il s'arrêta à voir leur répétition, et allût leur ordonner de venir jouer en plein amphithéâtre, lorsqu'un des conjurés, Chœrea ou Sabinus, au lieu de lui répondre, le frappa de son épée à la tête. Il n'avait autour de lui que les conjurés, tous ses propres officiers; comme pour lui faire honneur, ils avaient écarté la foule. Ils revinrent sur lui , le

(1) Jocèphc, AnUq. XVIII, 1. Suét. 26.

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frappèrent jusqu'à trente fois, s'encourageant par ce mot d'or^ dre : Encore ! encore (1) ! (24 janvier 41).

Mais il faut voir ce qui suivit, saisir, en ce moment de trouble où tout se révèle, cette société romaine dont les éléments sont si loin de nous. Gaïus fut à peine tué que ses meur<^ triers , comme ceux de César, se trouvèrent en péril. Des ^claves, qui portaient sa litière, arrivèrent avec leurs bâtons sur le lieu du meurtre ; sa garde la plus intime , composée de Germains, bras robustes et cervelles épaisses, se mit en mouvement à la première alarme, parcourut les rues, par^ courut le palais, frappa au hasard, ne sachant qui était coU'* juré , tua les premiers venus et promena leurs tètes dans Rome.

Cependant le peuple au thé&tre apprenait la mort de Caïus : on en doutait encore, les uns par désir, les autres par crainte de voir la nouvelle se confirmer. Il en était comme à la mort de Tibère ; on craignait que le prince n'eût fait «ourir le brait de sa fin pour conna^e et poursuivre ses ennemis. Il s'en fellail donc bien que tous fussent réunis dans la même pensée. Il est curieux de savoir qui étaient les amis de Calus : C'étaient, dit Josèphe, — les soldats, associés à ses rapines, — les femmes et 1^ jeunes gens, enchantés de la magnificence de ses jeux, de ses largesses au Forum, de ses combats de gladiateurs, ne pensant à rien , ne possédant rien , craignant peu de chose ; — les esclaves enfin, auxquels Gaïus avait permis de dénoncer leurs maîtres, de les accuser, de s'enrichir de leurs dépouilles, sorte de demi-affranchissement. En ce moment, les passions et les craintes diversifiaient à l'infini la nouvelle. Tantôt Calus n'était pas mort, on mettait un appareil à ses blessures; tantôt il était au Forum, tout sanglant, haranguant le peuple. Personne n'osait exprimer une pensée, les complices moins que tous autres; personne n'osait se lever ni sortir, il semblait que

(i) Sur la mort de Caîus, V, Dion, LIX. Suétone. 56. 57. 58. Sénèque, de Gonstan- Uà. 18. Josèphe, ÂnUquités, XIX. 1.

le premier qui ferait un pas dans la ville serait jugé le neurtrier de Caïus.

Mais bientôt on entendit résonner au dehors le tumulte de la garde germaine ; le théâtre était investit il n'était plus possible d'en sortir. Un instant après » les Germains y entrent ; les têtes qu'ils ont promenées dans Rome sont jetées sanglantes sur un autel ; ils veulent se venger, et sur qui se venger, si ce n'est sur tout le monde ? Le peuple est saisi de terreur ; qu'on aimât ou non Gaïus, c'est à qui protestera qu'il ne l'a pas tué , à qui pleurera , à qui suppliera , à qui se jettera aux genoux de ces barbares , charmés d'avoir une fois sous leur main Rome tout entière. Mais un héraut paraît sur la scène, vêtu de deuil , avec un grand air d'affliction : « Gaïus est mort, notre malheur n'est que trop certain I » Les soldats devaient le savoir, mais quand la nouvelle fut donnée aveo cette solennité , ces têtes dures se mirent à réfléchir pour la première fois ; du mort plus rien à espérer, de son successeur tout a craindre. Le profitable eût été de venger le meurtre de Gaïus vivant. Ils se retirèrent donc , et , toute réflexion faite, laissèrent vivre le peuple.

Autre chose se passait au Gapitole, le sénat s'y était rassemblé ; la basilique Julia , lieu de sa réunion ordinaire , portait le nom de Gésar, il n'en voulait plus ; et pendant qu'au Forum, peuple et prétoriens criaient vengeance contre les meurtriers de Gaïus, le sénat condamnait sa mémoire, parlait d'abolir le nom et les monuments de tous les empereurs, donnait pour mol d'ordre : liberii. Une bague que portait un sénateur, et sur laquelle était l'image de Gaïus, lui fut arrachée, mise en piè-* ces ; un des consuls parla magnifiquement sur le rétablissement de l'ancienne liberté ; cette libe/té, c'était son ancienne domination que le sénat ressaisissait avec enthousiasme. Les quatre cohortes urbaines, garde municipale de Rome, obéissaient au sénat et aux consuls ; elles occupaient le Forum et le Gapitole, et le peuple, toujours changeant, bien sûr cette fois que Gaïus était mort, applaudissait à Ghœrea.

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Ailleurs les prétoriens délibérdent à leur façon, regrettant peu Caïus qui avait bien mérité sa mort, mais songeant beaucoup à eux-mêmes : nourris, engraissés, choyés parles empereurs , qu'allait faire d'eux le sénat ? C'était un sec et peu profitable gouvernement que celui des consuls ; qu'auraientils à gagner? L'absence de Rome, des marches forcées, de dures garnisons, des combats contre les Germains, chose dont ils se souciaient peu ; puis mourir au service, ou, si l'on parvenait aux premiers grades, une pauvre retraite. Décidément ils n'étaient que les soldats de l'empereur : il leur fallait un empereur; lequel? peu importait. Tout en délibérant, ils pillaient le palais ; le peuple , qui ne délibérait pas , pillait avec eux : lorsque dans un coin obscur, dans une de ces pièces élevées que l'on ménageait pour recevoir en hiver les rayons du soleil, un soldat, nommé Gratus, vit des pieds sortir de dessous une portière , les tira à lui, amena quelque chose qui se jeta tout tremblant à ses genoux pour lui demander grâce. Loin de la lui refuser, le soldat se prosterna, et salua cet homme empereur. Le personnage était Tibérius Claudius , frère de Germanicus, oncle de Caligula , âgé alors de cinquante ans , grand amateur de grec, et depuis son enfance plastron de la famille impériale. Quelque proche qu'il fut de Caïus, celui-ci ne l'avait point tué , il l'avait gardé pour s'en atouser. Un instant avant le meurtre, Claude suivait l'empereur ; les conjurés l'écartèrent pêle-mêle avec la foule , il s'en fut dans une salle voisine ; de là entendit du tumulte, eut peur, alla se cacher ; de sa retraite, derrière son rideau, il vit porter les têtes de ceux qu'avaient tués les Germains, et quand on le trouva, il tremblait de tout son corps .

Cependant les prétoriens s'étaient attroupés ; l'élu de Gratus fut tout de suite leur empereur; quel qu'il fût, on pouvait ^n faire un prince ; il y a tant d'occasion^ où tout ce qu'il faut à un parti, c'est un homme à mettre en avant. Le ridicule, l'obscur, l'imbécille Claude représentait donc la puissance prétorienne que Caïus avait faite la première dans l'empire. Mais il avait

si peur qùHl ne pouvait marcher, on le mit dans une litière ; les porteurs» effirayés comme lui» le laissèrent là et s'enfuirent ; les prétoriens le prirent sur leurs épaules » tout triste et tout effrayé, si piteu:x que le peuple crut qu'on le menait à la mort, et, touché de compassion, disait : « Laissez-le donc, c'est aux consuls de le juger. » On le porta ainsi au camp du prétoire ; il y passa une nuit fort inquiète. Triste empereur ! mais il ne fallait pas mieux aux soldats.

Comme il arrive en pareil cas à toute assemblée , le sénat perdait le temps. Il députait à Claude, Claude répondait qu'il n'y pouvait rien , qu'il était contraint par la force ; réponse mesquine, mais peutrétre habile.

S'il y avait habileté, il faut dire d'où elle venait. Les Césars comptaient à leur cour, je dirais presque dans leur mobilier, le roi des Juifs Agrippa, monarque à la suite, homme à romanesques aventures, prisonnier et condamné à mort sous Tibère, favori sous Caïus, qui, pour le dédommager de sa captivité, lui avait donné une chaîne d'or d'un poids égal à la chaîne de fer qu'il avait portée. Dans la nuit même qui suivit le meurtre , il vint en cachette et à la hâte donner la sépulture à son bienfaiteur. De là il court auprès de Claude, toujours aussi secrètement , le rassure et le fortifie , lui persuade de garder l'empire. ^ •

Agrippa était encore au camp, lorsqu'on lui annonce que le sénat le* fait appeler; le sénat, dans son embarras, ne savait à qui demander conseil. En peu d'instants, le roi diplomate peigne ses cheveux, parfume sa barbe, et, frais et paré comme un homme qui sort de table , qui n'a pas quitté sa maison, qui ne sait rien, n'a rien vu, ne s'est mêlé de rien, demandant ce qu'il y a, ce qu'est devenu Claude, ce que veulent les pères conscrits, il paraît devant le sénat. Quand on l'eut instruit, il donna son avis à son tour. « Il était dévoué , disait-il , à la dignité du sénat, il lui donnerait sa vie ; mais il osait s'informer de ses ressources. Les gardes de la ville, les esclaves armés, gens nouveaux à la guerre, lutteraient-ils

Hk GAUGUU.

contre de vieux soldats comme les prétoriens ? » Ainsi décidât-il une nouvelle ambassade à Claude , se fit nommer pour accompagner les députés, vit ceux-ci tomber aux genoux de Claude pour le supplier de n'accepter au moins l'empire que du sénat , les laissa faire» parvint à voir Claude en secret, lui donna de meilleures raisons encore pour tenir ferme , le fit répondre en homme décidé, et le quitta haranguant ses soldats et distribuant de l'or.

Le sénat, repoussé dans ses tentatives d'accommodement, était donc réduit à combattre. Il songeait à affranchir et à armer ses esclaves ; la multitude en était énorme , et cette ressource , au temps de la république, avait plus d'une fois décidé les sanglantes querelles du Forum. Claude , de son côté, protestait qu'il ne voulait pas la guerre ; mais, puisqu'on l'y forçait, « qu'au moins, disait- il, la ville, les temples ne soient pas souillés. Assignez-nous un lieu de combat, hors des murs de Rome. >» Quand on propose de semblables conventions, il est probable qu'on n'aura point à se battre.

Qu'était-ce donc, au reste, que le sénat ? Mélange de nobles dégénérés , d'hommes nouveaux , d'affranchis , de barbares même , de quel droit se prétendait-il successeur de l'aristocratie ancienne ? C'étaient ces hommes dont la flatterie avait dégoûté Tibère; qui avaient dressé, en .l'honneur de Séjan, un autel à la Clémence ; c'étaient eux que Caligula avait vus courir en toge pendant plusieurs milles au-devant de son char ; qui l'avaient servi à table, la robe relevée, le linge autour du corps. Les anciennes fortunés avaient disparu pendant les proscriptions ; les anciens noms étaient éteints pour la plupart. Us ne ptirent échapper au sentiment de leur propre impuissance : cent sénateurs seulement étaient venus, sur la convocation des consuls, délibérer dans le temple de Jupiter; le reste étaient chez eux, d'autres à la campagne. Le sangfiroid de la nuit avait amorti leur enthousiasme.

Le peuple, au contraire, qui s'était reconnu, entourait le sénat, demandait un chef unique, demandait Claude. L'aristo-

«aratie» avec ses oscillations, n'était plus, pour un si grand empire, un régime possible; il lui fallait la simplicité du système monarchique. Tout ce qui était tant soit peu soldat ^lait à Claude ; les gladiateurs, les mariniers du Tibre, arrivaient à son camp ; les soldats mêmes du sénat vinrent heurter aux portes du temple de Jupiter, protestant contrôla liberté, demandant un empereur, et ne laissant au sénat que le droit de le choisir, parti embarrassant auquel le sénat commençait à se résigner. On nommait des candidats ; Minucianus, Tun des conjurés et beau-frère de Gaïus , n'hésita pas à s'offrir. Les consuls, jaloux, traînaient la discussion en longueur ; le sénat était refroidi, ennuyé, divisé, effrayé même ; car choisir un empereur, c'était plus que jamais déclarer la guerre.

Chœrea cependant haranguait ses soldats ; vieux croyant à la république , il ne pouvait leur pardonner l'injure qu'ils venaient de faire, disait*il , à la dignité du sénat. Les spldats répondirent : a Un empereur ! » Excepté ceux qui devaient régner sous la liberté, nul ne voulait être libre. — <^ Mais ce Claude est un imbécille ; autant aimerais-je Cythicus , le cocher du cirque. Vous venez d'avoir un prince fou, vous en prenez un stupide. — Nous avons un empereur, et un empereur sans reproche; irons- nous donc nous entre-tuer, gens du même pays et du même sang? y^ Ainsi parla un soldat ; il, tira son épée, les autres suivirent, et, les enseignes hautes, Fu^mée du sénat alla se joindre à celle de Claude.

Ce furent alors les sénateurs eux-mêmes qui désertèrent le parti du sénat, et vinrent l'un après l'autre à ce terrible camp du prétoire. Les soldats les y reçurent mal , et Claude eut grand'peine à empêcher qu'on ne les massacrât. Les prétoriens avaient fait un empereur à eux seuls et malgré le sénat ; ils voulaient que ce fût leur empereur à eux , et n'aimaient pas ces tardifs courtisans de leur victoire.

Tout marcha pourtant de bon accord : Claude entra dans Rome, décoré selon l'usage par le sénat de tous les titres impériaux p refusant selon l'usage ceux qui lui parurent trop

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magnifiques. Il ordonna Toubli de tout ce qui s'était passé durant ces deux jours, et lui-même, bon homme, il l'oublia. Chœrea, presque seul, fut jeté comme victime aux mânes peu considérés de Gaîus. Sabinus se tua. Ghoerea, conduit au supplice, trouva Fépée du soldat trop peu tranchante, demanda celle dont il avait frappé Caïus , et mourut en hardi républicain. Ce courage, un reste d'idées antiques, toucha le peuple ; quand vint le jour des libations pour les morts, il ordonna qu'on en fit publiquement pour Ghœrea, et , ce qui est plus étrange, demanda aux mânes de ce vieux tribun pardon de sa propre ingratitude.(l)'

Voilà comment échoua cette tentative de révolution. En racontant la vier et la fin de Caïus, je n'ai guère pu que rappeler les faits ; ils sont si étranges , si. loin de nous , qu'en vérité on ne saurait trop quelle réflexion y ajouter. Tibère qui , lui , avait un système, nous a rappelé le comité de salut public; où trouver, si ce n'est aux Petites-Maisons, l'analogue de Caligula ? Quand des faits sont hors de notre sphère, impossibles, quoique certains, on les raconte , on ne les juge pas.

Quelques bienveillants historiens ont eu la charité de nous expliquer cette époque et cet homme, de chercher des causes profondes à ce que je me permets d'attribuer à la pure et complète folie, à la folie de Charenton ; de découvrir dans Caïus des vues , une pensée , des intentions politiques : en faisant son cheval consul , il avait ses desseins 1 — Je m'avoue incapable de pénétrer à une telle profondeur ; tant d'incohérence, de contradiction, de décousu et (permettez-moi ce mot) de désultoire dans la vie de cet homme , ne me laisse guère comprendre de système chez lui. L'absence de toute unité dans cette conduite et dans cette tête , cette fanfaron-

(0 Cette révolution est très-bien racontée par Josèphe, probablement d'après les sonvenliB mêmes d'Agrippa. Antiquités, XIX. 1. 2. 3. V. aussi' Suétone, in Galîgulâ» 58. 50. 60. m Glaodiô, 10. Dion. LX. Josèphe lui-même, de Beilo, XVIII. 2. 3.

nade et cette poltronnerie, cet amour de la bouffonnerie et ces colères beaucoup trop sérieuses, ces meurtres sans motifs et ces grâces aussi peu motivées, ont frappé les écrivains anciens comme moi : Gaïus est Fopposé de Tibère, aussi capricieux que l'autre est persévérant , aussi fou que son grandoncle est politique. On veut faire de lui le protecteur des provinces contre Rome : il pille et massacre horriblement dans les Gaules, et, dit le provincial Josèphe, de tant de contrées soumises à Tempire romain, il n'y en eut pas une qui ne souffrît de sa tyrannie (1) ; — un ami de l'égalité , un défenseur des classes opprimées : ce qui n'empêche pas le peuple d'être chargé d'impôts, battu au cirque, jeté à la mer à Pouzzoles, affamé dans Rome (au moment de sa mort, il n'y restait pas de vivres pour huit jours) (2) ; — un ennemi du génie romain : et il porte en lui ce qui caractérise le mieux ce génie , la dureté des mœurs et les inclinations sanguinaires. C'est un Claudius , âpre et sans cœur comme ses ancêtres. A ce penchant qu'il tient de l'hérédité et de la nature, la suite de sa vie n'a ajouté qu'une seule idée nette ; c'est qu'il lui faut de l'argent, et que les proscriptions seules peuvent lui en donner : le reste de l'homme est de la démence.

Et cet homme pourtant ne fut pas seulement supporté , il fut aimé. Il y a peut-être une loi qui veut que les natures les plus dépravées aient un côté plus tendre qui attire à elles des natures souvent meilleures. Nous avons vu le Juif Agrippa aller la nuit , au péril de sa vie , donner une sépulture aux restes de son maître. Ses sœurs, Julie et Âgrippine, bannies, déshonorées par.lui, ne revinrent de leur exil que pour transporter les cendres de leur frère dans un tombeau plus honorable. Sa femme Césonie fut plus dévouée encore : femme étrange qui , sans être jeune , sans être belle , mère déjà de trois enfants, avait subjugué l'âme de Caïus, et dont on expliquait l'empire par des philtres qui auraient en même temps

(1} Josèpbe, Anllquités, XIX. K— (2) Senèq. de BreYitate yttœ. 18 .

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assujetti le eœur et égaré la raison du prince. C'était elle qu'il montrait à ses soldats, à cheval , ayant le casque et la chlamyde ; c'est à elle qu'il disait dans un accès d'amour san-< guinaire : « Je mettrais le chevalet en œuvre pour tirer de toi-même la raison de cet étrange amour que J'ai pour toi. » Elle seule avait dompté cette nature de loup cervier , nature cruelle et sauvage, sans être forte et persévérante. Après la mort de Caïus , elle resta avec sa fille ^ couchée auprès du corps délaissé de son mari, toute couverte du sang de se9 plaies, jusqu'à ce qu'on vint pour la tuer. Alors elle présenta sa gorge nue , demanda qu'on se hâtât , et mourut avec courage.

Je n'affirmerai pas non plus que Caïus ne fut point aimé d'une portion du peuple de Rome ; nous avons vu les in* certitudes et les dissentiments de la foule rassemblée au théâtre. Les largesses de Caïus, la magnificence de ses spectacles, lui avaient fait des amis (l)qui, après sa mort, et tant qu'il n'eut pas reçu les honneurs de la sépulture, ne manqué^ rent pas de voir des revenants dans les jardins de Lamia où il était enterré , et d'entendre des bruits effrayants dans la maison où il était mort (3). Caïus, après tout, n'avait que vhxgt^huît ans ; on l'avait aimé tout enfant comme fils de Germanicus : « laissez-le mûrir, » pensait peut-être le peuple, comme ces vieillards qui attendent patiemment au retour vers le bien, le jeune homme qu'ils ont vu naître , tout en sooffranL de ses folies de jeunesse. C'était un enfant gâté par la mauvaise éducation des Césars, blessé par la rigueur de Tibère, si fou, si inconséquent, si grandiose en certaines choses, si ridicule bouffon en d'autres, curieux à Voir, quoique dur à vivre! Aussi y avaitril quelque part, bien bas sang doute dans la populace, un groupe d'hommes à qui il plaisait ; êtres si o'bscurs, si cachés dans leurs guenilles , ayant besoin de si peu, qu'ils n'avaient à craindre ni à souffrir

(1) loaèphe, AnticiiiHée, XIX. t. — (3) Suétone. &9.

grand'chose d'un empereur ; oisifs , chevaliers d'aventure , devins, grecs» esclaves; tourbe de gens qui fourmillaient à vos pieds dans Rome , qui , pauvies et nus , vivant sans travailler, prenaient la vie en passe-temps, la politique en spectacle. César en comédien ; trouvaient Gaïus original , et l'ai* maient.

Mais surtout il faut comprendre ce qu'était Tisolement égoïste de ce siècle-là. Un meurtre commis bien loin n'était guère qu'une belle histoire à conter : les brigandages de Caïus dans les Gaules étaient pour les Romains quelque chose comme un roman d'Anne Ratcliffe, et les Gaulois devaient se divertir de même du récit des proscriptions de Rome. Les quatre ans pendant lesquels l'univers se plia aux caprices d'un fou à lier sont pour nous de la mythologie : si Caligula eût été un prince moderne, six mois après sa ma** ladie, le sénat, le parlement, les cortès, la diète, ce pouvoir quelconque qui souvent n'existe pas dans le cours ordinaire des choses, mais qu'on retrouve ou qu'on refait dans de certaines circonstances, eût nommé une régence , dépossédé le souverain, et de son palais l'eût envoyé à Bediam. Dans l'empire romain il n'y avait pas, même pour cela, asses d'unité^ assez d'esprit public ; l'isolement et l'égoïsme faisaient que nul n'osmt se mettre en avant pour tous, incertain s'il serait avoué ou non, s'il serdt soutenu ou abandonné. Le pouvoir restait donc à celui qui l'avait, fùt-il iou, fou furieux, foa sanguin ai re

C'est que, depuis ce temps, le monde a subi une grande réforme, la plus grande dans l'histoire, ou, pour mieux parler, la seule, certainement unique dans le passé, certainement unique dans l'avenir. Sous Caïus, cette réforme était pourtant commencée ; ceux qui l'entreprenaient ne faisaient pas» il est vrai, parler d'eux ; ils n'avaient pas débuté par un coup d'éclat comme Luther, ni par quelque livre emphatique comme Rousseau : c'étaient des Grecs ou des Juifs, pauvres, affranchis, en bonne partie esclaves, se réunissant dans des

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greniers» à la lueur de quelques mauvaises lampes ; gens peu civilisés qui parlaient un latin barbare ou un grec impur, vêtus de pauvres tuniques et faisant en commun de maigres repas ; pas même encore persécutés, et à qui Fhistoire, avant le temps de Néron, n'accorde que cette dédaigneuse mention : <( Claude chassa de Rome les Juifs qui, excités par Chrest, causaient des troubles perpétuels (1). »

Quant au reste du monde, il supportait, sans entrevoir rien de meilleur, ou du moins sans rien attendre, si ce n'est du caprice d'un homme, le règne de ces Claudius métamorphosés en Césars, race dégénérée, chez qui la dureté sabine des anciens Appius était devenue un amour effréné pour le sang. Ce monde pourtant était le dernier résultat de la civilisation antique : le génie des nations primitives, l'esprit des Grecs, la politique des Romains, n'avaient si longtemps élaboré la société que pour en venir à ce progrès suprême ; c'était là ce qu'avait produit l'union sous une même loi des pays civilisés, ce résultat si désirable pour les philosophes, si laborieusement atteint par la politique. L'humanité avait par devers elle le labeur des plus grandes et des plus belles intelligences : dans l'ordre social, les conquêtes vivifiantes d'un Alexandre ou. d'un César ; dans l'ordre intellectuel, les inspirations d'un Pythagore, d'un Socrate et d'un Platon. L'empire avait à sa disposition (admirables instruments de la pensée) les deux langues qui avaient conqnis, l'une l'Occident, l'autre l'Orient ; les orateurs parlaient grec dans les Gaules, comme les préteurs parlaient latin à Antioche : la Grèce et Rome, en venant se réunir, avaient amené chacune son côté du monde

(0 Jndseos, impulsore Chresto, assidue iumaltnantes Româ expulit. Suétone, in Claudio. 2â. Les païens par erreur changeaient le nom de Christ en celui de ChresU Lactance, IV. 7. « Quand tous nous appelez ChresHens (car vous ne savez pas bien notre nom), dit Tertulilen, le nom que vous nous donnez indique la bonté et la douceur... {x^ftiorcç, excellent, au lieu de Xptoro;, oint), et vous haïssez en des hommes Innocents un nom innocent lui-même. »* Tertullien, Apolog. 3. Sur cette persécution de Claude, Y, Ad. Apost. XVIU. 3. et Dion. LX.

avec elle. La plus belle poésie, un Virgile et un Homère, étaient enseignés d'un bout du monde à l'autre ; Fart était arrivé à sa perfection.

Ces gens-là étaient donc des gens civilisés , ou du moins ce que nous appelons ainsi. La civilisation, il est vrai, ne s'étendait pas à tous ; il faut toujours , quand on parle de l'antiqui té, mettre à part les esclaves. Mais quant aux maîtres, je me permets de croire que, malgré notre progrès, ils étaient, en fait de comfortable, de luxe, de commodité, en avant de nous. Voyez seulement (je ne parle pas des riches) le petit peuple de Rome assistant pour rien à des spectacles dont la splendeur nous passe, se baignant pour rien dans des thermes magnifiques (on en comptait plus de 800 à Rome), se promenant pour rien sous de beaux portiques où venaient en hiver se rassembler les rayons du soleil, ne travaillant pas, nourri gratuitement par ses empereurs, oisif et redouté comme un roi d'Asie. Ce devait être bien autre chose encore chez les heureux de l'époque, qui avaient leurs 100,000 ses* lerces à dépenser en un repas. Qui eût été assez fou pour imposer un devoir quelconque d'état ou de famille à ces personnes si délicates, si comfortablement choyées dès leur enfance; craignant le chaud, le froid, la faim, le vent, le soleil ; pour qui la toge était trop lourde, la chaussure romaine trop étroite, à qui il fallait des sandales et une robe de soie presque transparente; qui, en été, se tenaient la main fraîche en maniant un pommeau de cristal; qui avaient trouvé le moyen (et un moyen bien étranger à nos mœurs) de faire cinq repas en un jour? Gens ayant des esclaves pour toutes choses, depuis la poésie jusqu'à la cuisine, depuis les grandes affaires jusqu'au balayage de la maison, dispensés par là de tout soin domestique, pouvant perdre leur temps au Forum, aux basiliques, au Champ- de-Mars, aux bains surtout, lieux d'assemblée, de conversation , de lecture ; dieux de la société si le peuple en était roi , et dieux fainéants comme ceux d'Épieure !

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Mais à quoi servait ce double perfectionnement de l'intelligence et de la vie matérielle, sous un Caïus ou un Tibère, qui pouvait au premier jour de mauvaise humeur vous envoyer dire de vous mettre au bain et d'ouvtir vos veines? La plus grande partie de lliumanlté était donc toujours souffrante ; iiiûmanité tout entière était au moins sans cesse menacée ; enfin ^ le règne d*un hoftime en délire n'était ni chose invraisemblable, ni chose impossible : c'était chose réelle et éprouvée. Voilà la civilisation antique et idolâtre ! N'est-elle pas faite pour nous faire prendre en plus grande estime notre civilisation moderne et chrétienne î

Un mol encore, et observons ce qui demeure du règne dé Galigula et de la révolution qui l'a suivi. Un nouvel élément s'est ajouté à la constitution impériale; les prétoriens sont devenus une puissance. Cette milice privilégiée, seule force militaire de l'Italie, qu'Auguste tenait prudemment dispersée aux environs de Rome, que Tibère le premier rassembla dans les faubourgs (1), pour être, non un pouvoir de l'État, mais un docile Instrument de son pouvoir, a conquis sous Galigula toute la faveur et toute la puissance du trône. Le premier parmi les empereurs, Galigula, ce prince si peu guerrier, s'est constitué le chef de la société militaire, à l'enconlre du sénat chef nominal de la société civile.

Le mouvement qui a suivi sa mort a confirmé et constaté celte puissance. Les prétoriens ont fait un empereur sans les légions, sans le peuple, malgré le sénat. L'habitude leur Vient d'être les vrais électeurs de l'empire , de se faire payer pour nommer un empereur, de se faire payer pour le soutenir; l'habitude leur viendra de se faire payer pour le quitter. Glaude et Néron ne seront que les créatures et les protégés de ces netdf ou dix mille soldats latins , ombriens ou étrusques (2),

(1) Suétone, in ÂugaBto. 49. inTiberio, 37. Tacite, Annal. IV. 2.

(2) Neuf ou dix cohortes. F. Tacite, Annal. IV. 6. Suétone, in Augusto. I&id. Dion. LV. 24<

qui, à défaut de toute autre force morale ou matérielle, gouvernent Rome, l'Italie et le monde.

Mais les légions viendront à leui' tour. Le soldat provincial s'insurgera contre Fomnipotence du soldat italien , et disputera aux casernes du hiont Esquilib le monopole de l'élection impériale. Et, sous cet effort d'une puissance nouvelle, succombera, dans la personne de Néron, la dynastie des Césars.

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