‹ Les Césars (volume 2)Chapitre 18 sur 37 · CHUTE DE MESSALINE · texte numérisé non relu

CHUTE DE MESSALINE

trtbunal^ osAïl manquer dé respect aux subtilités du droite et donnait gain de cause, en dépit de la lettre, au plaideur qui 9*était trompé de formule (1), pouvait-il être bien compris du monde romain? Buétone ne charge-t-il pas son portrait? Ne le traite-tril pas h plaisir en caricature? Claude^ bafoué toute 8ft vie, devaii-U encore être bafoué après sa mort? Tacite, jusqu'ici , nous a manqué \ peut-être Tavait-il compris et jugé plus gravement*

Mais ^ pour ce qui nouS reste à dire , Tacite vient à notre secours ; il va nous montrer Claude bien pitoyable et bien Idiot ; il nous le montre à soti déclin^ il est vrai, abasourdi par six années de domination extérieure et de servitude domestique. Le pouvoir impérial avait rendu fou Callgula^ il rendit Claude Stupide ; 11 avait enivré l'un^ il abrutit l'autre. Il faut pardonner à la postérité, si elle est impitoyable pour ce genre d'idiotisme qui se joue avec les biensi avec l'honneur, avec le sang!

Pendant que Claude s'occupait à réformer le monde el l'alphabet; construisait des aqueducs, dépêchait aux Ghérusques un roi façonné à la romaine , gourmandalt 16 peuple qui se Moquait des femmes au théâtre ; faisait eb un jour vingt édlts^ dont un pour recommander de bien poisser les tonneaux (9) j Claude, si occupé à moraliser son empire^ manquait de temps pour s^enquérir de la moralité dé son palais< Rome tout entière parlait des désordres de Messaline ^ lui seul n'en savait rien. Elle avait fait périr un préfet du prétoire qui pouvait tout révéler à l'empereur. 6i un homme, par crainte, refusait d^être son amante elle lui faisait commander, par l'empereur^ d'obéir en tout à Messaline ; elle pouvait aimer ou tuer qui elle voulait.

Qui ne connaît les vers dans lesquels , avec plus de vertu que de pudeur, Juvénal peint Messaline quittant, au premier sommeil de son mari, la couche impérialci et allant hors du

(1) Suétone, in Cl. H.-*(2) Id. 16.

palais, en capuchon et en perruque blonde, suivie d'une seule esclave , courir de nocturnes aventures , si je puis dire des aventures ? Mais, à cette impériale prostituée, le désordre ne suffisait pas, il lui fallait encore de l'amour.

Ici, permettez-moi de m'at tacher au récit de Tacite (1). Cet homme dit les choses de telle manière qu'il n'y a pas moyen , après lui , de les redire ou de les comprendre autrement : la vérité s'incruste dans son langage. Je ne ferai que le traduire, ce qui est déjà bien présomptueux. Ce n'est pas qu'il n'ait été traduit avec talent ; mais, comme tout au monde, une traduction est chose individuelle. Chacun y met son sens, sa façon de comprendre, sa façon de sentir; chacun, tout fidèle qu'il se prétende, pousse la pensée de l'auteur vers sa propre pensée ; chaque homme a son esprit, par lequel les choses ne passent pas sans en recevoir quelque teinture; chaque homme, sa langue propre, qui ne dit rien comme la langue d'un autre. Je traduirai mal Tacite, mais je le traduirai selon ma pensée.

« Une passion voisine de la fureur avait enflammé Messaline pour le noble Silius, le plus beau de la jeunesse romaine. ^ Afin de le tenir sous l'exclusive possession de son amour, elle avait poussé dehors, par un divorce, Julia Silana, sa femme. Silius sentait la honte et le péril; mais une mort certaine s'il refusait, l'espérance de tromper Claude, de magnifiques promesses , le décidèrent. Les chances de l'avenir, les jouissances du présent , lui tenaient lieu d'autre assurance. Elle, pourtant, ne cachait pas son amour, venait chez lui en grand cortège, ne le quittait pas en public, lui prodiguait richesses et honneurs : il semblait qu'une révolution fût faite dans l'État ; esclaves, affranchis, tout l'attirail d'une cour, passaient de l'empereur à l'amant

« Mais cette facilité même lui rendait l'adultère insipide ; elle se jetait dans des débauches inouïes , quand une fatalité malheureuse , la crainte d'un danger imminent qu'il croyait

(1) Tacite, Annal. Xi. 12. 2C el suiv.

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