‹ Les Césars (volume 2)Chapitre 25 sur 37 · I. SS · texte numérisé non relu

I. SS

U^h NÉRON.

lui trouvât un délateur. Ses esclaves, mis à la torture, ne teisaient que protester de son innocence ; on râccûsait d'adultère, il s'agissait de lui choisir un complice ; Néron f étrociva cet Anicet qui avait été l'instrument dii meurtre d'Agrippine : par promesses et par menaces, il le décida à s'avouer Tamaiït d'Oclavie ; il mêla dans tout cela , selon le vieux principe de Tibère , quelque soupçon de lèse-majesté ; Octavîe fut cofedamnée par un « conseil d'amis » (tout tribunal él^H bôtf). Pour Anicet , il fut envoyé en Sardaîgne , dans un corâtmode exil où il vécut riche et mourut dans son lit. Il y a eu des siècles plus barbares ; mais en nul siècle la théorie du crime ne fut plus savante , ni la pratique mieux raisonnnée que dans celui-ci.

Quand on sut Octavie reléguée dans l'île Pandataria (laissezmoi copier Tacite) , « jamais exilée n'arracha plus de l^tnies à ceux qui furent témoins de son exil. On se souvenait tfAgrippîne bannie par Tibère , de Julie reléguée pBt Claude. Elles, du moins, étaient dans la force de l'âge ; elles araient

vu quelques beaux jours Pour Octavie ^ le jour même de

son mariage avait été iin jour funèbre , et la maison où elïe entra ne lui présenta jamais que des objets de deuil : — son ^ère empoisonné ; — son frère, aussitôt après, enlevé par un ctîme pareil ; — elle , maîtresse humiliée devant une esclave ; — Poppée épousée dans le seul but de la perdre ; — une accusation enfin plus cruelle que la plus cruelle mort ; — et cetie ehfant , dans la vingtième année de son âge , environnée de centurioiïs et de soldats , voyant venir son dernier malheur, sentait sa vie comme finie sans avoir encore le repos flé la ttiôrt. » Au bout de peu de jours, « on lui fait dire de mourir. » Tandis qu'implorant Néron , « non plus comme sa ferflme , rtais ôômme sa sœur , elle invoque les souvenirs communs de Germanicus et jusqu'au nom d'Agrippine, on ouvre ses veines; et comme le sang, arrêté par la peur, coulait trop lentement, on la jette dans un bain chaud dont la vapeur l'étouffe. Par une recherche de barbarie, sa tête coupée, portée

SA FAMILLE. i^35

à Rome, passa sous les yeux de Poppée. On fit, en action de grâces , des offrandes aux temples. Nous rappelons ce fait pour que ceux qui voudront connaître, soit dans ce livre, soit dans tout autre , les malheurs de celte époque , sachent bien d'avance qu'à chaque exil et à chaque supplice ordonné par le prince, des actions de grâces ne manquaient pas d'être rendues aux dieux ; signe autrefois de prospérité publique , detenu alors tin signe de malheur (1). »

Octavie et la première Agrîppine, l'une plus douce et plus humble, l'autre plus forte et plus fière, sont, je crois, les deux seules femmes dignes d'intérêt que j'aie rencontrées dans cette histoire. — En même temps, dans Octavie et dans la mère de Néron, nous avons un triste exemple du sort qui attendait les femmes placées près du trône des Césars , soit qu'elles restassent, comme l'une, dans la limite de leur devoir; soit qu'elles s'emportassent, comme l'autre, à toutes les ambitions et à tous les crimes.

La famille impériale était dès longtemps réduite à des femmes. Vers le temps de la mort d'Agrippine (an 59), Néron visitant Domitia sa tante qui était malade, cette femme, selon une coutume familière aux vieillards, lui dit en caressant sa barbe naissante : « Quand je l'aurai vue coupée, je veux mourir. » Néron se tournant vers ses voisins : « Je la couperai sur Theure, » dit-il en la raillant, et il ordonna aux médecins de la purger fortement. Elle n'était pas morte encore , qu'il s'empara de ses biens et supprima son testament (2).

ïiestait encore Antonia, fille de Claude. Longtemps persécutée par Agrippine, mariée d'abord à un Pompée, puis à un Sylla dont je parlerai bientôt, deux fois elle était devenue veuve par le fait de la justice impériale. Tel était le sort des princesses du sang : trop honorées pour qu'on ne leur

(0 Tacile, Aimai. XIV. G3. 64.

(2) Suét., In Ner. 43. Xiphilin. LXI. La coupe de la première barbe était h Rome une cérémonie religieuse et mie solemiité de famille.

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fit pas épouser de grands noms, les gr«inds noms étaient trop redoutés pour qu'elles tardassent à devenir veuves. Quant à Antonia, comme elle était la dernière du sang des Césars, comme dans le complot de Pison on avait paru compter sur elle pour donner au nouvel empereur, en l'épousant, une sorte de légitimité ; Néron à son tour voulut l'épouser. Elle refusa et fut punie de son refus par la mort. Néron qui avait aussi fait périr le dernier descendant d'Auguste et le dernier descendant de Tibère (1) put se vanter alors (an 67) d'être le seul en droit de prétendre au nom de César.

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