‹ Les Césars (volume 3)Chapitre 5 sur 30 · PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION. IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION. IX

tenir la vérité que par fragments, jamais du moins nous n'avions tenu autant de fragments de vérité.

Mais il y a dans notre nature un besoin d'unité, un désir de l'absolu, qui nous empêchera toujours de nous contenter de tels résidtats ; nous voulons avoir le dernier mot de l'énigme, connaître la philosophie de toute cette science et l'unité de tous ces fragments. Ici, depuis longtemps, une double question avait éveillé la pensée humaine. Bossuet, d'un côté, a cherché dans les événements leur but et leur fin ; il les montre tous conduits par la Providence vers l'éternel objet de ses desseins ; il assigne au monde la grande fm de son être, et il le fait voir mené vers cette fin par une pensée qui sait tout y faire concourir. D'un autre côté, Vico le premier, je crois, chercha, non sans génie et sans hardiesse, si quelque loi constante, nécessaire, mathématique, réglait la marche des choses ; si le retour de certaines phases, en différents teu)ps et en pays différents, n'était pas obligé et prévu comme les révolutions des astres ; il voulut découvir la règle qui gouverne la vie des peuples. Il cherchait la loi de l'histoire; Bossuet en avait cherché le but. L'un considérait les nations en elles-mêmes et les événements comme les phases de leur vie ; l'autre ne les voyait que comme instruments, et s'inquiétait peu de leur caractère et de leur sort, quand il avait touché le point important et fait voir leur utilité dans les vues de Dieu : diversité de point de vue qui n'entraîne pas, du reste, la contrariété des doctrines ; ce sont deux aspects divers d'une même chose, deux questions posées sur le même sujet, deux études compatibles l'une avec l'autre.

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