PREFACE DE LA PREMIERE EDITION. XI
lois fatales rie l'antiquité ne pèsent plus sur nous; c'est peut-être que le genre humain a repris son libre arbitre, et que le libre arbitre de l'homme, ondoyant et divers, sans pour cela concourir moins aux desseins de Dieu, ne se soumet pas aux lois mathématiques qui régissent le monde matériel ; c'est peut-être aussi que la mort, ayant perdu « son aiguillon, » il ne doit plus rien y avoir de fatal ni d'irrémédiable ; rien n'est dû au néant. C'est enfin que, l'unité des nations s'étant fondue dans la grande unité chrétienne, il n'y a plus de nations aux yeux de la Providence ; plus de peuples, en tant que peuples, à récompenser et à punir ; plus de générations solidaires pour les générations précédentes ; il n'y a, à bien dire, qu'un seul peuple et un peuple immortel, le peuple chrétien.
Pour avoir négligé cette différence, Yico, si ingénieux et si frappant de vérité quand il parle des nations antiques, tâtonne lorsqu'il s'agit des peuples modernes. Bossuet demeure, au contraire, fermement appuyé sur la pierre angulaire de sa pensée. Son époque était moins avancée que la nôtre dans la science historique proprement dite; mais il amène l'histoire à une généralité assez haute pour que cette ignorance de quelques détails perde de son importance. Et en même temps il l'éclairé par trop de génie et trop de foi, pour qu'en face de celte lumière une erreur grave puisse subsister. Bossuet dit quelque part : cr Notre siècle est plein de lumières (i), « et peutêtre le dit-il à meilleur droit que nous, parce que son
(I) Explication de l'Apocalypse, dans la préface, 26.