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CHAPITRE IV

Résanté et eonelusion*

Ainsi , en finissant, nous retrouvons sur le théâtre l'inhumanité et la corruption, que l'histoire des Césars nous a montrées assises sur le trône. L'inhumanité et la corruption sont les deux grands signes auxquels la civilisation païenne est marquée sur toutes ses faces.

Dès la première partie de ce travail , leur perpétuel rapprochement qui remonte aux plus anciens jours du polythéisme , s'est montré à nos yeux. La camificine de Tibère

(0 Frédéric Schlegel, Philosophie der Geschichte, Iter TheU, 9te Vorlesung/ pag. 332.

touchait aux cellules infâmes de Gaprée : Caligtilâ , Claude , Néron, le premier avec démence, le second avec imbécillité, le troisième avec recherche et calcul , furent également sanguinaires et impurs.

Bientôt, nous avons vu llnhumanité et la corruption innées, pour ainsi dire, dans les religions idolâtriques et dérivant du premier principe du paganisme ; nous avons dit comtoént les traditions, les cérémonies, les sacrifices autorisaient , éfieou- Pîfgeaient , commandaient la débauche et le meurtre (1). — Nous avons dit ensuite quelles conséquences pratiques résultaient d'un tel entraînement religieux : comment le maître sur Fesclave , le patron sur le client, le pouvoir sur le suj^t, le père de famille sur le fils, exerçaient, et la tyrannique action d'un despotisme qui n'était limité que par la peur, el cette prédication corruptrice qui enseignait le libertinage par f exemple, par l'intérêt, par l'autorité même du commandement. — Nous avons fait voir comment toutes les relations sociales étaient appuyées sur l'esclavage et l'oppression (2) ; toutes les relations de famille corrompues par la licence des mœurs (3). — Puis, arrivant au côté intellectuel des choses humaines, à ces loisîf s de l'esprit qui sont dignes d'observation, ne serait-ce que comme symptômes, aux arts, aux lettres, aux sciences, nous avons montré comment, d'un côté, l'égoïsme et le mépris de l'humanité ôtaient à la science son caractère général , utile, universel ; de l'autre, comment l'impureté des mœurs corrompait l'art en rapetissant son bût, en dépravitnt ses traditions, en rendant son succès trop facile (I). — Et enfin dans les spectacles, ce lieu où se trahissent au plus haut degré, pour l'antiquité surtout, toutes les passions et tous les vices, hotig avons retrouvé une dernièrd fms le principe inhumain et le principe impur étroitement unis l'un à l'autre ; la volupté perdant tout son prix si elle li'était asisai-

(I) F. ci-dessus !îv. ÎI, chap. 3. — (2) Ci-dessns, Uv. Ill, ch. P*, (3) a-des8U8, liv. UI, ch. 2. — (4) Ci-dessus, Uv. Uï, ch. 3, S 2.

sonnée par l'effusion du sang ; et le meurtre ^ passant pow un divertissement grossier , s'il n'était letopéré par la débauche.

Et cependant nous n'avons pas encore tout dît. En fait d'humanité , — quoique nous ayons parlé de Fesclatage, des combats de gladiateurs, du gouvernement des Césars, — il nous resterait encore bien des plaies à trahir. Nous n'avons pas dit quelle mince valeur avait la vie d'un homme selon la« morale publique et officielle du genre humain. Nous n'avons point parlé du droit de mort sur le vaincu et le captif, droit incontesté par les philosophes, et dont l'esclavage n'élait*, disait-on, qu'une miséricordieuse application (1). Jules-César, c et adversaire si clément, fait traiter en ennemis (2!), c'est-àdire tuer ou réduire en esclavage quatre mille Helvétiens vaincus; à des milliers d'autres, il fait couper tes deux mains (3). Germanicus, ce jeune héros, idole de Rome et de Tacite, Germanicus, à la fin d'un combat, supplie ses soldats de ne pas cesser le carnage : « Nous n'avons pas besoin de captifs, leur dit-il , et l'extermination seule fera justice de ces rebelles (4). »

Nous n'avons pas dit non plus comment le droit de vie et de mort du père de famille, tombé en désuétude quant à Fadulte , subsistait tout entier quant à l'enfant houveaû-né ; la loi ordonnait même de tuer l'enfant mal conformé (5)< Quand un enfant venait de naître, on retendait aux pieds du père de famille. Si celui-ci Je reconnaissait et l'acceptaît comme sien , il le prenait dans ses bras ( suscipiebat ; de là cette locution : liberos suscipere). Si, au contraire, il le lais-

(1) Servi, seiTali. -^ (2) Hosfium loco habitî. B. G. I.

(3) « César, qui savait que sa douceur n'était ignorée de personne et ne craignait pas qu'on attribuât jamais ses actes de rigueur à un naturel inhumain..., crut nécessaire d'effrayer les Gaulois t^r un supplice. II fit donc couper les mains à tous cent ^ avaient porté les armes ; ii leur laissa la vie pour que leur châtiment eût plus d'écJat... » César, B. G. VUI. 54. — (4) Taeit., Ann. th 21.

(5) Loi dca 12 Tables, Cic., de Legibus. HI. a. Denys d'Haï., H. 2ff. 27,

3Bft RESUME ET CONCLUSION.

sait par terre, l'enfant était jeté au Vélabre (1) , où parfois la pitié le recueillait (2), où plus souvent encore la faim lui donnait la mort , où quelquefois aussi la cupidité le ramassait, l'estropiait et l'envoyait mendier au profit d'un spéculateur. Disposer ainsi de sa postérité s'appelait limiter le nombre de ses enfants (3). On le limitait encore par la pratique

* (1) Après la mort de tiernianicus, plusieurs hommes du peuple dans leur douleur exposèrent les enfants qui venaient de leur naître. Suét., in Calig. 5. - Claude fit Jeter nue dans la rue une fille de sa femme née seulement cinq mois après le divorce et qu'on avait commencé à nourrir. » Suét., in Cl. 27.

(2) Plante, Prolog. Casin., v. 30. Amphit. 344. Juvénal. VI. 602. — Quelques peuples grecs seulement défendaient l'exposition des enfants et faisaient vendre comme esclaves par le magistrat ceux que leurs parents ne pouvaient pas nourrir. Ellen. Quint. Cur. I. — Exemples chez les Romains d'enfants recueillis et rendus esclaves. Suét., deGranmiat. 7. 21. Cela était fréquent (Pline. X. 71. 72). — Les jurisconsultes parlent de Texposltion des enfants comme d'un fait qui n'a rien de punissable [Loi 29. Dig., de Manum. testam. Loi 16, Cod. de Nupt.). Les empereurs chréUens furent les premiers qui prononcèrent des peines contre ce crime ( Loi I, Cod. Tbéod. De Expos. Loi 3, God. Just. De Expos.). — La vente des enfants nouveau-nés ou même adultes fut longtemps permise (Ulp. X, Denys. loc. ciL) ; seulement les empereurs t'attachèrent à en restreindre les effets (Paul, Sent. V. 1. S 1. Antonin 1. C. de Uber. caus. 1 et 2. Ihid., de Patrib. God. Théod., de his qui sanguin. Cod. Théod. de Patrib. Frag. vatlc. S 34)

(3) Liberorum numerum finire (Tac, Germ.,19). «Les Chrétiens ont des enfants, dit l'auteur de l'épitre à Diognète, mais ils n'en sont pas les homicides, m — «Vous exposer vos enfants, dit TertuUien, pour qu'un passant les ramasse et que la miséricorde étrangère vienne à leur secours (Id. Ibid,). » -> Et un peu plus haut : « Quant à l'infanticide, dit-il, peu importe s'il a lieu au milieu des sacrifices ou par le simple fait du caprice privé. Parmi ceux qui nous entourent et qui ont soif du sang des Chrétiens, parmi vous, austères magistrats et si rigoureux envers nous (laissez-moi frapper à la porte de vos consciences), quel est celui qui n'a ;pas donné la mort à son propre enfant? {Ibid,) » Tacite remarque que , chez les Juifs, on veille à l'accroissement de la population, » car il n'est pas permis au père de donner la mbrt aux enfants qui viennent de naître (Tacit., Hist. V. 5). » Et de même, au sujet des Germains : « On regarde comme un crime de limiter le nombre des enfants et de faire périr aucun de ceux qui naissent. Les bonnes mœurs sont là plus puissantes que peuvent l'être ailleurs les bonnes lois (Germ. 19). » — On pourrait croire, d'après ce passage, que quelque loi chez les Romains interdisait le meurtre des enfants par le père, mais je n'en trouve aucune trace. Nous voyons seulement que l'opinion publique et la note des censeurs flétrissaient l'abus de la puissance patemeUe (Den. d'Haï., Fragment XX. 1). L'exercice de de droit sur les enfants nouveau >nés était soumis à quelques formes légales (Den. d'Haï., Frag. XV. Cic.,de Legib. IIl. 8). Plus tard, les

odieuse des avortements, que nous attestent et les aveux des païens (1) et les reproches du christianisme naissant (2).

Je n*ai rien dit enfin du pouvoir absolu que le souverain exerçait sur la vie de l'homme , non pas seulement dans les grandes colères du despotisme et dans le cours de ses vengeances politiques , mais dans la marche habituelle des affaires et dans la police de tous les jours. Quand Tibère voulut supprimer à Rome le judaïsme et le culte égyptien , quatre raille affranchis , coupables d'avoir pratiqué ces religions , furent transportés dans la Sardaigne , dont le climat meurtrier pouvait leur être fatal : S'ils périssent, dit-on, la perte sera petite (3). Quand saint Paul et ses compagnons sont conduits devant Néron , et que le vaisseau qui les porte est prêt à faire naufrage, les soldats, craignant que dans la tempête leurs prisonniers , non pas condamnés , mais accusés

empereurs Trajan (loi 5. Dig., Si à parente), Hadrien (loi 5. Dig., de leg. Pomp. de parric), Alexandre (loi 3. Cod., de Patriâ potest. 7. aussi loi 9, S 3. Dig., de Offic. procons.), reslreignircnt le droit de punition paterneUe, et commencèrent à sctbsUtuer pour les cas les plus graves Fautorité du magistrat à celle du père (F. encore loi 2. Dig., ad leg. Comel. de sicar.]> Mais Constantin le premier (loi uniq. Cod. Théod., de parric. Loi uni. Cod. Just., dehis qui parent. Inst. S 6 publ. judic.) assimila au parricide le meurtrier de son fils. Jusque-là les peines du parricide étaient appliquées à la mère qui avait tué son enfant ou à Taîeul qui avait tué son peUt-fils, mais non pas au père qui avait tué son fils (Loi 1. Dig. de Leg. Pomp.), ce qui montre qu'en principe le droit de vie et de mort attribué au père n'était pas encore aboli.

(0 F. Platon, Aristote, Sénèque (ad Helviam. 16). Il y eut cependant des peines contre l'avortement, mais elles ne furent prononcées qu'à une époque postérieure, par Sévère et Antonin (Dlg., dcExtraord. crlml. loi 8. Dig., ad leg. Corncl. desicar.; loi 38," S 6, loi 39. Dig., de Pœnis).

(2) « Non-scuicraent, dit Tcrtullicn, rhomicide des enfants nous est Interdit, mais il ne nous est même pas permis de détruire 4'enfant encore inform^dans le sein de sa mère. Empêcher de naître, c'est tuer à l'avance ; et peu importe qu'on détruise la vie déjà formée ou celle qui se forme encore (Apolog. 9). » — « Ceux qui sont dans la voie des ténèbres*., sont les meurtriers de leurs propres enfants. Ils font périr l'ouvrage de Dieu avant qu'il ne soit né (Epit. de saint Barnabe, 20). >»

(3) Quod si ob gravitatem cœli interierint, vile damnum. Tac, Ann. I. 86. F. aussi Suét., in Tib. 36. Et j'ai cité plus haut ce mot : « Quanquam vill, sanguine nimla gaudens. »

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