‹ Les Césars (volume 4)Chapitre 53 sur 72 · II · texte numérisé non relu

II

des révolutions. N'est-il pas cependant permis, en voyant de quelle manière éclatante la question se pose entre Fincroyance et la foi, entre le bien et le mal, entre la vie et la mort, de dire que le xix* siècle , à l'égal au moins de tout autre, est appelé à voir faire un grand pas au genre humain? Nous savons assez que le christianisme est né une fois pouf toutes, qu'il ne sera ni transformé, ni régénéré, qu'il n'y aura pour le monde ni crise, ni progrès, ni révolution comparable à ce qu'a été l'avènement du christianisme. Mais ne semblet-il pas que des circonstances pareilles à celles qui l'ont vu naître peuvent être préparées de Dieu pour agrandir ses limites et multiplier ses enfants ? Le christianisme est né et s'est développé à l'heure où une grande unité matérielle se formait entre les peuples divers, où leurs relations devenaient plus fréquentes , où le monde semblait s'ouvrir à la curiosité du voyageur comme à la prédication de l'apôtre. Aujourd'hui, cette unité matérielle de la race humaine s'agrandit encore ; les peuples qui étaient voisins se touchent de plus près ; les peuples qui étaient éloignés se rapprochent ; les peuples qui étaient inconnus se découvrent et sont forcés d'abaisser leurs barrières devant la pénétrante invasion du génie européen. Aujourd'hui ce n'est pas l'Egypte ou l'Asie ; c'est l'Afrique, c'est l'Inde, c'est la Chine, cette reine mystérieuse dont le voile s'est enfin levé, qui vont participer bon gré mal gré à la vie européenne, et recevoir la lumière de cet Occident, où depuis trois cents ans réside la seule civilisation active, féconde, pénétrante. Ce sont les antipodes mêmes de l'Europe où l'Europe commande en souveraine. En tous ces lieux, remarquez-le, quelle que soit l'influence intéressée qui ait amené l'invasion européenne ; en tous ces lieux , l'Évangile est venu ; en tous ont abordé les pacifiques envoyés de la Rome chrétienne; en tous la croix a été plantée ; en tous ou presque tous a coulé le sang des martyrs, légitime molif de nos espérances. Derrière ces aventureux matelots, ces marchands cupides, ces soldats ambitieux, le missionnaire, pau-

vre, seul, désintéressé, arrive à son tour, et les passions de la terre, qui croient conquérir pour elles seules, se trouvent n'être que l'avant-garde et les involontaires alliées de la conquête chrétienne. Magnifiques desseins de la Providence ! Gloire admirable du xix' siècle, s'il sait enfin la comprendre et la mériter! s'il sait, après avoir commencé dans la boue du paganisme, relever la tête el prêter ses mains à l'œuvre que Dieu lui demande, à la propagation plus étendue que jamais du Verbe divin !

Page 1