‹ Les Césars (volume 5)Chapitre 21 sur 65 · INFLUENCE DE LA PHILOSOPHIE GRECQUE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA PHILOSOPHIE GRECQUE

une explicalion de la nature première de l'homme el de l'origine du mal, ces problèmes fondamentaux de la vie humaine. On y trouvait encore la tradition de ces dieux ou prêtres civilisateurs, qui avaient, disait-on, fait disparaître la vie sauvage, fondé la propriété, les lois, les républiques. Dans tous les mystères, le jeûne, la continence, les interrogatoires secrets, quelquefois l'aveu des fautes, toujours la purification, préparaient l'initié. Souvent des allusions symboliques lui annonçaient son bonheur à venir. Partout le van mystique était la figure de la séparation entre le profane et l'initié, dont l'un devait pourrir dans les fanges du Styx, l'autre habiter les Champs-Elysées. Partout des degrés divers, des épreuves redoutables conduisaient le postulant à l'instant solennel de la manifestation des lumières (^«^Tayû^ia), ou l'hiérophante, en lui révélant les plus hautes clartés de la doctrine^ faisait de lui un voyant (iitôK-mç), Partout encore se représentait la succession des jours de réjouissances et des jours de deuil : Osiris retrouvé. Adonis rappelé à la vie, Proserpine ramenée des enfers, étaient célébrés avec des hymnes de joie, de même que leur deuil avait été porté avec des hurlements et des larmes. Partout, enfin, une trace apparaissait du génie impur du paganisme : outre leur sens cosmogonique et leur sens historique, les fables avaient leur sens obscène ; ces fêtes auxquelles on se préparait par la continence, étaient des fêtes nocturnes, pleines de chants et de cérémonies impurs, toutes résonnantes de paroles interdites ailleurs ; et l'objet le plus caché, mais aussi le plus révéré des adorations, était un signe de débauche.

Quant au dogme le plus intime, au dernier mot de ces mystères, il en fut probablement de ce secret comme de beaucoup de secrets pareils qui ne sont importants que par la difficulté de les pénétrer. C'est un fait et une volonté , plutôt qu'une idée et une doctrine qui gouvernent les sociétés de ce genre; et par cela même que leur dernier mot demeure secret , il peut changer plus facilement au gré de celui qui le tient.

166 PJ^ADENGE DES REUGIONS NÀTI0N41ESL

C'est sans doute ce qui arriva dans Fanoîenne Grèce. Le secret des mystères était-U le même au temps où le poète Eschyle, soupçonné de l'avoir révélé» fut presque lapidé par le peuple d*Àthènes> et au temps des Pères de l'Église où ce secret étail; brabi de toutes parts , où les livres qui le contenaient circulaient par le monde» sans exciter dans les esprits ' i^i admiration» ni étonnement? L'aroane d'Eleuaia» aux derpierg siècles, quand des mystères d'impureté paraissent en avoir fait toute importance » était-il le même qu'en ces ' temps plus anciens où nul homme souillé n^osait en appro- ' cher, où les courtisanes en étaient exclues» où ce qu'il y avait d'âmes plus pures venaient chercher là le bonheur de cette vie » la paix à l'heure de la mort et les espérances de l'autre mondQ (1) ?

N'attachons donc pas une importance trop grande à cette doctrine secrète, partage dNin petit nombre d'hommes obligés toujours de parler au peuple un langage différent de leur penséQ, Ce n'était pas là ce qui agissait sur les hommes » ce qui émouvait la foule» ce qui produisait l'enthousiasme et la foi. l.e vulgaire et même le vulgaire des initiés en restait à l'écorce» à la partie extéiîeure du mystère» et on faisait bien de l'y laisser. Presque toujours en pareil caa l'écorce est plus belle que le cceur de l'arbre» le symbole vaut mieux que le dogme. Le mythe a une poésie qui enchante ; l'idée cachée sous le mythe est une abstraction et plus souvent un lieu commun prosaïque et grossier qui désappednte et qui dégoûte. Ce août de pauvres secrets que les secrets recelés sous des hiéroglyphes.

Mais les mystères n'en demeuraient pas moins» comme je le disais» la religion intérieure» personnelle du païen» la doc-trîne qui contemait les espérapces et les consolations de l'âme.

(1) Diog. Laert.y in Epimenid. 1, 10, S 3. Mysteria qulbus initiati lœUorem de vitœ exltu omniqQe avo spaa eonciphmt. de., de Legib. 11. H. ia Verr. V. T2. Isoorate,

Page 1