V. au88i Aulul. Act. HI. se. 2 ; IV. bc
(3) Vlr bonus, omne forum quem spectat et omne tribunal . . .
« Jane pater » clarè, clarè cùm dixit « Âpollo » Labra movef, metuens audlri : « PulchraLavema, l)a mlhl fallere, da Justum sanctumque viderl, Noctem peccatis et fraudibuB objice nubem. »
Horace, I. Ep. XVI. 67 et sulv.
(3) V. ci-dessus, page 187 et s., Denys d'Halicarnasse, et Varron, dans saint Aug., de Civ. I)el. — Sénèq., de Brevit. vitœ.
(4) F. entre autres Ovid., Metam. IX, 789. Martial. XI. 44. Mélëagre, Epig. 10, 14, 40. F. aussi le docteur Tboluck : Ueber das Wescn und den sittUchen Einfluas des Heldenthums (sur l'état et Tinfluence morale du paganisme). Dans les Mémoires sur rhistoire du christianisme, du docteur Néander. Berlin, 1833, tom. I.
(5) Tércnce,Eun, III, se. V. 84.
La dévotion mènera donc au vice par les exemples qu'elle lui propose ; ajoutons encore par l'aide qu'elle lui donne. « Si vous voulez rester pur , fuyez les temples ; si la jeune fille veut demeurer chaste (c'est la vertu d'un Ovide qui lui donne ce conseil), qu'elle craigne le temple de Jupiter et les souvenirs de ce dieu adultère (1). » L'adoration des dieux romains est donc parfois impure; que sera-ce de ces cultes étrangers tout empreints de la mollesse orientale? Une religion toute publique n'est pas sans souillure : que sera-ce des mystères? Un culte si grave et si officiellement réglé laisse pourtant une place au vice : que dire des mille aberrarations d'une superstition cosmopolite? Le temple où prie la vestale est souillé par d'indignes prières : qu'adviendra-t-il dans la boutique où le magicien , l'astrologue, le prêtre efféminé de Cybèle débile sa fantasmagorie? Il y a toute une classe d'hommes, étrangers, mendiants, vagabonds, dont l'existence est précaire, le métier occulte, le renom mauvais, le pouvoir surnaturel redouté, et qui fournissent à toutes les débauches et même à tous les crimes des ministres, des ressources, des asiles. Ce sont ces prêtres dont « la cellule est plus impure que le bouge de la courtisane (2); » ce sont ces dieux que l'on vient consulter sur l'efficacité d'un poison. La grande Isis, la plus populaire de toutes les déesses, est surnommée la corruptrice (3) : dans ses jardins et dans son temple, elle fait trafic de l'adultère. La débauche qui lui est payée d'un côté, elle l'exige et la commande de l'autre, et Josèphe peut vous dire par quel excès d'une crédulité inimaginable et d'une dévotion vraiment païenne, Pauline, « cette matrone romaine, illustre par sa naissance et par sa vertu, » tomba dans un infâme guet^apens (4).
(l)Tri8t.U. 287.
(2) Frequenliùs in xdituorum eellis quani in lupanaribus libido defungilur... inter aras etdelubra conducontur siupra, etc. Minutiûs Félix in Octavio, 25.
(3) lBi8, lena conciliatrix, dit le Scholiaate de Juvénal. V. V. Juvénai. VI. 488.
(4) C'est à cette époque qae, par un ordre de Tibère, les prêtres d'Isis furent cruci-
Nous arrivons ici au dernier degré de la corruption des cultes païens, et nous devons montrer comment le vice écouté, justifié, protégé, encouragé par les dieux, était encore commandé par eux. Il faut ici remonter à l'origine . Lorsque l'âme humaine dévia pour la première fois, au milieu de ces adorations errantes qui partout cherchaient un dieu, une pensée la frappa; elle remarqua cette double loi de la nature, loi de naissance et de mort par laquelle les créatures sans cesse périssant, sans cesse reproduites, renouvellent toujours la face du monde. Il sembla aux peuples que, dans cette lutte de la nature contre elle-même, tous les antagonismes et toutes les contradictions se résumaient et s'expliquaient. Et comme tout ce qui était grand, général, incompris s'appelait dieu, les peuples divinisèrent la génération et la mort.
Disons plus ( car la science serait trop candide si elle s'obstinait à ne voir là que d'abstraites et philosophiques allégories (1) ) : tous les penchants de la nature corrompue , penchants impurs et cruels, avaient ici leur part. Celui « par qui la mort était entrée dans le monde (2), » et qui « fut homicide dès le commencement (3), » faisait des homicides de ses adorateurs ; celui qui savait qu'un fils de la femme devait l'écraser, voulut corrompre jusqu'au bout les générations humaines. Le culte de la génération fut impur, le culte de la mort fut sanguinaire. L'homme, pour plaire aux dieux, dut être immolé et corrompu ; on dut égorger sur l'autel les générations déjà vivantes, et flétrir par la débauche les générations à naître. Partout où il y a eu des idolâtres, les sacrifices humains se sont renouvelés, joints à l'adoration des dieux im-
flés, le temple détruit, et la statue de la déesse Jetée dans le Tibre. Josèphe, Antlq. XVm. 4. r. aussi Tacite, -Aon. H. 85; Suétone, inTIber. 36. Dion. LIV. Sénèque, Ep. 108 (ande J.-C. 19).
(1) Varron aussi expliquait par des allusions au système du monde le culte obscène et sanguinaire des prêtres de Cybèlc ; sur quoi saint Augustin lui répond : « Hsc omnia, inquit, referunlur ad mundum, videat potiùs ne ad inimundum. » DeCiv. Dei VII. 26. — (2) Sap. II. 24. — (3) Joan. VllI. 44.
purs : à vingt siècles et à cinq mille lieues de distance, dans un autre monde, à Mexico et à Tlascala (1) se sont retrouvés les infâmes objets des adorations égyptiennes, que Rome et la Grèce ont vénérés dans leurs mystères, et que l'Inde à son tour nous montre à chaque pas. Dans les mômes lieux se sont retrouvées également les immolations humaines de Garthage et de Tyr, reproduites encore à cette heure dans les suttees de rinde, et qui ont été communes aux Grecs, aux Romains, aux Gaulois, aux Asiatiques, aux Germains (2) , enfin à tous les peuples du monde, excepté au peuple de Dieu.
Rome, il est vrai, après avoir versé tant de sang par la guerre , avait eu horreur du sang des sacrifices ; elle avait prétendu faire cesser dans tout l'univers les immolations humaines (3). En eiïet, ces infâmes sacrifices avaient cessé d'être pratiqués publiquement ; mais il est trop certain qu'ils se continuaient encore en secret. La Gaule ne s'était pas tout à fait déshabituée des immolations druidiques (4) ; Laodieée n'avait pas tout à fait abandonné le sacrifice annuel d'une vierge qu'elle faisait à Diane (5) ; l'Afrique n'avait pas cessé d'immoler des enfants à Baal, dont elle déguisait seulement le nom sous les surnoms du Vieux ou de l'Éternel (6) ; et au milieu de cette Grèce qui élevait des autels à la Misé-
(1] V. Garcilasso de la Véga, H. 6, etc. Tholack, p. 145. Sur ce culte chez lei Egyptiaos, V, Hérodote. U. 45; en Syrie, Lucien, de deft Syrft; cbei les anciens Germains. Ttioluek. Ibid. • (2) Tacite, Germ. 7. 39.
(3) Piine. XXX. 1 ; ce qui n'empêche pas Porph\Te de placer la cessation des sacrifices humains au temps d*Hadrien seulement, c'est-à-dire plus de cinquante ans après Pline. Porph. de Âbstinentlà camis. U. 56. Porphyre convient, du reste, qu'il s'en faisait encore de son temps. — (4) Strabon. IH. 2.
(5) Porph. Ibid, Euseb'., Praep. évan. Aune époque postérieure, on substitua une biche (peut'être au temps d'Hadrien].
(6) Ces immolations étaient publiques jusqu'au proconsnlat de Tibérius (quand?), mais depuis elle^ se continuaient en secret. Tertui., Apol. 9. Euseb., Prœf. évang. IV. 16. Porphyr. Ibid. U dit ailleurs, il est vrai, qu'Iphicrate avait aboli les sacrifices humains à Garthage. Mais quand ce fait serait avéré, il s'agirait d'une interdiction légale comme celle que prononcèrent depuis les Romains, et qui n'empêchait pas la pratique secrète de ces sanguinaires coutumes.
ricorde » l'Ârcadie sacrifia des hommes pendant trois siècles encore (1). Rome, d'ailleurs, était -elle bien en droit de sévir contre ces crimes provinciaux? Ses combats de gladiateurs étaient-ils autre chose , dans l'origine , que des expiations religieuses (2)? et ne faisait-on pas à Jupiter Latiaris des libations de leur sang (3) ? Rome, cette miséricordieuse, Rome civilisée par la Grèce, courait aux mystères de Bacchus que souillait Tcffusion du sang humain. Rome, au temps même des empereurs, n'avait pas abandonné la coutume, dans les jours de grande calamité, d'enterrer vivants, en un lieu marqué du Forum, un homme et une femme de race ennemie (4)» Sous la clémente domination de Jules César, deux hommes avaient été sacrifiés au Ghamp-de-Mars (5) ; et Octave, dans Pérouse, avait ofiert aux mânes non encore apaisés de son père un holocauste de trois cents sénateurs et chevaliers (6). Aux sacrifices humains répondaient les prostitutions religieuses, tout à fait libres sous la domination romaine. Gette coutume que nous retrouvons jusque dans les Indes , l'Afrique, la Syrie (7), l'Egypte (8), Babylone, l'Asie mineure, la Grèce (9), le monde païen tout entier nous en fait voir le
(1) Porphyre, apud. Euseb. Ibid,
(2) Valer. Ma\. III. 4. S 7. Les jeux de gladiateurs étaient consacrés à Jupiter, les chasses on combats contre les bétes féroces à Diane. Cassiodore. Martial. Tertullien, Apolog. et adv. Gnosticos. Lactance.
(3) Tertnllien, Apol. 9. Scorpiace.— Cypricn, de Spectaculis. •— Euseb. Ibid. Cyrille contra Julian. H.— Minutius Félix, in Octavio.— Porphyre. Ibid, Prudentins. D'après Porphyre, Eusèbe et Tertullicn, il semble qu'outre le sang des gladiateurs qu'on offrait à lupiter Latiaris, une victime humaine lui était encore inunolëe le jour de sa fête.
(4) « Minime Romano sacro, » dit Tite-Live. XXII. 57. Néanmoins, comme ce passage même le prouve, il se renouvela plus d'une fois. K. Pline. XXVUI. 2. — Plut., in Marcello. 3. Qua?st. Rom. 83. — Orose. IV. 13. Pline en parle comme d'un fait contemporain.
(h) Dion. XLlIl. 24.--(C) Suét., In OctaTio. 16.
(7) Lucien, de De& Syrù. Herod. II. Euseb., de Vit. Constant. III. 55.
(8) Herod. 1. 182.
(9) Herod. I. l99.Baruch.VI. 42. 43. Pour une époque postérleore. Strabon. XVI.
honteux souvenir. Ici la femme doit une fois au moins en sa vie consacrer à Milytta le prix de son infamie ; ailleurs, il y a une Vénus prostituée (iropvr;,icav^i3fjioç) dont le temple est gardé par les courtisanes. On compte les lieux ainsi sanctifiés par la débauche : l'île de Chypre, le mont Eryx en Sicile (1), Corinthe surtout où plus de mille courtisanes, consacrées à Vénus par la piété de ses dévots, veillent sur le temple de la déesse (2) ; où par elles on croit obtenir la protection céleste ; où se lisent encore les vers de Simonide, dans lesquels la Grèce, sauvée des mains de Xerxès, rend grâce de son salut aux prostituées (3).
N'est-ce pas assez? Faut-il parlçr des mystères, et, après avoir montré ce que la religion publique mettait au jour, faire voir ce qui, en une telle corruption, avait encore besoin de voiles? La fin et le but des mystères à celte époque, leur grand arcane, leurs traditions et leurs cérémonies impures nous sont révélés par des hommes qui, eux-mêmes païens et initiés, ont fini par être éclairés de la lumière divine, et, affranchis par elle, ont dit sans crainte les infâmes secrets de leur servitude (4). Quelques mots des païens suffiront du reste pour nous éclairer : « Quel autel, dit Juvénal, n'a aujourd'hui son Clodius (5)? » — « Ne te fais pas initier aux Bacchanales, ta réputation , ton honneur, tes mœurs y vont périr. » C'est une courtisane qui parle ainsi à son amant (6).
(1) JusUn. XVIU. 5. Strabon. VI. 2.
(2) AUiénée. XHl/4. Slrabon. VIII. 6. — (3) Id. Ibid.
(4) V, Cléni. Alexandr., ProtrepUkos. 2. — Arnob., adv. gentes. 5. — Théodorel , Disp. I. La IradiUon, rapportée par saint Clément an sujet de Certes et de Proserplne, me parait remarquablement conflrmé>e par les ycrs suivants de Lucain qui seraient alors comme une demi-révélation du secret des myst^es :
Eloquar, immenso terrx sub pondère qux te Detineant, Ennïca, dapes, quo fœdere mœstum Qegem noctis âmes, quœ te contagia passani Noluerit rcvocare Gères. . . . Pliars. VI.
(5) VI. 345. r. tome !, page 74. -(fi) Liv. XXXIX.
« J'ai honte de raconter, dit Diodore de Sicile , la naissance d'Iacchus , qui est le fondement des mystères Sabaziens. » Faut-il en dire plus? dire ce qu'a encouragé Platon , ce que Théocrite a chanté? peindre enfin cette universalité d'hommages infâmes envei^s tous les dieux, même envers les dieux animaux qu'adorait l'Egypte (1) ?
Ici, sans aucun doute, la religion était pire que l'homme ; elle commandait le crime, et cette dette n'était pas acquittée sans répugnance. Sous le toit domestique, la jeune Athénienne devait être modeste et voilée ; mais au temple, il fallait qu'elle jouât son rôle dans les infâmes phallophories, qu'aux fêtes de Cérès elle chantât ces hymnes comparés par un écrivain aux chants qui peuvent s'entendre dans un lieu de débauche (2). La matrone romaine était austère et grave; mais aux jours des mystères de la bonne déesse , ou à telle autre fête, il fallait, dit saint Augustin, que la mère de famille fît au temple ce qu'au théâtre elle n'eût pas voulu regarder jouer par des courtisanes. Pauline, cette noble et vertueuse dame, venant au temple d'Anubis pour obéir aux ordres de ce dieu, croyait certainement faire acte de religion ; et l'impureté , si nous en croyons un moderne (3) , présidait au culte môme des chastes Vestales. Le temple était donc plus impur que la famille, que la cité, que le théâtre. « Rendons grâces aux acteurs, dit le Père de l'Église que nous citons, de ne pas montrer à nos yeux ce qui est caché dans l'ombre du sanctuaire , de ne pas admettre sur la scène des ministres pareils à ceux de la religion, d'être, en un mot, plus réservés sur les tréteaux que le prêtre dans son temple (4). »
(1) Âtiiénée, DeiphnoBoph. XUI. 20. Hérodote. StraboD. XVII.
(2) Cleomedes, de Meteoris. H.
(3) r. Sainte-Croix, Recherches sur les mystères. II. 2. Lisejs aussi un passage de Pline. XXVllI. 4.
(4) Saint Aug., de Civit. Dei. VU. 21.— V. pour des faits tout pareils, Hérodote, Théodorct, saint Clément, Plutarquc, du désir des richesses, Diodore de Sicile les emblèmes religieux trouvés à Pompéii. — Les cérémonies de ce genre se célé-