TEMPS DES SUCCESSEURS D'AUGUSTE
du préfet d'Egypte ont remonté le Nil jusqu'à la capitale de l'Ethiopie, et les députés de la reine noire Candace sont venus se jeter aux pieds d'Auguste (1). Un autre général est allé troubler, dans les sables africains, les peuples à demi fabuleux qui les habitent, et est revenu dans Rome triompher de vingt nations que Rome ne connaissait pas (2).
Allez plus loin. Où Rome n'a pas conduit ses armées, elle est présente par ses commerçants et ses voyageurs, par son luxe ou par sa science. Néron a fait rechercher les sources du Nil jusqu'en un lieu où des marais immenses arrêtent également le piéton et le batelier (3). Les îles Fortunées, trop bien connues, ne sont plus le séjour des bienheureux, et depuis que le roi Juba y a établi une fabrique de pourpre , la mythologie, chassée de ces rivages, a dû porter plus loin ses traditions poétiques (4). L'Inde, déjà pénétrée par les navigateurs macédoniens, déjà accessible par deux routes de terre, se rapproche de Rome par la découverte d'Hippalus : cet Egyptien a observé la marche des vents réguliers que connaissaient les seuls Arabes ; une flotte de cent vingt navbres marchands , d'après ses instructions , s'est embarquée sur la mer Rouge ; et chaque été la flottille romaine arrive dans l'Inde en quatre-vingt-quatorze jours et revient avant l'année écoulée (5).
Enfin sur l'Océan, la conquête de la Bretagne a dû agrandir la sphère de la géographie antique. Une flotte romaine, probablement sous le règne de Claude, a fait le tour de cette île, qu'auparavant on appelait un monde. Elle a reconnu lerné (l'Irlande), pays barbare où le fils se nourrit de la chair de son père. Elle a soumis les Orcades ; elle a enfin, en naviguant sur une mer paresseuse que la rame pouvait
(i) Strabon (an de Rome 732).
(2) Cornélius Balbus sous Tibère (Pline. V. 5). Il aurait pénétré jusque vers le 25» de latitude. — (3) Sénèque, Nat. Quœst. VI. 8. Piine. YI. 29. (4) Pline. VI. 3Î. 37. Horat., Epod,2G. — (6) Slrabon.
à peine soulever, aperçu la terre de Thulé (1). Thulé est le nom que l'antiquité donne toujours à la dernière terre signa* lée vers le nord (S). Pythéas la place où est le Jutland; il la peint comme une côte sablonneuse qui mêle à la mer Tarëne de ses dunes» où les nuits d'été sont à peine de quelques heures (3). Pline la fait remonter vers le pôle, la met à Ten* trée d'un océan de glace, y compte six mois de jour et six mois de nuit. Et le poète à son tour, inspiré peut-être par des traditions antiques, prophétise le temps où l'Océan, ce lien de la terre, laissera passage à l'homme vers des contrées nouvelles, et où la lointaine Thulé ne sera plus l'extrémité du monde (4).
Or, les peuples que Rome va chercher si loin, à leur tour viendront à elle. Le Zahara lui enverra pour l'amphithéâtre ses lions, ses serpents énormes et sa girafe merveilleuse; de main en main, de peuple en peuple, l'ambre de Livonie, la soie du pays des Sères lui sera apportée : « Tant il faut, s'écrie Pline, de fatigues et de voyages pour que nos matrones aient des habits qui ne les voilent pas (6) ! » L'Inde, non contente de trafiquer avec Rome, veut communiquer avec elle par des ambassadeurs. Deux ambassades indiennes (6), après des fatigues infinies, sont arrivées à Auguste ; et, de même
(1) Tacite, in Agricolâ. 10.
(2) « Ultima omnium qum memorantur, Thute » (Pline. It. 77, 112. IV. 80). (8) StTibon.
(4) Vmientannls
Secula seris Quibus Oceanus Ylncula rerum Laxet et Ingens Pateat teilus Nec Bit terris Ultima Thule. ( Sénèque, trag. )
(&) « Tanto labore, tanto itinere paratur, ex qm> matronie tranglnceant. » (Pline. II. 4.) (6) Ans de Rome 729 et 734. Saét., tn Aug. 22. Hieronym. Chronlc. Oros. IV.