‹ Les Césars (volume 5)Chapitre 8 sur 65 · TEMPS DES SUCCESSEURS D'AUGUSTE. 6S · texte numérisé non relu

TEMPS DES SUCCESSEURS D'AUGUSTE. 6S

qu'Alexandre reçut à Babylone des députés gaulois et espagnols, le fils d'Atia dans Tarragone a reçu les députés qui lui demandaient son amitié au nom d*un Porus^ souverain de six cents rois.

Au contraire, hors de Rome, hors de l'influence et de la portée de son nom> que trouvons-nous? Voye» ces steppes immenses qui s'étendent entre la Baltique et la Mer Noire, dans lesquelles s'échelonnent les deux races gétique et sarmatique, qui seront célèbres dans l'avenir, qui sont obscures et méprisées aujourd'hui. Les plus proches voisins de Rome sont les Daces, déjà puissants et connus, les pères, dit-on , de la race Slavone moderne ; — plus loin et plus obscurs, les Venèdes ou Vandales (Venedi, Fcndtlt), illustres au siècle de la destruction de l'empire et dans l'histoire slave du moyen âge ; — au delà, parmi ces tribus sarmates qui les poussent sur le Danube, tous les degrés et tous les caprices de la barbarie. Ceux-ci noircissent leur visage et ne combattent que par des nuits sombres, bataillon funéraire dont nul, dit-on, ne supporte le regard ; ceux-là pourrissent dans la torpeur et la saleté, ignorant le mariage et se souillant par une promiscuité honteuse. — Les Finnois (Fenni) ont pour lit la terre, pour vêtements des peaux de bête, pour aliments le produit de leur chasse, pour armes des flèches garnies d'arêtes de poisson ; les branches des arbres sont leur demeure : « Bienheureux , dit Tacite dans un accès de misanthropie à la façon de Rousseau, qui ne craignent ni hommes ni dieux, et n'ont plus même un vœu à faire (1) ! » — Voulez-vous marcher davantage? Voulez-vous entrer dans le domaine de la géographie fabuleuse? Etes-vous curieux de connaître les Oxions à têtes d'hommes sur des corps de

(0 Et Horace de même :

Campestres meliùB Scylfa»] VinmtetrigIdiGetœ Quorum plauBtra vagas rite trahunt domos. Ode.

bêles, les bienheureux Hyperboréens, les Agathyrses aux cheveux bleus; les monls Riphées, Taxe du monde, lieux où les ténèbres sont éternelles : toutes choses que Tacite a la bonté de ne pas affirmer et qu'il laisse dans un doute prudent (l)î

Ainsi, près de Rome la lumière, loin de Rome la barbarie : à mesure qu'on s'éloigne d'elle les ténèbres s'épaississent ; on arrive au monde des fables et des chimères. N'est-elle pas en droit de se dire le centre du monde? Bien que ses conquêtes n'aient pas dépassé le Rhin et l'Euphrate, ses voyageurs l'Elbe et l'Oxus (2), tout ce qui est civilisé la connaît; tout ce qui la connaît vient à elle ; tout ce qui s'approche d'elle sent plus ou moins son influence. Son empire, comme bn vaste édifice, projette autour de lui une grande ombre sous laquelle décroît et l'indépendance et la barbarie des nations. Si quelques peuples, disgraciés de Jupiter, vivent en dehors de cette influence et, comme dit Pline, de cette « immense majesté de la paix romaine (3), » leur obscurité permet de les oublier, et Rome ne perd pas son temps à compter « tout ce qu'il y a de nations errantes par delà l'Ister (4). » Elle dit, sans soupçonner qu'on puisse l'accuser de mensonge, que toute terre habitable, toute mer navigable lui obéit (5) ; elle dit à meilleur droit encore : « Il n'est pas de nation au monde qui ne soit ou subjuguée au point d'avoir presque disparu, ou maîtrisée au point d'être réduite au repos, ou pacifiée au point de n'avoir qu'à se réjouir de notre domination et de notre triomphe (6). » Et quand ses armées se trouvent en face des barbares, et que ceux-ci leur crient : Qui vive!

(1) « Qaod ego, ot iacompertum, in medio rellnquam. » Germania , in fine. — V. aussi Pline. IV. 2.

(2) Strabon. XI, 13. —(3) Immensâ pacis romans majestate. H. N. XXVII. 1.

(4) « Et quidqaid ultra Istrum vagarum gentium est... Génies in quibus Romana pax desinit. » Sénèque, de Provldentiâ. 4.

(5) Josèphe, de Bello. II. 16. — Denys d'Halicamasse. — Et Virgile : « Romanes reram dominos. • — (6) Cicéron.

on n'hésite pas à répondre : les Romains, maîtres des nations {i) ! Ainsi était constituée la puissance romaine au dehors; Maintenant c'est le secret intérieur de Tempire qu'il nous faut connaître, le secret de sa force, de sa cohésion, de sa durée, en un mot, de ce que nous avons appelé l'unité romaine.

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