‹ Les CésarsChapitre 102 sur 321 · I. V. 9uet., m ÇltOÊd · texte numérisé non relu

I. V. 9uet., m ÇltOÊd

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nus : c-est ce que la langue parlementaire des fiomains nommait la dignité d'un homme. Chacun fixait son rang et fixait aussi le rang de sa famille : il y avait des familles séudAorieles , prétorietifies , consulaires^ triomphales, etc.; et la place que le sénateur ou le consulaire s'était faite daiis la république était^ avec sa glorieuse image, un hérita^ qu'il léguait à ses descendants. Monter, mardier «n avant^ élever sa famille d'un degré^ apporter à Tordre supérieur sa force et sa valeur personnelle, tels étaient le but, l'aoïrbition, la pensée, le mouvement de toute cette république.

A ce progrès se rattachait une magistrature qui forme un des côtés les plus originaux des institutions r(»naiaes. La censure était la grande surveillante de la cité ; c'étail elle qui maintenait cet ordre en le renouvelant^ dirigeait ce jaaouvement saos l'arrêter. Sans pouvoir direct, sans volonté impésative , n'ayant que ses tablettes de cire où eUe inscrivait les coms avec honneur ou ignominie, la oeasure était toute-puissante sur le progrès de la vie publique : juge redoutable qui, tous les cinq ans, faisait paraître devant lui Rome tout entière^ épurait le sénat, passait en revue les chevaliers, demandait compte au peuple de sa fortune ettle ses moeurs ; remaniait ses tribus et ses centuries, faisait monter ou descendre d'une classe dans une autre , au besoin rejetait dans celle des prolétaires (é^rarii, capite cend); dressait enfin de la nation romaine une statistique bien plus détaillée que ne sont les statistiques modernes, en un mot, refaisait et revisait la Rome of&cielle, la passait au crible, sanctionnait et rectifiait son progrès.

Mais, vers la fin de la république, l'équilibre avait été troublé ; l'invasion h&tive et désordonnée d'un côté, la résistance obstinée de l'autre^ tout avait concouru à troubler cet équilibre. La censure avait été mise en oubli. Par com-

pensation, dès qu'on avait voulu rétablir Tordre de la cité, toucher à ces questions fondamentales du sol, de la popu^ latian et des droits civiques, on en était revenu à la censure ou à quelque chose d'analogue. César lui-même s'^était fait préfet des mœurs, et, après Auguste, les princes qui voulurent porter un remède à ces plaies, Claude et Yespasien ne crureqt pouvoir le faire qu'avec le titre et les pouvoirs de censeur.

Auguste ne pouvait donc manquer de relever cette antique magistrature. Sans compter son titre permanent de préfet ou de régulateur des mœurs, par ses propres mains ou par celles d'autrui, il exerça deux fois la censure '. U ouvrit, après la bataille d'Actium, le premier lustre qui se fût fait depuis quarante et un ans : il entreprenait, sous cç litre de censeur, la réforme du peuple romain.

Or, le peuple romain avait besoin, et d'être recruté quant au nombre, et d'être purifié quant à ses éléments, et d'être raffermi sur le sol ébranlé de l'Italie.

Quant au nombre. Octave songea tout d'abord à donner à Fempire une population civique suffisante pour le dé-> fendre. U y arriva, peut-être en confirmant les nombreuses et illégales concessions qu'Antoine avait faites du droit de cité , mais surtout par des concessions nouvelles. 11 donna le droit de cité, non conmie César et Antoine l'avaient fait, à des provinces et à des villes entières, mais à l'élite de toutes les provinces et de toutes les villes. Les principaux orateurs des cités grecques^ les chefs féodaux des peuples gaulois, les magistrats des villes latines eurent l'honneur de devenir citoyens romains , et ainsi , au lieu d'être les cheCs de leur nation dans ses révoltes contre Borne,

i. En 725^ censure d'Auguste et d'Agrippa; en 732, de Lepidusetde Munatius Plancus. (Dion, LU, in fine; LUI, in princ; LIV, in princ.)

ils furent un lien entre Rome et leur nation. Rome eut, dans tous les coins de son empire^ une population romaine digne de recruter son armée et même son sénat, et cette population tint partout la première place. Le recensement des citoyens romains, dans toutes les provinces, donna, en 726, 4^063,000 citoyens au-dessus de dix-sept ans ; en 746, 4,233,000; en 767, 4,037,000. Quatre millions de citoyens, c'étaient quatre millions de familles, environ vingt millions d'âmes'.

Mais cette extension du droit de cité avait bien son danger. D'abord, elle appauvrissait le trésor; le citoyen romain était exempt d'impôts; les vaincus lui payaient le tribut, il ne le payait à personne. Or, quatre millions de familles, et des plus riches, exemptes de l'impôt direct, que devenait le trésor de TËtat, qu'Agrippa, le lendemain d'Actium, déclarait déjà en déficit? — Il fallut essayer de demander quelque chose au citoyen romain ; si absolu que fût Auguste, c'était difficile, et il y mit bien des détours. II prétexta d'abord un but spécial et respectable, la fondation d'une caisse de l'armée pour rémunérer le soldat sans dépouiller le propriétaire ; il prétendit même établir cette caisse avec des souscriptions volontaires : il souscrivit, fit souscrire Tibère, quelques rois, quelques sénateurs ; puis, la souscription , comme il s'y attendait bien , se trouvant insuffisante^ il consulta le sénat, d'abord officiellement et en corps, et le sénat ne dit rien ; puis , chacun à part, sur un billet cacheté ; et les sénateurs, pas plus que le sénat, ne surent rien trouver. Il consulta alors les papiers de César, et il y trouva ( que n'y trouvait-on pas?) un projet d'impôt sur les legs et les successions. Il l'adoucit de son

1. lapis Anq^., II. Et Tacite : Additis proTiDciarura validiBSÎmis, fano imperio subventom. {Armai., XI, 23.)

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niieux, exempta les pauvres, exempta les successions directes, ne prit au plus que g pour 100, et fit si bien, que le citoyen romain paya de mauvaise grâce et en murmurant, mais enfin paya^

Cette difficulté fiscale n'était pas encore la plus grande. Ce qui était le plus difficile, c'est que ces quatre millions de familles, si diverses de mœurs, d'esprit, d'origine, de demeure, formassent véritablement une nation : c'est qu'au centre de cet empire si vaste et de cette nation romaine si dispersée, il y eût (chose nécessaire à la vie de l'empire ) une Italie forte , puissante , agricole , militaire, vraiment romaine ; et à la tête de cette Italie une Rome vraiment digne de ce nom.

Le premier obstacle était le sol même, appauvri, vieilli, déserté; c'était la propriété incertaine et ébranlée. Aussi, une fois Auguste affermi, les spoliations en faveur des gens de guerre disparaissent. A partir de la défaite de Sextus (719), les biens vacants seuls leur sont distribués. Si Auguste dépouille quelques colons, il les indemnise, soit en argent, soit en terres hors d'Italie; admirable munificence, dit-il, « que, seul de mémoire d'homme, il pratiqua parmi tous ceux qui donnèrent des terres à leurs soldats *. » Et c'est pour garantir la propriété contre le retour de ces terribles exécutions militaires, qu'Auguste fonde ce trésor de Varmée des- • tiné à acquitter la dette de la république envers les vétérans.

La propriété raffermie, la culture va reprendre courage.

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