Ilrid, II, 41, 49; Vï, 45. Suet., 47. Vell., II
main, disait Auguste eu mourant ; il va être broyé sous de bien lentes mâchoires. »
Auguste, lui, en effet, avait gouverné tout autrement. C'était à force de grâce, d'affabilité, de secours aux grandes familles, de largesses au peuple, de jeux^ de fêtes, de monuments, qu'il avait concilié tant d'intérêts et ménagé une douce quiétude au monde lassé des guerres civiles. Auguste, en mourant, continuait encore ce système; il faisait au peuple romain des legs énormes que Tibère paya ie moins qu'il put.
Ces souvenirs étaient embarrassants pour Tibère ; il ne lui allait pas de se faire gracieux ni libéral. Rien cependant ne lui paraissait très-rassurant (an de J.-C, 14). Les légions, sévèrement traitées par Auguste, se révoltaient, demandaient de l'argent et des privilèges, prétendaient faire un empereur, et faillirent tuer Germanicus qui ne voulait pas l'être. Le sénat était plein d'ambitions aristocratiques profondes et concentrées ; le monde enfin s'était si longtemps et si bien reposé des guerres civiles, qu*il pouvait commencer à être las du repos. Tibère avait peur, et exprimait sa crainte par une métaphore moins noble que pittoresque : a Je tiens, disait-il, le loup par les oreilles. »
Sa grande ressource fut, comme auparavant, de s'effs^cer. Après avoir bien prié pour qu'on ne le forçât pas à devenir César, il sembla prendre à tâche d'être aussi peu César que possible. Le sénat surtout, qui lui faisait le plus de peur^ fut le souverain auquel il parut soumettre toutes ses actions, lui renvoyant tout, le consultant sur tout, l'encourageant à la liberté ; parlant (sans que personne y crût, il est vrai) de rétablir Tanciennc république ; appelant les sénateurs ses maîtres, cédant le pas aux consuls, se levant devant eux, et chez lui les reconduisant jusqu'à la perle ;
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ne voulant, pas plus qu'Auguste, être appelé seigneur ; refusant avec obstination le culte divin ; faisant tout humblement de Tordre, de la justice, de la paix publique ; préfet de police sous la royauté du sénat ; ne ménageant pas, dans les calamités pi]d>liques, l'argent qu'il retran* chait sur d'inutiles magnificences; presque charitable, mais non généreux, ce qu'aurait bien mieux aimé Isipkbs de Rome ' ; désintéressé, n'acceptant de legs et de succès* sions que de ses amis (grande vertu chez un Romain et chez un empereur) * : — quant au peuple , lui jetant, pour se populariser, le nom d'Auguste à la tète ; citant les paroles, adorant les traces d'Auguste ; ne prétendant pas cependant, comme lui, refaire les vieilles-mœurs romaines; et si quelque sénateur hardi, vieux ou pauvre, proposait des lois contre le luxe, l'approuvant en théorie avec des res* trictions dans la pratique : — quant aux provinces, les soulageant, diminuant les impôts, surveillant les préfets; — ne faisant rien pour la seule armée dont les légions éloignées, . dispersées au nord et à lest, séparées les unes des autres par des déserts, ne lui inspiraient pas les mêmes craintes.
1. Sur lannone et les Bubsistances, V. Tacite^ Annal., 11^ 87; 111, 52; IV, 6, 7; VI, 13. — Secoare aux villes d'Asie, après un tremblement de terre (an 17). Id., II, 47; Suet., in ri6e/*., 48; une belle inscription de Pouzzol (de l'an 30), constate ce fait. Orelli, 687. — Secours aux incendiés du Céiius (an 37). Patero., II, 130; Tacite, Annal., IV, 64; Suet, in Tiber,, 48. — Secours de 108.000,000 de sest (28,490,000 fr.) aux incendiés de l'Aventin (an 36.) Tacite, Annal., YI, 45. — Prêt gratuit de 100,000,000 de sest. (26,560,000 fr.) aux particuliers (an 33). Suet., Ibid.; Tacite, Annal., VI, il; Dion, LVllI. — Secours de 100,000,000 de sest. après une inondation (an 35). Dion, LVI1I. — Distribution d'argent au peuple (ans 17 et 23). (Suet., m Tiber., 54; Tacite, Annal., II, 42), montant en tout à 146 deniers (156 fr.) par tête. {Cod, Vimiobon.) — En mourant, il légua au peuple 45,000,000 de sest. (près de 12,000,000 de fr.) Dion, LIX, in princ.
2. Neque hapreditatem ci^usquam adiit, nisi cîim amicitià merutsset. (Tacite, Annal., II, 48.) Il refusa même les héritages laissés par ses proches. Dion, LVII, p. 614. Sur son administration, V. encore Suet., m Tiber,, 26-32. Vell., II, 190; Dion, LVI.
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Tacite rend justice à cette administration : jusqu'à l'époque de la mort de Drusus, c'est-à-dire jusqu'à la neuvième année de Tibère, « les affaires publiques , les plus graves d'entre les contestations privées étaient discutées au sénat ; les principaux sénateurs pouvaient parler librement , et Tibère réprimait lui-même les excès de la flatterie : dans la distribution des honneurs, la gloire des aïeux, Tillustration militaire, les services civils étaient les motifs de ses choix, et il était assez reconnu qu'on ne pouvait en faire de meilleurs ; les consuls, les préteurs avaient le libre exercice de leur pouvoir ; les magistrats inférieurs remplissaient dignement leur office ; et , sauf les accusations de lèse-majesté, on n'abusait point des lois. La perception du blé, des impôts, des revenus publics, était confiée à des compagnies de chevaliers romains. Dans ses propres affaires. César avait pour délégués des hommes de mérite, que souvent il n'avait connus que par leur répu^ tation ; ceux qu'il avait une fois nommés demeuraient en place, et finissaient par vieillir dans leur charge. Le peuple souffrait de la disette ; mais, loin d'en être coupable , le prince remédiait par ses soins et ses dépenses à la stérilité du sol comme aux difficultés de la mer. 11 empêchait que de nouveaux impôts ne chargeassent les provinces, que les anciens ne fussent aggravés par l'avidité et la cruauté des magistrats ; il interdisait la confiscation et les tortures. César avait peu de domaines en Italie : ses esclaves n'étaient point arrogants ; un petit nombre d'affranchis composait sa maison , et, quand il avait contre un particulier des intérêts à débattre, la cause se jugeait au Forum et selon le droit ^ »
i. Tacite, Annal., l\, 6, 7. Voici cependant ce qui va donner la mesure
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Si tout cela ne dura point, c'est que Tibère n'avait pas seulement peur du sénat , du peuple, des provinces , de l'armée ; mais il y eut toujours un homme que ce grand iremblenr craignit par-dessus tout : je veux dire son successeur. Le successeur de Tibère fut toujours son ennemi , et, par compensation, l'ami et l'idole du peuple. Auguste était à peine mort ; Tibère n'avait été salué empereur ni par le sénat ni par personne ; il n'était donc encore, dans cet empire où il n'y avait pas de loi d'hérédité , qu'un simple citoyen : et déjà, le jeune Agrippa auquel Auguste, peu auparavant, avait semblé prêt & pardonner, était mis à mort dans le lieu de son exil. Tibère protesta qu'il n'était pour rien dans ce meurtre, et, en efPet, l'ordre avait dû être plu* t6t donné par Livie , maîtresse de tout en ce moment suprême K Ce seul fait suffit pour condamner toute la politique de cette odieuse femme. Elle n'avait vécu que pour voir éteindre la postérité d'Auguste, et elle en continuait la destruction.
Cette destruction s'acheva bientôt (et cette fois-ci du fait de Tibère) par la mort de Julie, la mère d'Agrippa. Cette
de la modération de César et de l'influence que prenaient déjà les affldés du palais : « Pison donna une preuve de sa hardiesse (an 16) en appelant devant les juges Urgulania, que l'amitié de Livie avait élevée au-dessus des lois; Urgulania^ au lieu d'obéir^ se fit porter dans la maison de César; mais Pison n'en persista pas moins, quoique Livie se plaignit de cette atteinte portée à sa dignité. Tibère crut alors qu'il était d'une juste oondescendaQce envers sa mère d'aller devant le préteur y représenter Urgulania; il sortit du palais, suivi de loin par des soldats, au milieu d'un œnnours de peuple, le visage serein et causant de temps à autre dans la route. Pison, que ses parents voulaient en vain retenir, continua h. réclamer la somme qui lui était due, et Livie enfin la fit apporter. Mais, malgré cette affaire, honorable pour Pison et qui accrut !a bonne rcpulation de César, Urgulania demeura si puissante^ qu'appelée comme témoin par le sénat, elle ne daigna pas y venir, et qu'on envoya un préteur pour l'interroger chez elle, tandis que les Vestales ellesmêmes, lorsque leur témoignage est réclamé, viennent le donner en plein Forum. » Tacite, II, 34.