Adventu meo revixisse. (Cic, ad Attic, V
espèce (oes mots : négociants, banquiers, argentarti, mensarHj negotiatores , ne veulent guère dire qu'usuriers ; les Romains, en fait de commerce, n'estimaient que celui de l'argent) , tous forment dans chaque ville une assemblée [canventus) ', se serrent les uns contre les autres, se séparent de l'étranger par ce sentiment de nationalité âpre et jalouse, dont les Anglais sur le continent nous offrent aujourd'hui une image assez exacte. Le conventus est une puissance, souvent égale ou hostile à celle du proconsul , et que sa nationalité romaine rend inviolable. Ces gens , d'une haute respectabilité, spolient & qui mieux mieux et la province et le trésor, accaparent le blé dans les disettes, perçoivent les impôts dont ils ont grand soin de cacher le taux légal ; sont créanciers de tout le monde, hommes , villes et dieux ; forcent la cité à vendre son temple, le père son fils ; mettent les hommes libres aux enchères, les soumettent à la torture, les jettent pour toute leur vie dans un cachot fangeux. Tout-puissants à Rome, recommandés par les chefs du sénat aux proconsuls et aux préteurs^ ils font casser les sages règlements de Lucullus, par lesquels plus encore que par la guerre il avait vaincu Mithridate. Ces bourgeois de Rome ruinent jusqu'à des rois : Déjotarus est devenu gueux; Ariobarzane paye à Pompée 33 talents (143,000 fr. environ) par mois, tout le revenu de ses Etats, et n'acquitte même pas l'intérêt de sa dette. Scaptius, l'agent et le prète-nom de l'austère Brutus , est créancier de la ville de Salamine^ se fait donner des cavaliers par le gouverneur Appius , enferme le sénat de cette cité , l'assiège si longtemps que cinq sénateurs meurent de faim : Cicéron arrive et examine les prétentions de Scaptius, il
I. CoDvcRiuB civium Romanonim Conventus agere. (Cses., B^//. ga/lic, I, r»*; BeU. civ., II, 20, 36.; III, 9, 21.) Suet.,m Cœs., 7, 30, 56; in Galba,9.
trouve qu*au lieu de 106 talents de capital , il en rédame 200, et quant aux intérêts, ne se contente pas à moins de 4 pour iOO par mois (ou 48 pour iOO par an ) se cumulant au bout de l'année *. Jugez si les sujets de Rome qu'elle nommait dérisoirement ses alliés, ne devaient pas tourner un œil d'envie vers cette cité où semblait s'être réfugiée toute la liberté du monde.
Dans l'antiquité d'ailleurs la suzeraineté des villes est un fait permanent. La ville possède le sénat et l'assemblée populaire; la campagne en est, sinon exclue, du moins éloignée ^. Le patriotisme, haineux et jaloux, aimait à s'enfermer derrière des murailles : c'était là l'Etat , la cité , TToXiç; la campagne n'était que le champ {ager) , le territoire et le domaine de la ville , je dirais presque son esclave : ici c'était le Spartiate, là c'était THilote. Toute la force des nations résidait dans leurs villes. Aussi les grandes conquêtes s'achevèrent par un siège : Numance prise donna aux Romains l'Espagne ; Carthage, l'Afrique ; Syracuse, la Sicile; Corinthe, la Grèce.
Et Rome surtout, la ville des villes, l'archétype des mille colonies qui peuplent l'Italie et peupleront le monde, Rome, dont ï'immuable Pomcsritim a été consacré par d'étemels augures , exerce plus énergiquement que toute autre cette puissance d'absorption ^. Tout accourt vers elle : le riche vient y jouir, le pauvre y mendier, le nou-
i. Cic, ad Aitic.y VI, 1, 2.
2. Quelques traces de vie municipale dans les campag^ies : Festus v^ Vict. Cioéron parle des collèges de la campagne {pro Domo 28) et Horace de son hameau :
.... Habitatum quinque focis, et Quinque bonos soUtum variam dimittere patres.
3. « Rome! Rome! c'est elle qu'il faut habiter, Rufus, c'est dans sa lumière qu'il faut vivre. Il n'y a pas de gloire à gagner au dehors^ pour peu qu'on puisse s'illustrer k Rome. » Cic, Fam., II, 12«
DERNIERS TEBfPS DE LA RÉPUBLIQUE. Ai
veau citoyen y donner son suffrage, le citoyen dépossédé y réclamer ses droits. Le banqueroutier s'y met à l'abri de son créancier, le criminel y fuit son accusateur, le riche endetté s'y fait protéger par quelque potentat contre la saisie de ses biens et la pique du préteur ^ Le rhéteur asiatique y ouvre son école; le philosophe grec y apporte sa loquacité bouffonne ; Tastrologue chaldéen, le magicien d'Egypte, le prêtre mendiant d'isis ou de BeUone, le petit Grec surtout {Grœculus)^ le chevalier d'industrie de l'ancienne Rome , qui a monterait^au ciel pour un dîner »
GraecuIuB esuriens in cœlum^ jusseria, ibit ',
Tous ces gens qui cherchent fortune pensent la trouver là, et, & défaut d'autres, prennent Rome pour patrie et pour nourrice '.
Nourrice ingrate et dont le lait doit s'épuiser ! Rome est encombrée et l'Italie donne peu de blé ; les bouches abondent et les bras manquent. Le sénat, pour décharger Rome, envoie \jà,plebs se partager des terres au nord de l'Italie; il veut la disséminer en colonies': mais ce remède incomplet est accepté avec répugnance, parce qu'il 6te avec le voisinage de Rome les trois privilèges de la cité romaine : le vote au Forum, le spectacle au théâtre, les distributions de blé. Quant à l'étranger, malheur à lui ! Au jour de famine, le sénat le jette hors des portes ; il ira où il voudra, hors de Rome, hors de l'Italie. Une fois, un tribun fait expulser Gaulois, Espagnols, Grecs, tous les
1. Salluftte, Caiil y 38, énumère très-bien loua ces édéments de désordre qui se réunissaient à Rome. In Romam sicut in sentinam confluxerant. F. aussi Appien; Suet^ inAug., 42.