Ne vestis uerica viros fonlapet. (Tncile, AnnnL
d^un faisan ou d'un aitagen de moins sur la table, d'un souper de 200 sesterces (53 francs) comme le prescrivait Auguste, 6u d'un souper de 10 millions de sesterces comme le fit Caligula. La question du luxe dominait tout. Il aurait fallu pour faire vivre l'État et faire vivre les pau« vres que les riches se résignassent à vivre comme eux.
La puissance de l'esprit officiel chez les Romains pouvait seule soutenir un peu la vieille morale des lois somptuaires. Il y avait encore de scrupuleux édiles qui criaient au scandale quand ils voyaient sur le marché trois beaux poissons se vendre 30,000 sesterces (7,970 francs) ^ qui passaient en grondant devant les maisons de jeu, qui soup* çonnaient finement qu'on ne leur disait pas le véritable prix auquel on avait acheté ces beaux vases de Corinthe. Il y avait des sénateurs qui, sans pitié pour Tembarras de leurs collègues, se plaignaient de la familiarité de ceux-ci avec des histrions et des pantomimes. Il y avait, en un mot, quantité de vieilles lois que le sénat n'osait guère attaquer, mais se souciait moins encore de remettre en honneur; quantité de vieilles questions que Tibère aimait mieux, disait-il, traiter par lettres que de vive voix, pour ne pas voir trop de figures embarrassées autour de lui*. L'esprit du siècle était bien fort : Auguste lui-même, malgré les rigoristes du sénat , n'avait osé toucher à la parure des
1. Suet , in Tifjer.f 34. C'étaient dea »uf mulets, poissons trcs-reclierchés. « On envoya à Tibère un surmulet de quatre livre» et dcraie, .qu'il fit porter au marché rt mettre en vente. « Mes amis, dit-il, je me trompe bien, si ce «r ncstOctaviusou Apiciusqui l'achète. » II fit plus que gagner son pari; ii y eut enchère entre eux deux : Octavius l'empoi-ta, et ses amis l'honorèrent beaucoup d'avoir payé 5,000 scst. un poisson que César vendait et qu'Apicius n'avait osé acheter. » Sénèq., Ep, 95. Un de ces poissons fut payé sous Caligula 8,000 sest. Pline, IX, Hist. mit,, 17. D'autres, 6 à 7,000 sesL Juvénal, IV, 15. Macrobe, II, i2.
2. Tôt a majoribus repertae leges, tôt quns di\iis Augustus tulit, illse oblivione, hflp... contemptu abolitae. (Tacite, Annaf., III, 54.)
femmes*. Maïs, singulier constraste! Auguste, avec son esprit de grâce et de tempérament, n'en avait pas moins gêné, autant qu'il était en lui, la pente de son siècle : Tibère, en lui laissant peu à peu reprendre son cours, ne lui en faisait pas moins une tnine triste et grondeuse. Quand il s'agissait de quelqu'une des questions vitales de cette époque, des lois somptuaires, des lois sur le mariage, de toutes les bornes qu'Auguste avait voulu poser contre la décadence des mœurs romaines et que chaque jour le reflux du siècle travaillait à renverser ; Tibère prenait son front ridé, sa voix d'amertume et de reproche , il parlait comme les vieux Appius ses ancêtres, et concluait cependant en faveur du siècle. 11 lui ouvrait quelque porte pour échapper à la prison dans laquelle Auguste avait voulu le renfermer, ou du moins il tenait enlr'ouvertes celles que de vieux grondeurs auraient voulu voir closes à toujours*. Tibère cependant, en ce qui le touchait, donnait le bon exemple : très-parcimonieux pour son propre compte, il faisait servir à des repas solennels une moitié de sanglier; et depuis que les acclamations du peuple lui avaient arraché la liberté d'un comédien, son esclave, il avait juré qu'on ne l'y reprendrait pas et ne donnait plus de spectacle au peuple. Mais c'était affaire d'économie personnelle et, comme prince, il ne voyait pas trop de mal à ce que les grandes fortunes et les grandes familles, dont il avait toujours peur, se ruinassent en vases d'or, en habits de