‹ Les CésarsChapitre 138 sur 321 · Tacite, AnnaL, H · texte numérisé non relu

Tacite, AnnaL, H

2i Erat adhuc frequens leoatoribus, si quid è republicà sentiront, loco senteiitiaî ppomere. (Tacite, Annal , II, 33.)

3. Condamnations contre les délateurs. Tacite, Annal., l\, 21, 31; VI, 3, 7, 30, 48. « L'accusateur le plus hardi, dit ailleurs Tacite, était saint et sacré : Taccusaleur plus obscur et moins redoutable courait risque d'être puni, n

quitter Kome pour jamais, et c'était Tibère qui le suppliait de rester. D'impertinents sénateurs osaient prétendre de* vaut César que, César absent, le sénat pouvait bien faire son devoir, et qu'une telle indépendance ne serait qu'honorable à la patrie ^ C'était encore au d^ut de Tibère, le sénat se sentait le chef d'un système encore puissant, Tibère lui permettait cette ambition, et le sénat encouragé jouait presque à la république.

Mais plus tard le sénat paya cher sa position aristocra* tique et sa souveraineté officielle. Rempli des hommes que Tibère avait le plus à cœur de poursuivre, il frémissait chaque fois qu'on lui demandait une de ces illustres tètes ; mais il les livrait l'une après l'autre, espérant que peutêtre l'avidité du tyran serait rassasiée, et chacun s'estimant trop heureux que ce ne f&t pas son tour ^. Ainsi, le sénat et Taristocratie se livraient, se mutilaient eux-mêmes, et je ne connais rien de plus caractéristique que cette simple note de Tacite : «Le pontife L. Pison cessa de vivre à cette époque ; chose étrange après une telle illustration, il mourut dans son lit ! d Le sénat était tellement décimé, que les sénateurs chargés de certains gouvernements, furent prorogés dans leurs fonctions^ faute de pouvoir leur trouver des successeurs^.

Et maintenant, si de cette société et de ce sénat nous nous tournons vers les chef de cette terreur^ le grand moteur de toutes ces craintes, nous y verrons en même temps

i, V. Suet.; m Tiber., 31, 32; Tacite, ArmàL, 11, 34, 35.

3. tf On accusa en masse Annius Pollion, Appius Siianus, Scaurus Mamercus, et avec Pollion, Vinioianus son flls, tous de haute naissanoe, plu- 5ieur8 parvenus aux premières charges. Les sénateurs tremblèrent; c étaient tant d'hommes illuslres : qui pouvait iHre pur de toute alliance, de toute amitié avec eux? » Tacite, AtmaL, VI, 9.

3. En Tan :i3, la durée de ces Tonctions fut portée d'un an k trois ou six* Dion, LVIIl, p. 634; sur Pison^ Tacite, VI, 10.

9ai TIBEBE.

le plus grand trembleur de tout cet empire. Examinons de plos près ce que la tyrannie faisait de oc tyran ; i-egardons le monstre dans sa cage qu'il avait si bien verrouillée en dedans, qu'il pouvait à peine en sortir.

An sein de la mer de Naples, à trois milles du rivage, vis«à-vis des belles côtes de la Campanie, s'élevait Caprée, prison au debors, au dedans lieu de délices, rocher escarpé au sommet duquel s'apercevait le faite des douae villas construites par Tibère en Tbonneur des douze grands dieux, les tbermes, les aqueducs, les arcades qui servaient de pont au-dessus des vallées. Ce petit coin de terre^ protégé par la mer contre le bruit du continent, par le mont Solaro contre toutes les rigueurs de la saison, avait d^à plu à Au* guste, qui était venu y passer quatre années. Après Tibère, Néron y vint habiter aussi, tout tyrans qu'ils étaient, amateurs de la belle nature l Dans la grotte d'azur que l'on vient de découvrir, on a retrouvé le reste des bains de Néron ; la sensualité romaine, à qui rien n'échappait, avait creusé un souterrain pour rejoindre la mer, et goûter les plaisirs d'un bain iuouï sous cette grotte merveilleuse. En approchant de Tlle^ on doutait de pouvoir débarquer; Tescarpement du rocher ne laissait aux barques qu'un seul point où elles abordaient. Il y avait là une sentinelle, et l'on ^'apercevait du voisinage du prince.

En effet, depuis longtemps il avait quitté Rome. Une aussi grande ville n'était pas pour lui facile à habiter. De ce mouvement et de celte vie, quoi qu'on pût faire, s'élevait une sourde clameur qui lui reprochait ses crimes : c'était un billet jeté sur le théâtre, à sa propre place; c'était l'invective hardie, en face, eu plein sénat, d'un con damné ; les condamnés, seuls libres, osaient tout dire. Un autre jour ce fut un témoin, homme simple, jaloux de bien

faire, qui, croyant ne pouvoir dénoncer trop, se mit, devant les sénateurs et Tibère, malgré Tembarras de celui-ci et les murmures de ceux-là, à répéter tout au long, mot pour mot, ce qui dans Rome se disait en secret contre le prince. Tibère avait donc quitté Rome, fuyant ces reproches^ fuyant aussi les adulations qui lui étaient insupportables, et faisant écarter durement par ses soldats le peuple courtisan qui venait s'humilier devant lui.

Une fois sorti de Rome, les astrologues l'avaient prédit, il n'y revint plus ; onze ans se passèrent ainsi jusqu'à sa mort. Ce n'était pas faute de précautions pour être en stïreté dans Rome s'il y rentrait : à la honte du sénat, il s'était fait accorder par ce corps d'y venir accompagné de gardes; il avait ajouté qu'on fouillerait les sénateurs à l'entrée ' : les sénateurs s'étaient prêtés à tout, et n'eurent pas même la triste récompense de voir César au milieu d'eux.

Il vint une seule fois près de Rome. Je ne sais quel in« stinct l'y appelait ; il y arrivait par des chemins détournés^ comme pour observer cette ennemie. Je ne sais non plus quel instinct l'en détourna ; il n'était qu'à sept milles, il apercevait Rome, quand un serpent favori qu'il avait, mourut rongé par une multitude de moucherons. — «Craignons la multitude, elle est paissante.» —Voilà le présage qu'il en tira, et il revint sur ses pas.

Voyons-le donc maintenant dans sa sûre et délicieuse Caprée. Si, à travers les gardes et les espions, au risque de la vie, vous pénétrez jusqu'à lui, vous trouvères un hideux vieillard, la face moitié couverte d'ulcères et moitié d'emplâtres^ chauve, courbé, à l'haleine fétide, avec des grands yeux de chat qui voient la nuit ; taciturne, plein

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