‹ Les CésarsChapitre 143 sur 321 · Sénèque^ cité par Suétone · texte numérisé non relu

Sénèque^ cité par Suétone

VOUS..» Voilà le récit le plus probable de la mort de Tibère (16 mars 37)'.

Quand la nouvelle de cette mort fut portée à Rome, on hésita à la croire, et surtout à s'en réjouir ; on craignait que ce ne fût un faux bruit répandu à dessein par les espions de Tibère. La joie éclata quand la nouvelle fut certaine. Je remarque une chose : des empereurs plus cruels peut-être que Tibère ne moururent pas sans qu'au miheu de la haine publique il ne se glissât quelque gage isolé de regret; sur la tombe maudite de Néron, on apporta longtemps des fleurs ; le corps de Caligula, gardé la nuit par sa femme au risque de la vie, brûlé à la hâte, enterré en secret, fut plus tard rendu par ses sœurs à une plus honnête sépulture. Tibère, au contraire, fut enseveli avec tous les honneurs impériaux^, malgré la haine du peuple, qui voulait qu'on jetât Tibère dans le Tibre; mais pas un témoignage de regret et d'affection ne s'éleva sur la tombe de cet homme : lui-même n'avait-il pas fait disparaître du monde, sa famille, ses amis, les hôtes de son exil, tout ce qu'il avait fait semblant d'aimer^? Il y avait encore, dans l'âme dépravée de ses deux successeurs, quelque coin plus humain et plus tendre par où d'autres âmes s'étaient attachées à eux ; il n'y avait rien de cela chez Tibère, âme où tout était défiance, qui repoussait toiyours, n'attirait jamais.

i. Tacite, in Tiber , Annal, j VI, 50.

2. Son épitaphe nous est restée : Ossa Ti Caesaris divi âvg. f. âvo. PONT MAX. TRiB. PAT., XXXI, IX. Imp. VII, cos V. Orclli 690.

3. V. ce que j'ai dit plus haut du suicide de Goccéius Nerva et de Leniulus; de la cruauté de Tibère envers ses anciens amis (Suet., in Tiber,, 55); envers ses commensanx les grammairiens (il en fit périr un qui sHnformait des lectures de Tibère pour se préparer à lui répondre). Sa froideur envers ses hôtes de Rhodes : « Ce que j*ai été autrefois, je ne le suis plus, » leur répond-il. Sencc, de Benef., V, 25

Il y eut après lui un fait remarquable et qui peint les mœurs publiques de cette époque : des condamnés à mort étaient à ce moment dans les prisons; les sentences ne s'exécutaient qu'au bout de dix jours. Lorsque vint le dixième jour, Caligula n'était point i Rome ; les gardiens, n'étant pas d'humeur à rien prendre sur eux, les étranglèrent dans la prison, et le peuple vit encore ces cadavres aux gémonies. Tel était le droit de ce temps : dans le doute, le plus sûr était de tuer.

Ainsi, malgré tout ce qu'il y avait de haine pour Tibère, son gouvernement vivait après lui ; il semblait qu'il fût devenu nécessaire à Rome et qu'elle le portât en elle malgré elle-même. Personne ne songea à des institutions nouvelles^ à des garanties contre le retour de nouveUes calamités. En principe, rien ne changeait, c'était Calus au lieu de Tibérius, toujours un Claude et un César.

Le despotisme impérial était complet. César avait déblayé la place ; Auguste avait posé les fondements ; Tibère avait construit l'édifice ; tous trois bien divers de vues, mais concourant involontairement à une même œuvre. Après ces trois hommes supérieurs pour fonder l'empire, la famille des Césars devait donner au monde trois hommes infimes pour l'exploiter. Caligula, Claude', Néron, furent les exploitants de ce pouvoir que les trois premiers Césars leur avaient fait.

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