‹ Les CésarsChapitre 161 sur 321 · Sidus et pulhim et pnpnm et alumnum. (Suet., ihid.y · texte numérisé non relu

Sidus et pulhim et pnpnm et alumnum. (Suet., ihid.y

truire ; rendit des comptes publics, ce qui u'avait pas été fait depuis Auguste; supprima quelques impôts; restitua même au peuple ses droits d'élection dont le peuple ne se souciait plus et que Calus ne tarda paç à lui reprendre ^ Il y a de lui un beau mot; on lui dénonçait une conspiration contre sa vie : ce Je n'ai rien fait, dit-il , qui ait pu me rendre odieux à personne. »

Pourquoi les Césars commençaient -ils toujours ainsi? Auguste n'avait pas voulu être dictateur; roi, moins encore. C'était une des fiertés du peuple romain de détester, de mépriser^ d'humilier les rois. Dire à un homme qu'il régnait^ c'était lui dire qu'il était un insupportable tyran ; dire une âme royale^ c'était dire une âme impérieuse, intolérable, arrogante. Les murailles de Rome se fussent soulevées si Octave eût voulu être roi. Mais, simple citoyen de la république, exerçant les magistratures de la république; n'ayant en permanence, avec les insignes du proconsulat, que le titre sacré de pontife, le pouvoir populaire de tribun et quelques désignations honorifiques ; vivant, allant au Forum, votant aux comices, comme un simple Romain : qui pouvait reprocher â César le pouvoir absolu, quand il l'affichait si peu ?

Tibère commence de même : légalement parlant, il n'est guère qu'un particulier, dit Suétone; il ne veut ni temples, ni prêtres; il n'admet ses statues que comme simple ornement d'architecture. Si on l'appelle seigneur^ il se fâche ; si on dit ses saintes occupations^ il fait rayer le mot; si on s'agenouille devant lui, il se recule si vivement qu'il tombe en arrière; il appelle Rome une cité libre, et veut qu'on y parle librement ; il demande pardon à un

1 . A ces réformes se réfèrent les monnaies de Caligiila avec le bonnet de la liberté et la devise HCC, que l'on interprète rei censitœ confervator.

sénateur de le contredire : « Un bon prince, dit-il, doit être le serviteur et du sénat et de tous les citoyens, et quelquefois même de chacun d'eux; quant à moi, je ne me repens pas de l'avoir déjà dit, j*ai trouvé en vous de bons, de justes, de favorables maîtres, d Tibère n'aima jamais la pompe du pouvoir *.

En droit donc, au temps d'Auguste et après lui, l'empereur ne fut rien. Son vrai pouvoir n'avait pas même de désignation légale : le nom d'tmperator se donnait, après une victoire, même aux généraux de la république ; celui de César était un nom de famille ; celui d'Auguste, comme Dion le dit, un titre de dignité, non de puissance. Quand on voulait absolument lui donner un nom, on disait jmnceps^ le premier, comme on eût dit le premier bourgeois de la ville. « Pour mes esclaves , disait Tibère , je suis maître; pour les soldats, général {imperator); pour le reste, je ne suis que princeps *. » César n'était qu'un citoyen votant aux élections, tellement sûr^ il est vrai, de l'assentiment de tous, qu'il dispensait les autres de voter après lui; un sénateur opinant au sénat : il est vrai que le sénat ne manquait guère d*opiner comme lui. L'organisation républicaine continuait à subsister tout entière, sans pouvoir, il est vrai^ mais la seule officielle, la seule légale.

Ceci nous explique la sagesse et la timidité des empereurs au commencement de leur règne. Ils craignaient que la légalité ne se réveillât, que la fiction ne voulût redevenir vérité ; que sénat, consuls, préteurs, peuple, ne prissent leurs droits au sérieux. Comme, dans un tel système, il ne pouvait y avoir de loi de succession, et que

1. Dion, LVII; Suet., m Tib., 26, 30; Tacite, Annal., 1, i3, 72, etc. 3. Dion, LVII, p. 607. V. cette simplicité personnelle du piiiice conseillée par Mécène h Auguste. Dion, LU, p. 489 et suiv.

d'ailleurs Tesprit romain n'en admettait pas, leur légitimité toujours douteuse les tenait en inquiétude. Ils en* traient, autant que possible, dans le système de république légale conservé par Auguste, s'abritaient sous la nullité officielle dont Auguste leur avait montré l'exemple, parlaient sans cesse d'Augdste, demandaient tout au sénat^ s'inclinaient devant les consuls, faisaient ainsi sans bruit et sans orgueil le lit où devait dormir en paix leur puissance, s'établissaient commodément sur l'estime, l'approbation, la reconnaissance * ; en attendant que, enivrés à la coupe du pouvoir, ils comprissent autrement le priticipaty de la simplicité d'Auguste passassent à la divinité de Caligula, d'empereurs- citoyens devinssent et se fissent proclamer plus que des rois.

Il y avait une autre cause à cette modération. Légalement parlant, César était pauvre; les citoyens romains, je l'ai dit, c'est-à-dire les plus riches propriétaires de l'empire, échappaient à l'impôt ou au moins à l'impôt personnel; les terres d'Italie échappaient à l'impôt foncier; chaque partie de l'empire, payant ses propres dépenses, donnait peu au budget impérial. Mais, despotiquement

1. M. Merivale est de mon avis [Hisiory of ihe Roman under ike empire, ch. 32), et cette légalité du gouvernement des empereurs k leur début, lui fait même une si singulière illusion qu'il professe qu'a il serait dimcile de montrer aucun gouvernement ancien ou moderne dans lequel les prescriptions de la loi aient été plus fidèlement observées que dans l'empire romain depuis Auguste jusqu'à Pertinax, » (Il n'y a pas grand mérite à observer une loi qui^. au fond, n'oblige à rien.) « Les empereurs, iyoute-t-il, avaient pour la plupart une conviction profonde de leur assujettissement moral aux principes d'un ordre établi. 1^ majesté du sénat qui leur transférait le pouvoir, qui ratifiait leurs actes et qui élevait des autels en leur honneur, leur imprimait un sentiment de crainte respectueuse, que les serments et les sanctions religieuses d'un couronnement chrétien n'ont pas toujours su inspirer. » I^ suite de mon récit va faire voir ce qu'était cette crainte respectueuse (aire). Sans être Anglais ni anglican, j'avoue que les sermeuts de la reine Victoria h sou sacre me semblent une garantie plus grande que la dévotion d'un Caligula envers la majesté du séuat qui la fait empereur et qui l'a fait dieu.

parlant et avec le système de Tibère, César était riche; les procès de lèse- majesté lui ouvraient tous les trésors du monde. Aussi, tant que l'argent ne manquait pas. Tempereur était-il doux et modeste; il suivait les traditions d'Auguste. Mais quand les profusions du cirque, quand des constructions insensées, quand des repas où se consumait le revenu de deux ou trois provinces, avaient épuisé le trésor^ il fallait bien en revenir aux ressources de Tibère, demander secours à la confiscation et aux délateurs, et comme disaient nos gens, battre monnaie en place de Grève. Les empereurs modérés furent toujours des princes économes ; Tibère seul^ chez qui la tyrannie était un sys* tème, fut à la fois parcimonieux et sanguinaire.

Sous Calue, il y eut donc un moment où le monde respira. Galus ouvrait les prisons et rendait à la liberté les victimes de Tibère ; il rappelait les exilés de Tibère ; il réhabilitait ses proscrits ; il recrutait l'ordre des chevaliers et le sénat que les proscriptions de Tibère avaient dépeuplés. Il satisfaisait le sentiment public en même temps que ses propres sentiments de famille en allant lui-même chercher dans les lies où ils avaient péri les os de sa mère et de son frère Néron, en réhabitant leur mémoire, en réunissant leurs cendres dans le mausolée d'Auguste ' . Il honorait sa grand'mère Antonia, mère d'Auguste, en la &isant prêtresse du dieu son oncle. Descendant par sa mère d'Auguste, par son père de Livie, il avait une réparation à ofrir à la postérité d'Auguste comme à la postérité de Livie, proscrits l'un et l'autre par Tibère. On put croire un moment que le règne du sang et des délateurs était fini '.

1. Les épitapheB que nous avons citées (t. I, p. 30o) de Néron, de Drusii», d'Agrippine, datent de celte époque.

2. y. Suétone, 14, 15. Dion Joseph, Anliff., XVIII, 8. Pliilon, de Lcfjut.

Un écrivain qui n'habitait point Rome, ee centre de toute adulation et de tout mensonge, décrit ce bonheur comme il eût décrit l'Âge d'or : « Les Grecs n'avaient point de querelles avec les barbares, ni les soldats avec les citoyens. On ne pouvait assez admirer l'incroyable fâicité de ce jeune prince; il avait d'immenses richesses, de trèsgrandes forces de terre et de mer; de prodigieux revenus lui arrivaient de tous les coins du monde; son empire avait pour seules bornes le Rhin et TEuphrate au delà desquels ne sont que des peuples sauvages, les Scythes, les Parthes, les Germains. Ainsi, depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher, sur le continent et dans les lies, au delà même de la mer, tout était dans la joie. L'Italie et Rome, l'Europe et l'Asie, étaient comme en une fête perpétuelle; car, sous aucun empereur, on n'avait eu tant de repos et une aussi paisible jouissance de son bien. Ce n'étaient, dans toutes les villes , qu'autels , victimes , sacrifices , hommes vêtus de blanc et couronnés de fleurs, jeux« concerts, festins, danses, courses de chevaux. Le riche et le pauvre, le noble et le plébéien, le maître et l'esclave, le créancier et le débiteur, se divertissaient ensemble comme au temps de Saturne \ » Cela dura sept mois.

Mais, à force de débauches et d'excès de tout genre, le prince tomba malade, et le monde, ne sachant en quelles mains il allait passer, se désespéra. Tout fut en deuil ; on passait la nuit aux portes du palais, des hommes vouaient leur vie pour celle du prince. Calus guérit; mais sa maladie fut comme celle de Louis XY : le jour oà tout un peuple lui donna le nom de bien-aimé, il cessa de le mériter.

Je me permets de croire aussi que Calus en resta fou.

i. Philon, de Legatione, ch. i.

Dès son eofanœ, il avait été siqet àl'épilepsie : il était, au moral et au physique , d'une nature toute discordante ; tantôt supportant les plus grandes fatigues, tantôt ne pouvant se soutenir; avouant même un germe de folie et songeant i s'enfermer pour prendre de Tellébore. Doué d'une organisation terrible et maladive, il dormait à peine trois heures d'un sommeil troublé par des apparitions et des rêves au milieu desquels on l'entendait s'entretenir avec rOcéan ; il passait des nuits à se promener sous de vastes portiques, attendant le jour, l'invoquant et l'appelant i haute voix*.

Et de plus^ il faut songer h ce que devait être pour un homme jeune, pour une imagination ardente et gigantesque au milieu de sa dépravation , pour une tète fatiguée par sa vie de dissimulation et son perpétuel danger sous Tibère , l'étrange position d'un empereur romain. L'empire était quelque chose de trop nouveau pour que personne, même un César, fût familiarisé avec la pensée de mener tout l'univers comme un troupeau.

Lorsqu'à Rome vous arrivez sur cette partie du mont Palatin^ qu'on appelle, je crois, la villa Mills, et que vous montez sur un petit belvédère placé au milieu de cette enceinte, uu grand spectacle s'offre à vos regards. Encadrée par un cercle de mont^Btgnes bleues et couronnées de neige, entourée par ce magnifique désert qu'on appelle la campagne romaine, Rome, la vieille Rome est à vos pieds. D'un côté vous avez cette large vallée, déserte aujourdliui, qui était le grand cirque de Rome et qui en garde les formes principales. De l'autre côté, le Forum avec les débris qui l'environnent, et qui semble presque dispa-

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