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Senec, de Ira., II, 33; Suet., m Calig

ui dire qu'il était fou ; Caligula lui pardonna, selon Dion, «parce que cet homme était cordonnier, et que les tyrans souffrent chez de telles gens plus de liberté qu'ils n'en souffriraient chez d'autres*.» Cette politique simple et facile ne passait pas l'esprit de Calus.

Du reste^ cette politique démocratique n'empêchait pas l'homme de sang de se faire partout et toujours sentir. Il n'y eut personne, dit Suétone, de condition si basse à qui il ne voulût du mal. Le théâtre était le lieu de ses querelles avec le peuple. Caligula avait fait du théâtre un devoir. Comme il permettait d'y venir en sandales et sans s'arrêter même pour saluer l'empereur ; comme des jours de spectacle il avait fait des jours de fête où il n'était pas même permis de porter le deuil de ses parenls ; comme il avait abrégé même le deuil des veuves afin qu'elles ne s'en fissent pas un prétexte pour manquer le spectacle ; comme en fin, pour qu'on n'y souMt pas du soleil, il avait bien voulu y permettre l'usage du chapeau thessalien : après tant de marques de sa bonté, il se croyait bien en droit de trouver fort mauvais qu'on se dispensât du spectacle, qu'on arrivât tard ou qu'on partit avant la fin. Mais comme, d'un autre côté, il avait des caprices ; comme parfois, aux jours les plus chauds, il faisait retirer le velarium qui abritait les spectateurs ; comme il changeait l'heure des jeux, et souvent les faisait faire de nuit : le peuple se permettait d'être inexact ; le peuple, qui avait conservé une certaine liberté au théâtre, ne favorisait pas les mêmes acteurs que César ; le peuple était au cirque d'une autre faction que César; le peuple, enhardi parce qu'il était en foule, se levait, et â grands cris nommait et menaçait les délateurs.

1 Diou, LIX, p. eM\

SON GOUVERNEIIENT A ROME. 21

CaXus s'irritait alors, faisait firapper à droite et à gauohe dn bâton et même de l'épée. Si au moins, criait-il, vous n'aviez qu'une seule tète ^ !

Il haïssait tant son peuple et son peuple tout entier, qu'il regrettait que son époque ne fût marquée par aucune calamité publique : a Sous Auguste, la défaite de Yarus ; sous Tibère, la ruine du théâtre de Fidènes, avaient au moins illustré leurs règnes. » En vain faisait-il quelquefois fermer les greniers de Rome pour affamer le petit peuple ; qu'étaient-ce que ces calamités factices ? Son temps était trop heureux ; son nom allait être voué àToubli.

Tout cela, c'est simplement le besoin, poussé jusqu'à la démence, de l'extraordinaire et de l'étrange. Ce besoin ^ Gains cherche d'abord à le satisfaire par des spectacles. Il y a toujours eu sympathie entre les tyrans et les saltimbanques. Quand on ôte à une nation. sa liberté^ son patrimoine, son droit de famille, son Dieu, on lui donne des spectacles et tout est dit. Ce ne seront donc que gladiateurs, combats de bètes, drames, pantomimes; le cirque est rempli le matin, il n'est pas encore vide le soir. C'est d'abord la chasse aux bètes féroces ; 400 ours, 400 autres bètes y sont tuées à chaque fois; puis la course de chars où nul n'est admis à servir de co« cher s'il n'est sénateur ; la poussière du cirque est parsemée de miniimi et d'une poudre brillante* Vive le dieu Calus, le patron des farceurs, le protecteur des bouffons, Tami, le commensal, le convive des cochers de la faction verte, avec qui il soupe dans l'écurie ! Croyez-vous qu'il ne sache pas récompenser les talents? Apelle, le tragédien, est son consmller intime ; Cythicus, le cocher du cirque, pendant une orgie, a reçu de lui deux millions de sesterces (SSO^OOO fr.)

4. Senee., Oe M., III, \9; Suei., m CaUg., 30; Dion, LIX, p. 645,649, 050.

22 CÂUaULÀ.

mx aa ea^sette. Voyez Incitatus , à qui les libéralités de César ont fait une fortune ; qui a des manteaux de pourpre, un collier de pierres précieuses, une maison, des esclaves, un mobilier ; qui invite à souper et traite magnifiquement sea eonvives. Qu'Incitatus dorme en paix^ les soldats sont 1^9 et, pour ménager son sommeil, imposent silence à tout le quartier ; Incitatu^ va être consul ; il a une écurie de marbre et un râtelier d'ivoire ; Incitatus est le cheval de César * . -^ CaXus a donné des jeux à la Sicile, il en a donné à la Gaule, il n'en refuse à personne. A Rome, il y a des spectacles tout le jour, ce n'est pas assez, il y en aura la nuit ; toute la ville sera illuminée. — Venez plus loin : si Calus quelquefois affama le peuple, aujourd'hui il le nourrit; il lui jette des vivres, des fruits, des oiseaux, de Fargent, de l'or ; il y mêle des couteaux aiguisés ; pardon* asA-lui, c'est un caprice.

Le théâtre d'ailleurs lui est précieux, non -seulement cosame lieu de divertissement , mais aussi comme lieu de supplice. Il a été autorisé par le sénat à faire descendre dans l'arène, à fsdre combattre homme par homme ou peloton contre peloton, qui il voudra. Un jour^ vingt-âx chevaliers y périssent, et l'horrible joie de Caligula à la vue de ee sang versé est quelque chose de plus hideux encore que cette boucherie. 11 en accuse un autre d'outrage- eB* vers Agrippine sa mère : il le fait combattre ; vainqueur^ il le fait juger et condamner. Quand les combattants majtqMut^ il sabit un homme dans la foule, lui fait couper ht langue pour l'empêcher d'en appeler au peuple, et le Sût jeter aux bètes^. Tout cela est incroyable^ dira-t-on. Pourquoi Dion eùt-il inventé tout cela, si tout cela, qxl temps où il

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