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Suet, in Calig

% DiOB, LIX, 9.

irbfëiï, eût «té chose impos9iblè?Non, rien ii'èst itièfoyàblé ; nos hétèux sauront peut-être ce qu'est , dafa^ une société noh chrétienne, un maître absolu et soi-disant civilisé.

Galiis fcbèi'cherd même dans une sphère un peu plus hàtite l'eitreiordinaire et l'étrange qu'il cherche au thé&tre. Il y fil en Itii une sorte d'ambition et dé jalousie universelle; il faut qu'il soit le premier en toutes choses. Il est jaloux d'Homère et de Yirgile, il reîlvèr^ 6t défigure les statues des hommes illustres. La noblesse est en coupe réglée, elle expie chaqtie jour son fiLùcienne puissance, ses patrimoines enrichissent le fisc ; mais il lui reste ses souvenirs; les Torquatus ont le collier que leur ancêtre enleva à un Gaulois, les Cincinnatu? ont pour iûèignle la longue chevelure de leurs aïeui, les Pompées ont gfiu*âé le surnom de Grand. Tout ce blason fait ombrage à Calus, il l'abolit. 11 porte envie à tout ce t[lû se distiirgue, même à la robe de pourpre du roi àfrïcàih Holémée^ qui détourne les regsirds de la foule et la dîstràitf des jeux que son prince lui donne. Un homndè est ^é'gant cKf bien peigné, il lui fait rfiiser la tête par derrière ;— un autre est grand et beau, il l'envoie combattre contre léH ghdiàteurs ; vainqueur, il le fait moui^ir. — Uu jc^uï, Utf esdave, vaiUqueùr au cirque, est affranchi par son meStté ; le peuple applaudit stvec transport : CaïcÉs est indigné, ïï iarut quou ne voie, qu'on n'admire que lili ; iî se jette hoirâ àa èirqoév descend les degrés à la h&te, foulé âUx pieds là frange de sa robe : « Le peuple-roi aura doûc plus ^honïmages pour un gladiateur que pour la personne saci^ë dé ses princes, que pour moi, présent devant lui ? ^

Gelur ^i peut tout ne doit- il psis avoir tous lé^ fàtêfbfë T li eiit gladiateuTy chanteur, cocher. Au thé&tré, il acc<)ttill^gtie lA voit de TactéUr ; il répété son geste, il le corrige.

24 CAU0ULA.

€haque empereur a eu sa manie : Tibère, la grammaire et les grammairiens, Claude, la rage déjuger; mais TarnbitioD la plus commune de ces maîtres du monde fut celle du cirque et du théâtre. Ceux qu'on applaudissait tant après eux et devant eux, ceux qui faisaient la fureur du consul et du crocheteur, de la matrone et de l'esclave, — le comédien, le bouflfon, VagitatOTy le pantomime, — leur inspiraient plus de jalousie que les grands hommes et les rois; c'était une gloire qui ne pliait pas tout à fait devant la leur, et le reste de liberté, que le peuple gardait au théâtre poussait instinctivement le prince à s'y faire applaudir. Au milieu de la nuit, Calus mande auprès de lui trois consulaires ; les malheureux arrivent tremblants ; un pareil message ne leur semblait que trop clair. On les fait entrer, on les place tout gelés de peur. Tout à coup se fait entendre un bruit de flûtes et de castagnettes : CaXus parait avec une longue tunique et la robe flottante du tragédien. Il monte sur un tréteau, danse un ballet, chante un air et renvoie ses auditeurs encore tout tremblants.

Mais sa grande passion fut pour l'éloquence. Il avait une parole naturellement forte , ardente , impétueuse : c'était une nature bizarrement hardie que la sienne. Lorsqu'un homme était accusé devant le sénat, Calus songeait au parti qu'il devait prendre, l'accusation ou la défense , selon que l'une ou l'autre irait mieux à sa phrase. Quand il avait choisi, il faisait ouvrir aux chevaliers les portes du sénat ; il invitait par ordonnance avenir l'entendre.

Il ne tint pas contre le désir de jouter avec l'homme qui passait pour le premier orateur de son siècle, Domitins Afep. Domitius avait eu beau lui élever une statue ; il ne pouvait échapper à cette joute fort désirée de Calus, fort

sérieuse pour lui, car en tous cas mort devait s'ensuivre. On le chicana sur je ne sais quelle inscription de sa statue » il fut dénoncé devant le sénat. CaXus voulut être son accusateur ; il avait tout prêt un magnifique discours, et le débita avec grande chaleur et grande solemnité. C'était au tour de Domitius de répondre ; mais il se garda de le Mre^ il était trop ému, trop rempli d'admiration, il n'eut de parole que pour louer son éloquent accusateur, répéter chacune de ses phrases, s'enthousiasmer sur chacune de ses périodes. « Mais ta défense, lui criait-on, ta défense ! » Sa défense ! 11 se jeta aux genoux de Caligula, il le supplia, ce maître de l'éloquence, de pardonner à un pauvre écolier comme lui, pria, pleura; et Calus, tout ému d'un si manifeste triomphe, lui pardonna et le fit consul.

Ce n'était rien encore que ces triomphes, d'autres les avaient remportés avant lui. Chanter au thé&tre, lutter dans Tarêne, triompher au sénat par la parole ! tout cela était humain et possible. La passion de CaXus était pour l'impossible et le surhumaine Ce fut toujours, du reste, la folie impériale ; en contemplant le monde du haut de ce pic gigantesque où ils étaient placés, les Césars avaient dû le voir tout autre que nous ne le voyons, et, mesurant toutes choses à leur grandeur, ils les trouvaient petites et mesquines ; chez eux , la manie du grandiose, innée chez les Romains, devint une rage pour Timpossible. Néron s'adressa à la magie pour la satisfaire, Calus à la force ; l'un plus instruit , plus artiste , plus curieux ; l'autre affectant davantage l'énergie, la puissance, la virilité.

S'il voulait une villa , il la lui fallait en pleine mer, sur une digue jetée là où les eaux étaient plus pro-

1. Nîhil tam efHeen oonoopiscebat, qriàm quod efBoi powe negaretur. (Suet., tfi Calig.j 37.) NérOn aussi était incrediàilium eupitor, (Tacita.)

26 CÀLIGtJLA.

fondé!» et t>lw oi^^eudeil , là oft lé hochet cédait au t>ic avec plui de peine ) il la Ini fallait Hut une cime de môhtagne nivelée par des déblaiements, sur une vallée exhaussée au niveau deis montagnes : tout cela se faisait avec une vitesse inôroyable ; là paresse était pilnie de mort. I>ans ses bains, c'étaient dès parfums précieux ; à ses repas, des meté étranges et Inouïs, tl buvait des perles dissoutes dans du vinaigre, tai^it sertir à ses convives des pains et des mets en or. Il avait fait faire des navires immenses dont la carcasse était en cèdre, la poupe couverte de pierres précieuses, les voiles de couleurs brillantes ; sur ces palais flkyttants, il avait des thermes, des salles de festin, des portiques, il avait dé la vigne pendante sur sa téte^ des arbres qui sebalatnçaient avec leurs fruits. Aumifieù de ces délice, il passait des jours à se faire porter le long des côtes de Campanie, au son des instruments, au bruit des châ^urs^, jouissant à la fois de la terre et de là mer, comme maffa^ de Tune et dé Tautre. Ce n'est pai^ assez : élever une viDe a» sdmmet des Alpes, péréer l'isthme de Corinthe, faire de Tor ', c'est se séparer encore plus de la pauvre humatiité, c'est vaincre les dieux, tialu^ le fera. Calus l'aurait iait, si par bonheur on lui eût laissé le temps.

L'astrologue Thrasyllé ne disait-il pas sous libéré que Calus ne régnerait pas plus qu'il ne galoperait sui^ le ^olfef de Bafes ? Eh bien ! Calus va galoper sur lé golfe. BepvSÉ ftittles' jusqu'à Pousoôles, sûr une longueur de phi^ d^uûé lieué, il fera un pont sur la mer. Il rassemble dé fèi^fes parts des vaisseaux dé charge^ les fait aûcrer silà^ deûsr rangs ; et sur eux élève, noÉ pas son pont, maië M rmAd,

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