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Voici un métier qu'il fit encore, moins inf&me^ également étrange. Après avoir aimé ses trois sœurs plus que des sœurs ne doivent l'être, et leur avoir décerné les honneurs des vestales', après avoir fait de Drusille morte une déesse^ il s'avisa de trouver Agrippine et Julie complices de conspiration^ révéla toutes leurs infamies, fit périr ceui qui en avaient été les complices * ; obligea même Agrippine, après qu'il eut fait mourir Lépidus, son amant, de porter elle-même jusqu'à Rome l'urne où étaient les os de Lépidus ; l'exila ainsi que Julie, s'empara de tous leurs biens (39). Mais que faire de tant de dépouilles ? Il n'était pas assez riche pour les garder. Les vendre ? L'énormité des confiscations pouvait avoir fait baisser le prix des biens. Que dis-je? il les vendra, mais il les vendra, lui en propre personne, recevant et proclamant les enchères. Ainsi^ toutes les richesses de ses sœurs, leurs mobiliers, leurs parures, leursesclaves, leurs affranchis, tout affranchis qu'ils étaient, furent adjugés à des prix immenses. Cette admirable découverte ne pouvait en rester là. Il avait bien autre chose à vendre ; en Gaule, des biens énormes confisqués sur les principaux du pays; ailleurs, nombre de gladiateurs, restes des jeux qu'il avait donnés, objet d'un débit excellent ; en Italie, le mobiUer magnifique qui, accumulé par
1. Leurs trois têtes sont réunies dafts un beau camée appartenant à Veatpereur de Russie (Viscooti^ Icon.rom., t. II, pi. 25)/ et au revers d'une monnaie de Galigula, où elles personniflent la Sécurité, la Piété et la FortuDe. — Autre monnaie dont le droit représente Galigula et Drusille, le revers Agrippine et Julie. — Camée avec Galigula et Drusille (Id., ibid,) — Quant à l'apothéose de Drusille, voyez les monnaies des villes grecques avec Bul ApouoiXXa — ApouoiXXft A^po^irn.
2. M. iEmilius Lepidus, veuf de Drusille, et Cn. Lentulus Gaetulicus, qui avait échappé à force de hardiesse aux proscriptions de Tibère {V, i, I, p. 345) périrent à cause de cette conspiration. Suétone, d. Dion, p. 657^ et Vatê^ cription des frères Arvales, datée du 27 octobre (39), rendant grâces on détecta NEFARiA coN (silis) Cn. Lentvli Gae (tulicî), Marini, Tab, VII.
deux Césars, garnissait les palais impériaux : a Que to«t cela vienne à la vente ; le grand marché est dans les Gaules ; il faut toutes ces richesses au marchand César. — Mais les voitures, les chevaux manquent. — Prenez les voitures de louage , prenez les chevaux des moulins. — Mais les plaideurs cités ne pourront venir à l'audience, mais le pain manquera à Rome (les moulins étaient mis en mouvement par des chevaux). — Qu'importe ? ainsi le veut lesalutdeTÉtat*. »
Voilà donc César commissaire-priseur, tenant hautes les enchères, vantant sa marchandise, encourageant les acheteurs qui hésitent; havard, facétieux, ne vendant guère à moins de quelques cent mille sesterces, déployant toute la faconde du genre, plus l'argument sous-entendu de la hache impériale : a N'avez- vous donc pas honte, avares que vous êtes, d'avoir plus de fortune que moi ? Voyez où j'en suis réduit. Livrer au premier venu le mobilier sacré des princes ! Je m'en repens, en vérité. ... Ne dtonnerez-vous pas cette misère pour un meuble qui vient d^Auguste?... Ceci servait à Antoine ; pour l'amour de l'histoire, achetezle Et loi, mon ami, prends cette bagatelle: 200^000
sesterces. Tu es de province ; tu n'as pas donné moins que cela pour souper chez César, tu souperas chez César, luimême t'invite Crieur, que fais-tij donc? Ne vois-tu pas
qu*Aponius hoche la tête ? il accepte mon prix. Treize gladiateurs pour 9 millions de sesterces (2,370,000 francs) ! » Aponius quidormait, s'éveilla ruiné. D'autres, forcésd'acheter (et il n'y avait pas à rabattre des mises à prix de César), sortirent de la salle de vente pouraller s'ouvrir les veines*.
Pour cette fois, Calus devait avoir de l'or ; l'or affluait à
f. Suet, in Calig.,:^9.