‹ Les CésarsChapitre 178 sur 321 · Dion, ibid.; Ju vénal, Satire · texte numérisé non relu

Dion, ibid.; Ju vénal, Satire

se reposait pas. Vousavez vu le commencement de sa corné* die guerrière : voici le farceur impérial sur un nouveau tréteau. C'est la Bretagne qu'il veut conquérir (an 40), la Bretagne abandonnée par la politique romaine depuis la victoire équivoque de Jules César, interdite par Auguste à ses successeurs ; conquête lointaine, stérile, pleine de dan* gers. Son armée est rangée sur les côtes ; ses machines de guerre sont disposées. Caïus est sur son vaisseau, il s'avance en mer ; chemine un peu, puis s'en revient ; — la guerre est finie. 11 n'a pas vaincu la Bretagne^ il a vaincu l'Océan (c'est-à-dire le Pas-de-Calais ou laManche) . Il monte sur son trône : « Chargez-vous, dit-il à ses soldats, des dépouilles de l'Océan, elles sont dues au mont Palatin et au Capitole. » Après cela, il leur fiait ramasser des coquilles, et bâtit un phare comme monument de ses exploits *.

Après tant de victoires, il voulait un triomphe. « Qu'il soit inouï de grandeur et qu'il ne coûte pas cher, écrivait-il à ses intendants ; vous le pouvez ainsi, vous avez droit sur les biens de tous. » Des trirèmes sur lesquelles il avait vaincu l'Océan devaient être amenées par terre d'Ostie & Rome. Mais il lui fallait des captifs à mener à sa suite, et il n'avait pas fait de prisonniers. Rien n'embarrasse ce hardi bouffon ; il n'a pu prendre des Germains, il prendra des Gaulois, choisira les plus grands et les plus beaux (bon mobilier de triomphe, disait-il), laissera croître et fera teindre leurs cheveux pour leur donner le roux germanique et la longue crinière des barbares, leur imposera des noms germains, leur fera apprendre la langue. Sotte et perpétuelle comédie que la vie de cet homme ! Voici une autre plaisanterie qui, sans sa poltronnerie, de-

i. Siiet., in Cafig.j iH, 47. Dion, ihid.

venait sérieuse. Il se souvint un jour que plusieurs légions s'étaient mises en révolte après la mort d'Auguste ; que, tout enfant alors, il avait été menacé ainsi que son père Germa* nicus ; il voulut faire égorger ces légions, et ce fut à grand'* peine que l'on obtint de lui de les décimer seulement. Il les rassemble donc comme pour les haranguer, sans armes et même sans épées, les fait entourer par la cavalerie ; ces braves gens soupçonnent le danger, s*éloignent à temps, courent retrouver leurs armes. Caïus s'effraie, s'enfuit, prend le chemin de Rome, cherchant sur qui se venger, et trouvant sous sa main la perpétuelle victime des empereurs, le sénats

Le sénat était fort embarrassé : il avait envoyé une dé* putation à Caïus ; Caïus l'avait mal reçue, ne Tavait pas trouvée assez nombreuse^ s'était fâché surtout qu'on y eût mis Claude, son oncle, quoiqu'il eût défendu au sénat de conférer & ses proches aucun honneur. Il se plaignait qu'on n'eût pas fait assez pour son triomphe, et^ d'un autre côté, menaçait de mort quiconque lui parlerait de nouveaux honneurs. Le sénat, bien humblement, bien respectueusement^ lui envoya une députation nouvelle pour le supplier de revenir. « Oui, je reviendrai, dit-il, et celle-ci avec moi (en frappant sur la poignée de son épée). Je reviendrai pour ceux qui souhaitent mon retour, pour les chevaliers et pour le peuple ; quant au sénat, je ne serai plus ni son concitoyen, ni son prince *. »

Et en effet, si ses guerres avaient été plaisantes, son letour à Rome fut sérieux. Il ne voulut pas de triomphe; il défendit qu'aucun sénateur vint au-devant de lui. Il avait deux livrets, appelés le Glaive et le Poignard ; on y trouva

Page 1