‹ Les CésarsChapitre 18 sur 321 · Id., III · texte numérisé non relu

Id., III

éhontés pour mettre l'enchère sur les lûens des proscrits, assez paissants pour compter qu'ils les garderaient.

Du reste, la rage des guerres civiles n'avait pas arrêté un instant la passion du luxe. Ce qui demeurait de vieux patriciens se ruinait à lutter contre la noblesse de magnificence privée et de corruption politique. La noblesse ellemême consumait ses biens dans ces doubles profusions de la vie publique et de là vie privée. Bien des riches endettés liquideraient encore une honnête fortune, s'ils consentaient à une vente : mais se séparer de cette belle villa ! dire adieu à cette piscine où se jouent les dorades et les murènes! laisser mettre aux criées cette volière magnifique ! laisser détruire ce parc aux huîtres dans le Lucrin, où les huîtres delà Grande-Bretagne viennent se rafraîchir et s'engraisser pour la bouche du seigneur! Mieux vaut jouer sa vie, se faire gladiateur ou conspirer avec Catilina. Le Romain nouveau tient à son parc comme le vieux Romain tenait à son champ.. Il faut toujours que cette nation ait racine dans le sol. Le luxe à Rome s'immobilise, et, conmie le pouvoir, veut être éternel.

Quant à l'Italie, il est vrai que, malgré Sylla, elle est en bonne partie romaine, qu'elle a le magnifique privilège de faire 40 ou 80 lieues pour exercer à Rome son de-- *mi-millionième de souveraineté par tête, et donner avec les dernières tribus un vote perdu au milieu des clameurs du Forum. Mais ce n'est là que la liberté légale, et la liberté légale toute seule est bien peu de chose. Plusieurs villes d'Italie ont même préféré à cette liberté romaine leur liberté municipale; à cette association à xm grand tout, une existence inférieure, mais qui leur est propre : elles n'ont pas voulu du droit politique de Rome, parce qu'en même temps il fallait subir les rigueurs et les subti-

ités de son droit civil ^ Ce qu'il faudrait être, ce n'est pas seulement citoyen, mais habitant de Rome : et Rome ne saurait contenir tous ses citoyens.

Que devient donc la race agricole? Une grande partie a péri sous le fer de Sylla, une autre portion dans les légions romaines au bout du monde. Ce qui reste, chassé de la culture, sollicite la gr&ce de partager avec les esclaves la garde des troupeaux (dernière et pitoyable ressource de la race libre que César tâchera de lui assurer, en ordonnant que le tiers au moins des pâtres ^ soit pris parmi les hommes libres). Et souvent le péitre, ayant perdu son troupeau, gagne des cimes plus désertes, se fait brigand et détrousse les voyageurs aux portes mêmes de Rome ^. L'esclave fugitif, Taffranchi sans argent, le vétéran évincé, le débiteur poursuivi, les mille outlaws d'une civilisation comme celle de Rome se joignent au pâtre et au laboureur dépouillé : danger permanent, éternels instruments de guerre civile ; premiers aïeux des bandits des Abruzzes. Grâce aux usurpations des riches, grâce aux massacres de Sylla, l'ennemi des riches, l'Italie demeure dépeuplée.

Tel est donc, vers le temps où César commence â se montrer, le dernier état de la Péninsule : la yiQiW&plebs romaine, la forte race des soldats et des laboureurs italiens détruite ou disséminée ; — dans les campagnes, des cultivateurs esclaves, donnant une culture insuffisante et improductive ; — beaucoup de terres abandonnées aux troupeaux, à leurs pâtres et aux bandits ; — dans quelques villes opulentes, un reflet de la richesse et des misères de Rome : —

1. K. œtie interprétation de la loi Julia ;trè»*bien établie : Giraud, il, 3, § 3, d'après Gicéron, pro Balbo, 8.

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