Suet., in Aug.y 49; in Tiber., 37. Tacite, AnmL^ IV
2. Neuf ou dix cohorte». V. Tacite, Annal, , IV, 5; Suet., in Aug,, ibid.; Dion, LV, 24.
§ P^ — CLAUDE SOLS l£ GOUVERNEMENT DE MESSALINE.
Étrange famille que celle des Césars! elle avait absorbé dans son sein les plus grands noms de Tancienne Rome, les Claude, les Domitii, les Silani; les noms les plus illustres de la Rome nouvelle, les Octave, les Agrippa. Mais que devait produire ce mélange? Ces hommes si bien élevés, si polis, sont des barbares pareils à nos rois barbares de la première race ; c'est l'histoire de la famille de Clovis, des Hranim et des Hilprik au vf siècle, et encore^ moins le Baisse la tête^ fier Sicambre.
Je ne connais pas, même dans Tacite, de page plus simplement éloquente que la sèche et technique généalogie des Césars. On voit là tout grossièrement et sans phrases cette famille confuse ; cet abus des adoptions et des divorces qui mêle les noms et le sang ; ces femmes aux trois ou quatre maris, ces empereurs aux cinq ou six femmes. Celui-ci a été empoisonné par Séjan ; cet autre a reçu l'ordre de mourir. Julie la mère, après trois mariages, a été bannie par son père pour ses débauches, et Tibère l'a fait mourir de misère à Rhégium. Julie la fille, convaincue d'adultère.
a vécu misérablement reléguée dans une lie. Junia Calvina a été exilée comme coupable d'inceste. Deux des sœurs de Calus ont subi la même peine, et Tune d'elles, exilée deux fois à vingt-quatre ans, a fini par être tuée dans son exil. Les amants de toutes ces femmes ont été punis de mort par le rigorisme des Césars, tandis qu'en même temps des temples s'élèvent et l'encens fume en l'honneur de DrusiUe, maltresse de son frère [scortum fratins.)
Les enfants ne sont pas mieux traités que les femmes: la petite Drusille est à deux ans tuée comme complice de son père Calus; Claude jette nue sur le seuil de sa maison une fille de sa femme qu'il ne croit pas son enfant. Au début du règne de Tibère, Agrippa Posthume ; au début du règne de Caîus, le jeune Tibère, sont immolés comme premier gage de sûreté. Dans cette demeure du mont^Palatin, toute resplendissante d*or, voici la crypte où Calus a été massacré ; voici le cachot où le jeune Drusus est mort, mangeant la bourre de ses matelas et maudissant Tibère; voici la salle du festin où a été empoisonné Britannicus, le jardin où l'on a tué Messaline. Messaline, Britannicus, Agrippine, ont été supprimés [sublati) par leur mari, par leur frère, par leur fils; et l'empoisonneuse Locuste est longtemps considérée comme un moyen de gouvernement *.
Que serait-ce donc, si toutes les grandes maisons de Rome nous étaient ouvertes comme le palais des Césars? si nous avions, pour nous conduire dans ces riches demeures où l'on faisait l'orgie en attendant le billet doux de l'empereur, ce terrible cicérone, Suétone, qui ne nous fait grâce ni d'un on dit, ni d*un présage, ni d'une turpitude !
1. Diù inter instrumenta regni habita. (Tacite, Annal., Xll^ 66.)
Que de secrets depuis Tatrium où recevait le maître, jusqu'au grenier où dormaient les esclaves! Tacite, du reste, nous eu apprend assez: une Lépida, la fille de tous les Emilius, petite-fille de Sylla et de Pompée, accusée à la fois de supposition d'enfant, d*adultère, d'empoisonnement, de sortilège, arrive au théâtre suivie de toutes les femmes nobles de Rome, pleure, supplie, invoque ses ancêtres, atteste l'image de Pompée, arrache au peuple ému des imprécations contre son mari qui l'accuse; et cependant, convaincue par les révélations de ses esclaves, finit par être exilée ^ Un enfant, un Papinius, d'une famille consulaire, « choisissant une mort hideuse et soudaine, se précipite d'une fenêtre : » et qui en accuse-t-on, sinon sa mère « qui, depuis longtemps répudiée, avait, par le luxe, par, de funestes obsessions, poussé ce jeune homme à de tels désordres, que le trépas seul pouvait le dérober à ses remords? Elle fut exilée de Rome pendant dix ans, jusqu'à ce que son second fils eût passé l'âge dangereux de la jeunesse*. » Tacite est plein de pareils faits. * Et les crimes si multipliés chez les grands n'étaient pas plus rares chez le peuple. Lorsque Claude, moins par une sévérité d'honnête homme que par une curiosité d'antiquaire, rétablit l'ancien supplice des parricides, et les fit jeter à la mer, liés dans un sac avec une poule, une vipère et un singe, on observa qu'en cinq ans il y eut un plus grand nombre de pareils supplices qu'il n'y en avait eu pendant des siècles : le temps vint ensuite où, dit Sénèque, on vit plus de sacs que de croix, c'est-à-dire plus de parricides que d'assassins^. En une seule fois, pour combattre