Dion, iM
juges^ les avocats, les greffiers. Son tribanal est vide et l'attend; les avocats, ses amis, s'inquiètent de l'absence de ce Perrin Dandin de Rome^ qui juge au Forum, juge dans sa chambre, juge les jours de fête, et ne laisse pas chômer leurs voix enrouées.
Claude n'est pas un procureur comme Tibère, il juge en équité, il ne se plie pas à la lettre de la loi ; aussi les pauvres jurisconsultes sont-ils délaissés dans leurs demeures, où l'on ne vient plus les consulter. Les avocats triomphent, leur phrase a beau jeu, leur éloquence nage dans le libre océan de la justice naturelle, de la raison supérieure à la loi, de l'esprit a&anchi de la lettre '.
En outre, pour leur plus grande gloire, le système politique de Tibère prédomine toujours; la carrière des accusations est toujours ouverte, la rhétorique toujours hardie, menaçante, redoutée. L'action de lèse-majesté a été abolie, il est vrai ; cela eût fait une difficulté sous un prince légiste comme Tibère : mais Claude est bon empereur et juge en équité. Suilius, entouré de disciples et de rivaux, estle digne successeur de ceux qui ont créé le rôle sous Tibère.
Il y a plus, comme la défense est permise, comme dans cette vacillante domination des favoris, il y a chance de succès pour tout le monde ; non-seulement on fait le métier d'accuser pour le compte de César, et de s'enrichir des confiscations de César; mais l'avocat, payé pour accuser, payé pour défendre, se met à l'enchère, livre sa faconde au plus offrant, acheté par l'un, se fait racheter par l'autre, quitte l'accusation déjà commencée^ si la défense peut surenchérir , trahit la défense déjà entreprise, si l'accusation paie mieux.