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PONT. MAXIM. TRIB. POT. V IMP. XI PP. COS DESIG II II

ARCVS DVCTVS AQVAE ViRGINIS D1S1VRBAT09 PER C. CaESAREM

A FVMDAMENTIS NOVOS FECIT AC RE8TITVIT.

Orelli 703.

3. Anio novus, Âqua Claudia, commencés en l'an 36, achevés en 52. V. Frontin, de Aguœ ductibus, XIII, 116, 118 ; Pline, Hist. nat, XXXVI, 15. Suet., in Calig , 21, m Claud., 20. Home eut alors 3,720,750 mètres cubes d'eau par jour, 4,401,450 de plus qu'elle ne possédait sous Auguste. La lou- ^uear totale des aqueducs fut d'environ 107 lieues.

de ces travaux, et les prolétaires de Rome, qui n'avaient ni parfums à mettre dans leurs baignoires, ni vin à mettre dans leurs coupes, purent néanmoins boire et se baigner magnifiquement.

Claude reprit une autre pensée déjà remuée par César. César avait avisé, dans les gorges de l'Apennin, un lac étendu, élevé, sujet aux débordements^ dont Tépuisement lui paraissait facile et devait donner de vastes terres à la culture, préserver le pays des ravages des eailx, accroître la navigation des fleuves. Le temps lui manqua pour cette pensée comme pour bien d'autres; Auguste la rejeta, Claude la saisit.

Il essaya donc d'ouvrir aux eaux du Fucin un passage à travers les sommités de l'Apennin, et de les jeter dans le Liris^ fleuve de la Campanie. Pendant onze ans, trente mille hommes travaillèrent sans rel&che, creusant, coupant la montagne^et ouvrant un canal long de trois milles. Quand il fut achevé (c'était vers la fin du règne de Claude, peu après son mariage avec Agrippine : an S2), Claude voulut inaugurer cette œuvre d'utilité publique par une grande fête et par une fête sanglante. Tant il est vrai que nous rencontrerons toujours chez Claude ce contraste, moins étonnant pour les anciens que pour nous, d'un prince qui aime à faire du bien aux hommes et d'un curieux qui aime à les voir mourir, d'un homme qui nourrit les citoyens et qui égorge les gladiateurs, d'un philanthrope qui arrose ses bienfaits de sang humain.

Tout autour du lac, il plaça une ligne de radeaux montés par des prétoriens^ et garnis de machines de guerre. Dans ce cercle fermé d'une manière aussi menaçante , vingt- quatre vaisseaux pontés , divisés en deux flottes^ avaient encore assez d'espace pour se mouvoir.

et sur ces vaisseaux étaient embarqués dix -neuf millç hommes, tous condamnés à mort. Sur les bords, sur les collines, sur les cimes les plus proches de TApennin, une multitude de peuple était rangée en amphithéâtre; — plus près du lac, Claude avec l'habit de guerre des consuls {paludamentum) , Agrippine en chlamyde d'or. — Sortant des eaux, un triton d'argent sonna de sa conque et donna le signal du combat; et alors un cri s'éleva de cette double flotte : « Salut^ César : ceux qui vont mourir te saluent ! y> [Ave, CœsoTy morituri te salutant I)

César et le peuple voulaient avoir le spectacle d'un combat naval ; ils se le donnèrent comme tous leurs spectacles, grandiose, cruel, sanglant. Mais avec Claude, il n'était rien de si terrible où le grotesque ne se mèlàt. A ce salut funèbre , il répondit gauchement : « Je vous salue, » ou pour mieux dire encore : « Portez -vous bien. » [Avete et vos.) Et là dessus, les voilà qui soutiennent que César leur a fait grâce, qui ont la mauvaise façon de ne pas vouloir mourir; lui qui s'irrite, parle de les brûler^ de les tuer tous, s'élance de sa place, court autour du lac avec ses jambes titubantes et avinées , menace, exhorte, les décide enfin. De ce combat entre gens au désespoir, emprisonnés dans une enceinte de balistes et de catapultes, armés, mais seulement les uns contre les autres ; de ce combat qui nous eAt laissé à nous une émotion effroyable, les anciens parlent à peine. Ces criminels, dit Tacite , combattirent néanmoins en gens de cœur , et après de nombreuses blessures, ce qui demeura reçut sa grâce.

Alors on ouvrit au lac les portes du canal ; mais le canal n'était pas assez profond, le lac resta immobile. Nouveau travail, nouvelle attente, nouvelle fête; cette fois le

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lac , couvert de ponte , servira d'arène aux gladiateurs : la table est prèle, et Claude, du haut des magnificences de son festin, va voir sous ses pieds le lac entrer dans son nouveau lit. Mais le lac s'irrite; les digues trop faibles cèdent devant lui, il roule en bruissant vers le festin impérial ; la table est abandonnée. César tremble, les courtisans fuient. Narcisse a conduit les travaux, Agrippine accuse Narcisse, Narcisse insulte Agrippine ^ Depuis, abandonnés par Néron, tous ces travaux restèrent sans fruit, et, malgré Hadrien qui essaya de l'épuiser et fit pour le conduire à Rome un canal dont les restes se voient encore, le Fucin sommeille paisiblement dans son lit '.

Avec ce pauvre Claude, il fallait toujours que les plus grandes choses et les plus utiles tournassent au ridicule.

La censure, cette conservatrice des anciennes choses et des anciennes mœurs, était depuis longtemps oubliée. Auguste seul avait osé réveiller ce titre inquiétant pour la mollesse des mœurs nouvelles. Le temps de la censure est passée disait Tibère ^.

Claude fut plus hardi et reprit ce pouvoir (an 47). C'était se proclamer le restaurateur officiel de l'ancienne Rome ; c'était reprendre au bout de cinquante ans l'œuvre d'Auguste déjà ébranlée.

1. F. sur tout cela Tacite, Annal., XII, 56, 57; Suet., in Cas., 44; m Claud., 20, 21, 32; Dion, LX, p. 672, 687; Pline, Hist. naf., XXXVI, 15.

2. Lac Célano dans l'Abruzze ultérieure, V. Senec, Quœst. nat . III, 3; Spartien, m Hadriano; Strabon, V; Pline, Hist. nat,, XXXVI,15; HI, 103 ; XXXI, 3 ; Virgile, JEneid., VII ; Julius Obsequens, de Prodig.

3. Nec id tempus censurs. (Tacite, Annal., II, 33.) V. encore Dion, LIV, 2. Vell. Paterc, II, 95. Suet., in Clnvd., 16.

Ce n^est pas que l'empire ne repos&t toujours sur les traditions d'Auguste, que son nom ne fût sans cesse invoqué ; aristocratique et populaire à la fois, Auguste avait donné aux institutions romaines leur forme dernière, la forme sous laquelle elles pouvaient le mieux se conserver : la grandeur romaine était demeurée telle qu'Auguste l'avait faite et comprise ; on ne pouvait être Romain qu'à la mode d'Auguste.

Et l'on tenait encore à être Romain. Les esprits officiels maintenaient la fiction d'un système dont la réalité s'en allait. Il.y avait parfois des consuls, des préteurs, un sénat^ qui prenaient leur titre au sérieux. Le consulat n'était qu'un vain honneur, abaissé, impuissant, réduit à quelques mois de durée ; les consuls ordinaires, qui étaient in^allés au commencement de Tannée et lui donnaient leurs noms, étaient seuls connus ; des autres consuls passagers (substi-* tués, su/fecti), les ùoms même n'arrivaient pas aux pro-. vinces. On voulait cependant être consul! on voulait léguer à sa famille son image en cire et le rang de consulaire I U était encore question du veto des tribuns * ! La questure que Cicéron appelait autrefois la porte de toutes les dignités, la questure coûtait cher, depuis que Claude avait attaché à cet honneur l'obligation de donner des jeux au peuple^ ; cependant on trouvait encore des questeurs, quoique avec peine parfois. Toute ambition n'était pas absolument morte chez ce peuple, tout les honneurs ne s'évaluaient pas en

i. V. sur les consuls, Dion, XLIII, 46 ; XLVill, 35.— Sur les préteurs, Id., LVIII, 20; LIX, 20 ; LX,10; Suet., in Claud.,^,^ Sur les tribuns. Tacite, Armai, XIII, 28; XVI, 26; Hùt, II, 9i; IV, 9; Pline, Epist, I, 23; IX, 13; Annal., XIV, 28; Suet., inAug,, 10, 40; Dioa, LIV, 30; LVI, 27; LX, U.

2. (An 47). Tacite, AftnaL, XI, 22; XIII, 5. Suet., m ClamL, 24. Ce senatus^consulte de Claude fut révoqué sous Néron (an 54). Sur la questure, K. CJc, de Lcgiù, III; Dion, LVII, p. 613; Pline, Epist , VII, 16.

argent. Ce vide et officiel système du gouvernement républicain était encore un objet d'ambition pour les provinces, une espérance pour les secrets enthousiastes de la république, un épouvantail même pour les empereurs*.

Car les empereurs ne comprirent pas toujours que, dans ces formes creuses, mais remplies par la grandeur du nom romain, étaient une des espérances et un des liens de la société. Ils travaillèrent à les avilir, souvent même à déshonorer ce nom romain qui leur était le gage de la soumission du monde. Pour satisfaire quelques ambitions subalternes, et comme si leur pouvoir n'eût pas été déjà trop grand pour sa sûreté , ils continuèrent à développer leur gouvernement propre ou le gouvernement de leurs affranchis. Par l'appel à César* qui avait remplacé lappet au peuple, ils énervaient toutes les juridictions antiques. heurs procurateurs y c'est-à-dire les agents de leur liste civile, se glissaient partout, dans toutes les provinces, auprès de tous les magistrats; gens de cour, gens maniables, gens de basse ambition, pour la plupart affranchis, ils constituaient un état inférieur, mais lucratif^ ; favoris de César et forts

1. Néron, dans son discours d*avénenient ( V. plus bas], et ponr flatter le sénat, promet de relever la di(çnité romaine, la juridiction des consuls, etc. Taciie, Annal., XIII, 4.

2. L'appel à César, suite de Tappel au peuple dans la république romaine et source du droit d*appel dans la jurisprudence moderne, date des premiers temps de l'empire. Dion, LI, 19; LIT, 33; LIX, 8. Suet., m Aug., 33. Caligula, au début de son règne et au temps de sa popularité, refusa de recevoir les appels qu'on portait devant lui. Suet., m Calig,, 16. C'est aussi en ce sens que Tibère, selon Suétone, laissait les affaires se traiter par le droit ordinaire (m Tiber., 31.) Néron, à son début^ favorise le droit d'appel au sénat et l'assimile au droit d'appel à César. (Tacite, Annal., XIV, 28. Suet., m Nenme, 17). Le droit d'appeler à César est un des privilèges du citoyen romain. Un 7. Dig. ad iegemJuliam de vi publicâ (XLV1II,6). Saint Paul, traduit devant un magistrat romain, en appelle à Néron, il cf., XXI 1,25, 29; XXV, 11, 12, 21, 25; XXVII, 27.

3. « Mella, par une fausse ambition, s'éloignait des honneurs; il voulait, simple chevalier, devenir l'égal des consulaires, et en même temps l'admi-

CENSURE DE CLÀT7DE. fOS

de son nom, agents da fisc et puissants parla prééminence du fisc ; ils s^élevaient peu à peu, devenaient collecteurs d'impôts, puis juges en matière fiscale, puis au besoin lieutenants des gouverneurs, puis enfin les égaux des gouverneurs même et des juges; ils g9.gnaient en un mot tout le terrain que leur abandonnait 4a grandeur passagère, craintive, menacée des magistrats officiels ^

Claude même , zélateur de Tantiquité , mais humble sujet du favoritisme domestique, ne prit jamais la grandeur romaine du côté sérieux. Au milieu de ses préoccupations de Romain et d'antiquaire, il n'en allait pas moins dégradant les titres anciens, multipliant les honneurs sans fonctions et les privilèges sans pouvoir. 11 donnait juridiction ' aux procurateurs , ces agents d'affiedres auxquels Tibère , lui , ne reconnaissait de droits que sur ses esclaves et sur ses biens'. 11 avilissait jusqu'à la milice, ce dernier refuge de l'esprit romain, en créant une milice fictive où Ton gagnait ses grades sans quitter Rome; il donnait des récompenses militaires à des eunuques , à un enfant les privilèges des triomphateurs [triumphalia amamenfa, car le triomphe, honneur trop imposant, était réservé aux seuls empereurs); il prodiguait cette récompense à tel point, que les plaisants de l'armée

riistraiion de la fortune du prince lui avait paru une voie plus courte pour s'enrichir. » Tacite, Armai , XVI, 17.

1. Calus César ôte au proconsul d'Afrique le commandement militaire et le donne à un lieutenant « dont la puissance ne tarda pas à s'augmenter, et par la durée de son emploi, et par cette émulation jalouse qui pique davantage les inférieurs, tandis que les proconsuls songeaient plus à leur sécurité qu'à leur puissanoe. » Tacite, Hist., IV, 48. V. sur les procurateurs, Dion, Lll, 25; LUI, 15. Les procurateurs lieotenanta du gouverneur {procuror tores vice prœsidt's) avaient tous les droits du gouveniement. Dion, LX, 9. Tacite, Annal., XU, 54; hist., 1, U; Josèphe, Antiq., XVII, 13. Ponce- Pilate était de ce nombre. V. Tacite, Annal., XIV, 44.

2. Sénatus-consulte (an 51). Tacite, Annal., XII, 60. Suet., m Claud., i2.

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