‹ Les CésarsChapitre 194 sur 321 · Tacite, Annal., IV · texte numérisé non relu

Tacite, Annal., IV

signèrent une pétition où on lui demandait de l'accorder une fois pour toutes à tous les généraux, afin que le désir de la gagner ne leur fit pas chercher d'inutiles sujets de guerre*.

En un mot, pourvu que cela ne gènàt pas (ce qui est le patriotisme de bien des époques]^ on ne demandait pas mieux que d'être Romain. S'il s agissait de porter la pourpre consulaire, ou de brûler un peu d'encens aux pieds de Jupiter Capitolin, ou d'étaler, à la suite d'un brancard funèbre^ les images poudreuses de ses aïeux, ou était Romain. Mais fallait-il avoir une table moins somptueuse, des vases moins beaux ; donner sa fille comme vestale ; porter la cuirasse et les soixante-dix livres de bagages du légionnaire ; accepter les devoirs et surtout les périls d*un sénateur ; cultiver sa terre, au lieu de vivre dans Rome du blé public : on disait non. Cet esprit romain ne passait pas au cœur. La vie privée protestait contre la vie publique, la morale individuelle contre celle de l'État.

Et de plus, l'esprit romain se perdait^ parce que la saœ romaine se perdait elle-même. L'esprit romain n'était plus un enseignement héréditaire, mûri par une génération vieille et patiente, transmis a une génération active et nouvelle ; ce n'était qu'une leçon apprise à la hâte, que balbutiaient des écoliers : la race qui gouvernait, qui pensait, qui vivait dans Rome, subissait à chaque heure un perpétuel renouvellement.

Ce renouvellement, j'en ai indiqué les causes; j^ai montré les efforts qu'avaient faits César et Auguste pour le combattre ou au moins le ralentir. Mais, malgré ces efforts, depuis les temps d'Auguste, quels progrès n'avait-il pas faits?

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