‹ Les CésarsChapitre 20 sur 321 · Qc, Philipp,, II, 33 et seq.; Id., de Ugibus, ill · texte numérisé non relu

Qc, Philipp,, II, 33 et seq.; Id., de Ugibus, ill

raine. Quand le sénat en deuil venait supplier un tribun de retirer une opposition funeste à la république, le tribun reculait et n'osait se charger d'un tel méfait. Lre sénat comprenait à son tour que pousser jusqu'à l'abus des droits comme les siens, c'était provoquer la violence. Surtout l'approche de l'ennemi pacifiait le Forum ; entre ces deux souverains , entre ces pouvoirs illimités d'agir et d'empêcher, il se faisait une transaction dont le patriotisme commun était le médiateur; nul ne poussait son droit jusqu'au bout ; et à travers ces querelles souvent violentes qui avaient abouti à la victoire définitive des plébéiens, la république n'avait pas été atteinte au cœur, Tunité romaine s'était maintenue , la puissance extérieure avait grandi.

Les constitutions ne sont ni bonnes ni mauvaises : elles sont ce que sont les peuples. Bien qu'au dernier siècle on ait inventé des constitutions toujours excellentes, si vicieux que soient les hommes, qu'on soit parvenu par l'algèbre à supprimer toute morale de la science politique et à régir le monde par de pures combinaisons d'intérêts : malgré 1S2 constitutions nées de ce principe, et mortes sous lui S je tiens bon pour la vertu et ne la crois pas encore tout à fait inutile au gouvernement des peuples.

La constitution romaine , comme toute constitution , fut détestable quand le peuple fut corrompu. Quand les idées nouvelles et les citoyens nouveaux arrivèrent pêle-mêle sans que Rome eût le temps de les démêler ; quand les idées grecques, l'épicuréisme surtout, jetèrent à bas la foi des ancêtres sur laquelle roulait le patriotisme romain ;

1. De 1789 à 1830 seulement. (F. dans la Bévue européenney t. I^ page 359, reztrait d'une brochure du baron de Miltitz). El bien d'autres depuis! (disais-je en 1859). Et bien d'autres depuis! (1867).

quand, à la suite des guerres sociales, deux cent mille oi» toyens environ furent donnés à Rome tout d'un coup; quand les affranchissements plus multipliés chaque jour firent membres du souverain, comme on disait élégamment en 93, des milliers d'esclaves africains, daces ou espagnols : alors la vieille morale et par suite la vieille politi* que durent s'en aller en lambeaux.

Alors on abusa de tout; toutes les règles furent portées à l'excès^ et on passa par-dessus. toutes. Quand un tribun fut trop opiniâtre dans son veta , on se moqua de lui , on battit sa personne sacrée; quand les nobles abusèrent de leur pouvoir religieux, ce qu'ils rendaient légalement impossible on le fit par violence ; les épées tranchèrent la question dans ce Forum où il était inottï qu'un homme fût venu armé. Cette lutte entre des pouvoirs légalement illimités et moralement effrénés ne pouvait se résoudre que par la force brutale : tribuns, consuls, préteurs, s'envoyèrent réciproquement en prison, et le peuple , souvent simple spectateur de ces débats, resta encore en fait d'or^ dre et de paix publique plus timoré que ses magistrats.

La violence alors gouverna tout : c'est-à-dire rien ne fut gouverné, car la violence est une arme qui passe de main en main. Le grand moteur des affaires, le moyen suprême de gouvernement finit par être une poignée d'esclaves avec des bâtons; la population esclave était plus nombreuse à Rome que la population libre ; l'habit même avait cessé de la distinguer ' et le sénat n'osa jamais rétablir cette distinction de costume, de peur de laisser voir clairement le petit nombre des hommes libres^. Il y avait surtout^ sur le pavé de Rome^ bien des esclaves à peu près

i. Appien, 11^ 17.

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