Tacite, Armai, XIV, 65 et ailleurs
classe aussi puissante , et les patrons se tenaient pour battus '•
En eût-il été autrement ? La pente démocratique était si forte que les esclaves eux-mêmes arrivaient à se faire craindre. Tacite loue Tibère de la modération qu'il imposait à ses esclaves. Sous Caligula ils furent menaçants et prétB à rompre leur chaîne. Sous Néron, nous verrons des esclaves puissants, opulents, redoutés. Écoutez ce que nous raconte Ëpictète de son maître Epaphrodite et de son ancien camarade Félicion : a Epaphrodite avait un esclave cordonnier qu'il vendit comme inutile. Cet esclave fut acheté par un homme de la maison de César, et devint cordonnier de César. 11 fallait voir comme dès lors Épa* phrodite l'honora : a Que fait, je vous prie, ce bien-aimé Félicion ?» Et si Ton demandait à l'un de nous : « Que fait Epaphrodite ? — Il a de grandes affaires avec Féli* cion^. D Les nobles de Rome étaient aux pieds d'Épaphrodite^ l'affranchi de César ; Epaphrodite, à son tour, était aux petits soins avec Félicion, l'esclave de Cé^ar.
Ainsi montait l'homme nouveau, l'affranchi , l'esdave , tandis que descendait le noble, Vingénu^ l'honnime libre. Celui-ci commençait à manier la bêche, tandis que celuilà osait prétendre aux faisceaux et à Tépée : et, dans ce double mouvement d'ascension et d'abaissement^ dans cet effet de la pauvreté qui diminuait l'un^ de la fortune qui faisait grandir l'autre, dans cet échange des conditions, qui imposait le travail manuel à la race libre en la mesure où la race servile en était déchargée, se préparait indubi* tablemenl le moule des sociétés chrétiennes avec le prin* cipe d'égalité qui en fait la base, la liberté de l'industrie
i. Tacite, Annai., XIII, 26, 27.