‹ Les CésarsChapitre 201 sur 321 · Épictèto, in Arrian., I · texte numérisé non relu

Épictèto, in Arrian., I

qui en est la vie , Tabolition de Tesclavage qui en est la gloire.

Il ne faut pas se faire illusion cependant, et ce mouTement démocratique, concordant avec les grands desseins de la Providence, n*en a pas moins un caractère dont le sens moral et la dignité humaine sont profondément blés* ses. Ce n'est pas ici un principe généreux et juste qui se satisfait ; c'est tout simplement un fait qui s'accomplit, et quel fait ! Si les esclaves sortent de leurs fers,' si les afifran* chis grandissent, ils ne le doivent pas à une généreuse in« spiration de leurs maîtres ; ils le doivent rarement à leur travail ; ils ne le doivent pas même à la révolte : mais ils le doivent le plus souvent à quelque chose de pire que la révolte, à une servilité complaisante, honteuse, dégradée. Us le doivent peut-être encore plus à la délation. C'est par elle qu'ils font la guerre aux maîtres et aux patrons ; ils les livrent avec leur fortune aux empereurs dont ils attendent leur salaire en faveur et en argent. C'est, pour cela que Caligula fut si redoutable, quand il autorisa hautement la délation de l'esdave contre le maître, de l'a&anchi contre le patron ; c'est pour cela que Claude , réagissant contre Caligula, fit un véritable massacre des esclaves qui avaient trahi leurs maîtres , c'est pour cela qu'à tous les moments un peu sages du gouvernement impérial, se multipliaient les lois contre les esclaves ou affiranchis dénonciateurs de leurs maîtres ; barrières que l'empereur posait aujourd'hui dans sa sagesse , que demain il levait dans sa colère ^ Yoilà comment l'émancipation s'opérait-; par le travail un peu, par la prostitution beaucoup, par la délation encore plus.

l. Sur Caligula^ K. Josèphe^ Antiq,, XIX, i. Sur Claude» Suet.» in Claud., 25. Marcianus; D, 5. De }ure patron. Dion, LX, p. 673, 683.

Et surtout les affranchis de César, ces puissant» du siècle, ne s'élevaient ni par le travail (qui pouvait y songer au palais?), ni par la vie militaire (car ils n'allaient point aux armées), ni par les magistratures (car elles leur étaient toujours interdites) ; ils s'élevaient par les services domestiques du palais , par une courtisanerie servUe^ souvent infhme , par leur affinité avec les vices du prince. Il y a loin du mérite qui arrive à l'intrigue qui parvient. Lorsque , dans les États modernes, et plus en France que partout ailleurs ^ un Chevert ou un Faliert montait au premier rang de Tarmée; lorsque Rollin, fils d'un coutelier, recteur de l'université de Paris, se faisait faire des excuses par un archevêque de Paris qui avait manqué à ses privilèges; lorsque Jean Bart, ce rude matelot, se faisait respecter par les plus grands seigneurs, dans les galeries de Versailles : personne au monde ne se fût avisé de les appeler des parvenus. Et, pour citer un exemple plus grand et plus saint ^ lorsque Hildebrand,, le fils du charpentier, abaissait sous lui , par la seule puissance de la yérité , la tête couronnée d'un empereur, son origine était une gloire de plus. Mais quand Rome était bafouée par des hommes que l'infamie seule avait tirés de l'esclavage ; quand un Pallas donnait un soufflet au sénat; quand.un Calliste (Sénêque nous dit l'avoir vu) fermait sa porte au maître qui l'avait mis en vente , un écriteau sur la poitrine ^ ; quand Vatinius^ « un des plus hideux phénomènes de cette cour, garçon cordonnier, bouffon, contrefait, que Néron avait pris d'abord pour s'en moquer, mais que le nombre de ses victimes avait rendu respectable ^ ; x> quand cet homme, avec son franc parler insolent et son esprit de démocratie

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