Senec.; Ep
?. Tacite, Armai., XV, 34.
hargneuse disait à Néron : « Je te hais , César, parce que tu es sénateur * : » il n'y avait là qu*insulte, insulle basse et gratuite à tout ce qui avait passé pour grand, non pas élévation ou ennoblissement de ce qui avait été faible et petit. Le mérite ou le talent n'était pour rien dans cette fortune des valets de chambre et des cordonniers* Le caprice du prince avait tout fait. Comme un boucher, à Constantinople, devenait grand vizir parce qu'il avait plu au sultan, Teunuque Posidès ou Tinfâme Doryphore devenait un grand homme parce que le regard céleste de Néron s'était abaissé sur lui ^ , parce qu'il appartenait à la divinité de César de donner à qui il voulait , non-seulement fortune et puissance , non-seulement noblesse et gloire , mais grandeur , génie, vertu ! Nous avons une juste et triste image de ce qu'étaient les parvenus de ce siècle dans le honteux livre de Pétrone. C'est le riche et débauché Trimalcion, qui a été esclave, qui a gagné assez d'argent pour se racheter, qui a racheté sa compagne d'esclavage «c afin d'avoir une femme qui lui appartint, » qui est devenu ^et^tr, qui appartient désormais à l'opulente bour<^ geoisie de sa ville , et qui, au milieu de ses orgies y entre les ignobles courtisans de ses débauches, bégaie, en estropiant la langue , ses vœux humanitaires pour l'abolition de l'esclavage : « Les esclaves sont hommes aussi, ils ont bu le même lait, et, si je vis, ils goûteront bientôt l'eau de la liberté ! » Yoilà en quel lieu et par qui se trouvent le plus nettement proclamés les droits de l'homme sous les empereurs ^. Sénèque, il est vrai, les proclamera en d'au-
i. Xiphil.
2. K. ci-des80us^ à la fin du § III, lea louanget adressées par Sénèque à TaiTranchi Polybe.
8. Amici et servi homines sunt, et sequè unum laciem biberunt \ me salvo, cité Uberam aquam gustabunt.
très termes ; mais Sénèque les aura appris à une autre école qu^aux écoles païennes ; je parlerai de lui plus tard.
En voilà assez sur cette révolution. Voici venir maintenant, pour la réformer, Claude , le stylet du censeur à la main. Claude qui restaure en antiquaire l'œuvre du politique Auguste, Claude pour qui tout cela est plutôt afiaire d'érudition et de cérémonial , Claude qui prend trop souvent au burlesque la pensée d'Auguste et chez lequel toute chose tourne à l'impuissance et au ridicule. Parce qu'au Forum , pour mieux assurer la foi des traités , il tue une malheureuse truie , selon l'étiquette des Féciaux ; parce qu'à la nouvelle d'un tremblement de terre, il ordonne un jour de repos, et, à la vue d'un oiseau sinistre, des prières publiques, selon les rits anciens ; parce qu'il relève la tradition oubliée des aruspices; tout est sauvé! l'antique Rome va revenir ! Claude oublie seulement ses affranchis etMessaline qui, chaque jour, obtiennent du prince le contraire de ce qu'a ordonné le censeur.
Tout se passe donc selon Tordre antique. Assis au Champ de Mars dans sa chaise curule, après avoir pris les auspices^ Claude, selon la formule légale, convoque le peuple romain par la voix du héraut : « Bonheur , paix , fortune, salut au peuple romain des Quirites et à la chose publique du peuple romain, ainsi qu'à moi et à mon collègue, à notre magistrature»et à notre devoir ! faites comparaita^ ici devant moi tous les Quirites, chevaliers , ftintassins, magistrats, citoyens, les curateurs de toutes les tribus, afin qu'ils rendent compte chacun pour soi , ou l'un pour l'autre * ? »
Mais Claude s'apercevra bientôt que sa Rome nouvelle