Tacite. AnnaL^ XV
3. Nec ideô conjugia aut educationes liberorum frequentabuntur, prsevalidà orbitale. Cseterùm multitudo periclitantium gliscebat, cùm omnis domu»
Ainsi, pour y être contraint par la loi , on ne se mariait pas davantage. Le célibat gardait sa prééminence. Des chicanes , des recherches fiscales, le trouble des familles, tel était le résultat à peu près unique des lois augustales*. Aussi , peu à peu , & mesure que les plaintes et les clameurs se multipliaient contre elles, Tibère, Claude, Néron, Trajan, s^enhardissaient à y porter la main, et, soit par une suspension temporaire^ soit par une plus g:rande indulgence pour les unions tardives , soit par la diminution des récompenses accordées au dénonciateor, ébranlaient cette législation , le dernier acte du règne d'Auguste.
Comment Montesquieu, cet esprit si éminent, n'a->t-il pas vu qu'il en devait être ainsi ? que ces lois dont il lait reloge , dictées à Auguste , il est vrai, par une nécessité imminente, s'attaquaient à une puissance qu'il n'est pas donné aux lois de faire fléchir? Gomment, surtout, n'a*t->il pas compris que le christianisme, dont il oppose Tesprit célibataire à l'esprit conjugal des lois d'Auguste, a sanctifié bien plus qu'il n'a multiplié le célibat ; a fortifié , loin de raflÎBdblir, le principe du mariage ? Le christianisme, il est vrai, à commencer par les Évangiles et par saint Paul ^, n^a
delatorum iDterpretaiionibuâ subverteretur (sous Tibère). Tacite, AnmaL, III, 25.
1. Voici la série des actes législatifs rendus à ce sujet : -— An lu, ezeiDp> tions temporaires accordées par une commission spéciale. Tacite, Annal., dl, 28. — Diverses modiflcations en ce qui touche les unions tardives, senatos-consulte Persicianum et sénatns-con suite Calvisianum. Ulpien, Reg., XVI, 1-4. — Autre sénatus -consulte en faveur des unions tardives, soos Claude. Ulpien, XVI, 1, 3. Suet., in Claud.^ 23. — Exemptions acconlé«s à Tannée (an 44). Dion, LX, p. 681, — à la marine marchande, en 51. Suet., tfi Claud,, 18, 19. Instit., III, 3. Caïus, etc.— Néron réduit au quarl les récompenses des délateurs. Suet., in Ner., 10. — An 61, sénatusconsulte contre les adoptions fictives. Tacite, Annal, XV, 19.
2. Matth., XIX, 12. I, Cor., VII, 1, 8, 25, 32, 34, 37, 38, 40. Apo©., XIV, 4.
CENSUJEIË DE CLAUDE. U3
cessé de prêcher le célibat et sa supériorité sur le mariage ; toute l'antiquité ecclésiastique est pleine de cette pensée : si le célibat obligatoire n'a pas toujours été imposé à quelques-unS) toujours, du moins , le célibat libre et volontairement accepté est présenté à tous comme l'état parfait. Le principe est toujours le même. Mais il faut. comprendre quel est ce principe : a Celui qui est sans épouse, dit saint Paul, s'occupe des choses du Seigneur et des moyens de plaire à Dieu ; celui, au contraire, qui a une épouse, s'occupe des choses de ce monde et des moyens de plaire à son épouse, et il est partagé. )> Le célibat que prêche l'Église, c'est donc un célibat pur, vie d'austérité et de dévouement, partage d'un petit nombre, sans préjudice réel pour l'acroissement des nations. Mais, d'une autre côté, il y a un célibat que combat l'Église ; c'est le célibat vicieux et profane, mal sérieux, plaie véritable par laquelle les mœurs se corrompent , le mariage plus rare est en même temps moins respecté, les générations décroissent, les peuples s'af- ■faiblissent. En tout temps, en tout pays, il a fallu accepter le célibat comme une nécessité inévitable pour une portion quelconque de la société ; mais le célibat que la politique accepte bon gré mal gpé, le christianisme le sanctifie, et, en le sanctifiant , il le restreint. En rendant le mariage pins grave , j>lus honoré , dés lors plus fécond, il n'a pas besoin, comme les législateurs anciens , de commander, sous peine d'amende, la paternité et le mariage : en maintenant , dans la société, un célibat pur et consacré dont la société n'a rien à craindre, il n'a pas besoin, comme les économistes modernes , d'imposer des restrictions au mariage , ou , comme le voudrait Malthus , de fonder des écoles où Ton prêche aux jeunes gens la continence, dans l'intérêt de leur fortune.
Pour mieux comprendre ce qoi.précède , achevons de parcourir Tunivers romain.
Sortons de l'Italie : la concentration des biens, rusure jui en est la plus commune origine, la proscription impériale qui en profite , toutes ces plaies de l'Italie ont bien vite passé les Alpes et la mer. Quant à l'usure, j'ai déjà montré ^ la tyrannie financière que les Romains exerçaient dans les provinces ; la Gaule sous Sacrovir, la Grande- Bretagne au temps de Néron, n'ont été poussées à la révolte que par la rigueur des créanciers romains ^. Quant aux proscriptions , vous avez vu les provinces décimées sous Tibère, la Gaule opprimée par Caligula : sous Néron (pour ne pas citer d'autres exemples), six propriétaires possédaient la moitié de la province d'Afrique ; leur supplice la donna à Néron. Les grands domaines, ajoute Pline, ont perdu l'Italie ; ils perdent aussi les provinces ^.
La dépopulation marche à la suite. Toute la Grèce , dit Plutarque, ne mettrait pas sur pied 3,000 soldats. Il n*y a plus d'oracles, dit-il, parce qu'il n'y a plus même de. peuple pour entendre les oracles. A Delphes, où il y avait jadis deux prêtresses, une seule suffit. Aux lieux où étaient les oracles de tégyre et de Ptoûs, vous marchez tout le johr sans rencontrer un berger *. Sparte est sans habitants^ ; de Mycènes , il ne reste plus que le nom^. L'Ëpire et les contrées voisines se dépeuplent chaque jour ; les soldats romains se casernent dans des maisons abandonnées^.