Suet., Ibid., li
jour vingt édits, dont un pour recommander de bien poisser les tonneaux * ; Claude , si occupé à moraliser son empire, manquait de temps pour s'enquérir de la moralité de son palais. Rome tout entière parlait des désordres de Messaline^ lui seul n'en savait rien. Elle avait fait périr un préfet du prétoire qui pouvait tout révéler à l'empereur. Si un homme, par crainte, on par honnêteté, refusait d'être son amant, elle lui faisait commander , par l'empereur, d'obéir en tout à Messaline ; elle pouvait aimer ou tuer qui elle voulait.
Qui ne connaît les vers dans lesquels, avec plus de vertu que de pudeui* , Juvénal peint Messaline quittant, au premier sommeil de son mari , la couche impériale , et allant hors du palais, en capuchon et en perruque blonde, suivie d'une seule esclave , courir de nocturnes aventures , si je puis dire des aventures? Mais, à cette impériale prostituée, le désordre, ne suffisait pas, il fallait encore de l'amour.
Ici, permettez-moi de m 'attacher au récit de Tacite *. Cet homme dit les choses de telle manière qu'il n'y a pas moyen, après lui, de les redire ou de les comprendre autrement : la vérité s'incruste dans son langage. Je ne ferai que les traduire, ce qui est déjà bien présomptueux. Ce n'est pas qu'il n'ait été traduit avec talent ; mais, comme tout au monde, une traduction est chose individuelle. Chacun y met son sens, sa façon de comprendre, sa façon de sentir ; chacun, tout fidèle qu'il se prétende, pousse la pensée de l'auteur vers sa propre pensée ; chaque homme a son esprit, par lequel les choses ne passent pas sans en recevoir quelque teinture ; chaque homme, sa langue propre,