Tacite^ Armai., XI, 12, 26 et Buiv
CHUTE DE MESSALINE. i4d
qui ne dit rien comme la langue d'un autre. Je traduirai mal Tacite, mais je le traduirai selon ma pensée.
et Une passion voisine de la fureur avait enflammé MeS'^ saline pour le noble Silius, le plus beau de la jeunesse romaine. Afin de le tenir sous Texclusive possession de son amour, elle avait poussé dehors, par un divorce, Junia Silana, sa femme. Silius sentait la honte et le péril ; mais une mort certaine s'il refusait , l'espérance de tromper Claude, de magnifiques promesses l'avaient décidé. Les chances de l'avenir, les jouissances du présent, lui tenaient lieu d'autre assurance. Elle, pourtant, ne cachait pas son amour, venait chez lui en grand cortège, ne le quittait pas en public, lui prodiguait richesses et honneurs : il semblait qu'une révolution fût faite dans l'État ; esclaves, affranchis, tout l'attirail d'une cour^ passaient de l'empereur à l'amant...
« Mais cette facilité même rendait à Messaline l'adultère insipide ; elle se jetait dans des débauches inouïes, quand une fatalité malheureuse, la crainte d'un danger imminent qu'il croyait détourner par un autre, poussa Silius à ambitionner plus que le triste et commun avantage d'être l'amant de Messaline (an 48) : « Pourquoi se cacher, lui <c disait-il, pourquoi laisser vieillir le prince? Le temps a des précautions était passé. Aux innocents les innocentes «( mesures ; à ceux dont le tort est manifeste, nulle res- « source que l'audace. Les complices ne manqueraient « pas; tant d'autres couraient les mômes dangers! Seul; « sans femme, sans enfants, il était prêt à épouser Messa- « Une, à adopter Britannicus ; elle garderait le même «•pouvoir, mais elle le garderait sans péril ; il fallait seu- <( lement prévenir Claude, facile à surprendre, prompt à « se venger. » Messaline reçut froidement ces paroles ,
non par amour pour son mari ; mais elle comprenait que SiliuS) maître de Tempire, mépriserait la femme infâme qui Tavait élevé, et saurait, apprécier à sa juste valeur un crime auquel le danger Teùt fait consentir. Cependant le mot de mariage, l'étrangeté d'une telle infamie (dernier raffînement de plaisir pour ceux qui ont perdu toute honte), tout cela finit par lui sourire.
a Claude étant allé faire un sacrifice à Ostie, elle n'attendit pas plus tard pour célébrer en toute solennité cette union. Je ne l'ignore pas, dit Tacite, une telle sécurité pa* raltra fabuleuse ; je ne raconte cependant rien que je n'aie lu, que je n'aie entendu de nos vieillards. Dans une ville instruite de tout, parlant de tout, à un jour marqué, un consul désigné et la femme du prince s'unirent en mariage ; il y eut des lémoins appelés pour mettre le cachet sur leur contrat, des auspices, des sacrifices, une dot d'un million de sesterces. Il fut écrit dans l'acte que les conjoints se mariaient pour avoir des enfants. » L'impure Messaline porta le voile de safran des fiancées; les convies s'assirent au festin ; le lit consacré au Génie nuptial, cou* vert de pourpre de Tyr, fut préparé devant tous les yeux '. Claude même, dit-on, avait signé le contrat de mariage : on lui avait persuadé que c'était quelque talisman propre à détourner les périls dont le menaçaient les devins de Chaldée ^. Tout se fit selon les rites sacrés, selon les lois antiques : Messaline ne voulait que d'un bon et légitime mariage ^.
Tout cependant se fût bien passé pour elle, si elle n'eût irrité les affranchis ; mais elle avait fait périr Polybe qui