Tac, ibid
2. Sur ce séiiatus-consulte qui permettait d'épouser la fille de son frèw», mais non celle de sa mère, V. Tacite, Annal., XII, 7; Suet., m Ciaud., 26; Zonaras, Atmal., II. Selon Dion ou Xiphilin, LXVIII, ce sénatus -consulte, aurait été abrogé par Nerva. Mais nous le trouvons subsistant à une époque bien postérieure. Gaïus, Imtit , 1,62. Ulp., Heg., V,tî. Paul, Se»/., IL 19. §3.
DOMINATION D AGRÏPPINE. i59
désordonnée de Messaline, qui se faisait un jouet de Tem^ pire romain. C'était un gouvernement viril, une servitude plus ferme et mieux calculée ; au dehors, de la sévérité, souvent de l'arrogance ; au dedans, point de désordre, à moins que l'ambition n'en profitât ; un insatiable amour de richesses qui avait pour prétexte les besoins du trône, n C'était encore Messaline, au besoin aussi impudique, aussi vindicative, aussi cruelle , mais plus bienséante , d'une plus ferme allure, d'une ambition plus savante, plus sûre de son fait. Agrippine n'avait de sa mère ni cette vertu de femme, ni ce courage d'homme, ni la probité de son orgueil ; toute fière qu'elle fût, elle savait au besoin c( fléchir son orgueil, » comme dit Racine.
Voici donc que recommence, comme sous Messaline, une série de cruautés. Le jour même de ce mariage qui, dans les idées de la religion romaine, passa pour un inceste et une calamité publique, le jeune Silanus, fiancé d'Octavie, la fille de César, depuis longtemps persécutée par Agrippine qui voulait donner Octavie à son propre fils, rayé du sénat, dépouillé de la préture, accusé d'idceste avec sa sœur, se donna la mort, comme s'il eût attendu ce jour pour rendre Agrippine plus odieuse.
Bien d'autres périrent après lui. La magie, les sortilèges, l'emploi des enchantements et des oracles, superstitions universelles alors, étaient une accusation toujours commode et toujours croyable. Un Taurus périt pour avoir possédé une villa qu' Agrippine trouva à son gré; elle avait en ce genre les mêmes goûts que Messaline. Une Calpurnie fut exilée parce que César avait loué sa beauté (an 50) ^ Malheur aux femmes qui avaient prétendu à l'hymen de
1 Tac, Ann., XI, 22.
Claude, qui avaient fait des sacrifices, consulté les astres, invaqué les magiciennes de Thrace pour y parvenir ! Le temps était venu pour elles d'expier leur échec par la mort. Ainsi périt, a pour des raisons de femmes, » muliebribus causis^ la mère de Messaline, Lépida, parente de tous les Césars, dangereuse pour Agrippine, car « elle ne lui était trop inférieure ni par la beauté, ni par l'âge, ni par l'opulence *, comme elle impudique, déshonorée, violente; » en un mot, lui disputant tous ses avantages. Ainsi périt LoUia Paulina, coupable en outre d'une immense for^ tune ; son aïeul Lollius avait si bien pillé l'Asie, que, dans un souper assez modeste, sa petite-fille parut, ses cheveux, son front, ses oreilles, son cou, sa gorge, ses bras couverts d'émeraudes et de perles pour 40 millions de sesterces (10,538,000 fr.) ^. Claude qui se piquait d'une érudition puissante en fait de généalogies, déduisit fort bien au sénat celle de Lollia, et de là conclut à l'exil ; de toute sa fortune , on ne laissa à cette veuve de Caligula que S millions de sesterces (1,317,000 francs], et, au bout dé peu de temps, comme c'était là coutume, un tribun vint dans son exil lui commander de mourir. On apporta sa tête à Agrippine et, comme cette tète livide était méconnaissable, elle ouvrit de force cette bouche inanimée afin de s'assurer par un défaut que Lollia avait dans la structure des dents que c*était bien sa rivale et qu'on ne l'avait pas trompée^. Ces vengeances n'empêchaient pas le peuple romain d'aimer Agrippine ; l'extérieur sévère de cette femme, son ambition même lui plaisaient : ce qu'elle n'osait pas demander à Claude, tout le monde, peuple, sénat, affranchis,