r. Tacite, Annal., XIII, 3. Xipiiil., LXI, p
était élégant et soigné, écrit dans le style à la mode. Tant que Néron, au lieu de jparler de Claude, parla de ses ancêtres et de leur gloire, on l'écouta en grand recueillement; quand il vint à louer la science de Claude et le bonheur de la république qui , sous son règne , n'avait eu que des triomphes au dehors , les badauds eurent grand plaisir à Tentendre ; mais quand il se mit à vanter la raison et la pré* voyance de Claude, tout le monde se prit à rire. — Dans* l'autre harangue, celle-ci adressée au sénat, pleine d'onc« tion, de modestie et de belles promesses, Néron s'engageait a à ne pas être jugeur acharné )> comme Claude ; « à ne pas entendre, » comme lui, <x accusateurs et accusés dans son palais ; )) à ne pas livrer, comme lui , « toute la puissance à quelques affranchis j à séparer la conduite de sa maison de celle de la république ; à ne donner les charges ni aux intrigants ni aux enchérisseurs, » comme Claude l'avait fait; à laisser aux consuls leur juridiction, au sénat sa puissance et le libre gouvernement des provinces qu'Auguste lui avait assigné, » et que lui enlevaient les affranchis de Claude; en un mot, à se conduire tout autrement que le prince dont il venait de faire ailleurs un si bel éloge *. En d'autres termes, il relevait pour un moment ce gouvernement républicain derrière lequel Ifes empereurs à leur début aimaient à se cacher ; et le sénat enchanté ordonna que le discours serait inscrit sur une colonne d^argent et lu tous les ans par les consuls au Forum.
Le sénat cependant enterrait Claude; lui votait de pompeuses obsèques , des pontifes et l'apothéose. Comme tous ses prédécesseurs , Claude fut dieu, emploi dont il fut plus tard destitué par Néron , et que Vespasien eut la bonté de
l. Tacite, Xlll, 4. Xiphilin, ibid.
lui rendre ; les empereurs morts étaient loin d'être dieux une fois pour toutes , et leur divinité eut souvent bien des revers à subir '.
Celle de Claude fit beaucoup rire dans Rome ; on le logea dans rOIympe d'une façon si moqueuse et avec des rires si ignominieux, qu'un plaisanf * se prit à dire qa'on l'avait traîné au ciel au bout d'un croc , comme les condamnés au Tibre ; et Juvénal parle agréablement du « champignon d^Agrippine qui fit descendre au ciel ce vieux bonhomme à la tète tremblante et aux lèvres baveuses ^. »
Cette çtpothéose me rappelle une curieuse plaisanterie de Sénèque. Bientôt j'aurai à parler au long du philosophe, mais il est bon de voir comment il traite Claude. Tant que Claude n'avait été qu'un homme, il l'avait beaucoup respecté , et nous avons deux témoignages assez curieux de sa vénération pour l'homme et de sa raillerie pour le dieu. A la première époque, Sénèque^ exilé, habitait la Corse, triste pays, terre barbare, où ses talents de rhéteur ne lui valaient guère de succès, où le philosophe s'ennuyait fort. 11 travaillait donc de tout cœur à se faire rappeler, flattait les puissances du temps ; et Polybe, qui était l'affranchi érudit de César et son homme de lettres domestique {à studiis), étant venu à perdre son frère , Sé-
1. L'apothéose de Claude est attestée par plusieurs monnaies romaines. Des monnaies grecques mentionnent sa divinité de son vivant, comme c'était Tusage hors de Rome, et réunissent sa tète soii à celles d'Agiippioe et de Néron, soit à celles de Britannicus, d'Antonia et d'Octavie ses enfants.