‹ Les CésarsChapitre 227 sur 321 · NÉRON ET SA FAMILLE · texte numérisé non relu

NÉRON ET SA FAMILLE

L'empire était constitué. Il n'est pas d'État dans la inonde qui n'ait sa charte, plus réelle et plus sérieuse que ne sont les chartes votées^ scellées et imprimées. Dans la charte impériale, chacun avait écrit son mot : Auguste, la concentration des pouvoirs républicains sur la tète du prince ; Tibère, la puissance des délateurs ; Caiigula, celle des prétoriens ; Claude, celle des affranchis. Ainsi, la per^ sonnalité colossale des Césars avait autour d'elle, et se6 électeurs en cuirasse et en bottes d'acier^ qui avaient puissance pour la créer, et ses espions qui avaient mission pour la soutenir, et ses courtisans-valets dont la charge était de vouloir à sa place« La charte était écrite jusqu'au bout, les pouvoirs publics étaient au complet.

Aussi avais-je hâte d'arriver à Néron. C'est là le type de l'empereur romain ; c'est au plus haut point cette toutepuissance du mal, ce mépris de l'humanité hors de soi et cette idolâtrie de l'humanité en soi-même, cette aspiration gigantesque et folle vers toute chose surhumaine^ cette lutte contre Dieu ; c'est au plus haut point aussi cet imminent péril, cette indicible fragilité du pouvoir; cette surexaltation de l'individu humain, si colossale et si précaire. Ce Nabuchodonosor qu'on appelle l'empereur romain ne

porta jamais plus haut sa tète d'or ; ses pieds d'argile ne furent jamais si prompts à se. rompre, et Von croirait volontiers que la statue colossale que Néron se fit ériger devant son palais, ne fit que réaliser le rêve prophétique du roi de Babylone. Mieux qu'aucune autre époque, les treize ans qu'il régna peignent cet état où le dernier terme de sa civilisation avait conduit l'antiquité.

Mais cette histoire est difficile. Le fils du brutal Domitius et de l'infâme Agrippine *, né les pieds en avant (signe de malheur) ^ ; cet enfant confié d'abord à un danseur et à un barbier, grandit au milieu de la corruption maternelle et de la corruption impériale, parmi cette foule de sales courtisans qui exploitaient et bafouaient Claude. Devenu empereur, c'est-à-dire Thomme du monde le plus puissant, le plus sujet à se corrompre, le plus exposé, à un âge qui n'est pas encore celui de la jeunesse, ce César en&nt ne promet rien de bon. Pourtant le voilà au moins un instant les délices du genre humain , l'idole du peuple ; quand il s'agit de signer la sentence de mort d'un voleur, il voudrait ne pas savoir écrire. Chose plus merveilleuse encore, il donne des jeux sans que personne y périsse ^ Pas une goutte de sang proscrit, ne coule par son ordre, le camifex se croise les bras, le délateur mendie son pain en

1. L. Domitiufl iEnobarbuB^ fils de la seconde Agrippine et de Ca. Domitius^ néà Antium, le 15 décembre 37, fiancé à Octavie, fille de Claude (49), adopté par Claude (50) et appelé Nero Claudius Caesar. — Toge virile, 5i, — prince de la jeunesse, 5i, — épouse Octavie, 53, — devient empereur et revêtu de la puissance tribu nitienne, 13 octobre 54, — consul en 55, 57, 58, 60,*— imperator, treize fois au moins, — forcé de se tuer le 9 juin 68.

Ses femmes :

10 Octavie, répudiée, exilée, puis mise à mort en juin 62; 2^ Poppœa Sabina, épousée en 62, tuée par lui d'un coup de pied en 65; 3^ Statilia Messaiina, épousée en 65 ou 66. Elle lui survit.

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