Augustinus, de Civitate Dei, V
la prééminence du comédien dans la personne de Néron, caractérise Néron parmi les empereurs et, plus que tout le reste peut-être, donne l'explication de ses crimes.
Aussi, dès le début; quand Néron était tout miel encore, y avait-il déjà lutte entre les diverses corruptions de la cour à qui le dominerait. C'était, d'un côté, Agrippine, qui, assistant au sénat derrière un rideau, lie voulait pas du pouvoir pour l'adoucir ouïe dissimuler^ mais pour en user largement , avec la sauvage légitimité du crime, comme l'avait pratiquée son frère Caligula ; c'était, avec Agrippine, tout ce qui tenait à la vieille popularité du nom de son père, nobles, centurions, amis de sa famille, fidèles a£Franchis de Claude, ralliés à elle depuis qu'elle l'avait empoisonné. D'un autre côté, le stoïcisme, relevé du champ de bataille de Philippes où , avec les cadavres des compa^ gnons de Brutus, il était resté livré aux vautours, promet nait déjà dans les rues de Rome la longue barbe et la face ridée de ses philosophes; quelques-uns de ses disciples aimaient à venir aux soupers de Néron faire étalage de mines renfrognées *. Le stoïcisme avait auprès de César ses députés , Sénèque et Burrhus , vertus relatives, honnêtes gens de ce siècle j car Burrhus^ qui , à la mort de Claude, avait aidé à escamoter les droits de Britannicus, et Sénèque, apologiste, sinon conseiller de la mort d'Agrippine, furent néanmoins populaires parmi les gens de bien. On pensa même une fois à faire Sénèque empereur, « à cause de l'éclat de ses vertus, » dit Tacite '.