‹ Les CésarsChapitre 238 sur 321 · II. — NÉRON ET SON PEUPLE · texte numérisé non relu

II. — NÉRON ET SON PEUPLE

Mais c'étaient là les aflfaires du palais , non celles de l'empipe.

Tandis que le sang impérial coulait ainsi , sang privilégié, querelles domestiques auxquelles le peuple avait rarement Tindiscrétion de se mêler, Néron laissait le pouvoir à Sénèque et à Burrhus, négligeant assez les affaires de l'État pour les abandonner à ceux qu'on appelait les honnêtes gens. Après le meurtre d'Agrippine, il eut même une recrudescence de popularité : il rappela d'exil les disgraciés de sa mère, éleva des tombeaux à ses victimes^ faisant ainsi étalage des cruautés d'Agrippine. Trois ans après le matricide (an 63) S Thraséa lui-même louait ce gouvernement qui avait aboli le lacet et le bourreau ; Rome qui avait souffert Séjan, Tibère, Caligula, Claude, Messaline, Agrippine, ne devait pas se montrer difficile en fait de miséricorde et de clémence.

Cependant le caractère impérial se développait. Ce caractère avait son côté élégant, artiste, civilisé, ses prétententions au talent et ses ambitions soi-disant innocentes. Caligula^ quelque fou qu'il pût être, n'avait été ni un génie oisif, ni une intelligence éteinte. Néron à son tour était trop empereur pour ne pas avoir tous les goûts de son siècle. Poète, il rassemblait chez lui les beaux esprits du temps, qui venaient dans ces soirées littéraires apporter chacun son hémistiche, et de ces hémistiches réunis étaient formés les poèmes de Néron *. Orateur, il se fit décerner la palme de

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