‹ Les CésarsChapitre 245 sur 321 · Tacite, ibid,, XIV · texte numérisé non relu

Tacite, ibid,, XIV

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pourrait vivre tranquille sans craindre amis ni délateurs : on l'éloigna* doucement sans oser même l'exiler (an 60) : tant on était loin encore de la tyrannie emportée des premiers empereurs, tant la clémence était encore populaire!

Mais, quand la mort de Burrhus (an 62)^ hâtée par Néron, Teut fait enfin sortir de page ; quand l'homme selon son cœur, Tigellin, fut devenu préfet du prétoire; quand Sénèque, au milieu des embrassements de son maître qui lui demandait de ne pas se retirer, n'en comprenant que mieux la nécessité de le faire, se fut éloigné de Rome pour aller mûrir sa philosophie dans une austère solitude ; quand Néron fut libre de tous ces obstacles, le génie impérial commença à se faire voir dans sa nudité. Et, dès l'abord, une toute petite^ tout innocente, tout obscure accusation de lèse-majesté se glissa devant le sénat contre un poëte satirique. Cette fois encore, à force de louanges pour César, Thraséa parvint à escamoter aux dé* lateurs leur succès, et à détourner un arrêt de mort ; mais le César pur-sang s'était révélé.

11 alla bientôt plus loin. Deux exilés lui faisaient peur : à Marseille, un Sylla, bien déchu pourtant; en Asie, Plautus, grave et calme.au milieu des philosophes; l'un redouté comme indolent et pauvre, l'autre comme riche et comme penseur. Des assassins partirent de Rome, au bout de six jours furent à Marseille au souper de Sylla, et le tuèrent. — La mort de Plautus fut remarquable. Il était populaire en Asie, soutenu à Rome par le parti stolque qui l'avait fait avertir, appuyé par la sympathie du général victorieux Corbulon. Cependant Néron n'envoya contre lui qu'un centurion et soixante hommes. Aussi y eut^il une velléité de résistance. « Il fallait, disait-on, autour de lui, repousser cette poignée d'hommes! Avant que César fût

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averti, et que de nouveaux ordres fussent donnés, que d'événements pouvaient naître ! n Chose inouïe , une guerre contre César fut sur le point d'éclater ! Le parti stolque allait combattre ! Mais cette idée de guerroyer contre César étourdissait les esprits : et^ de l'avis de ses philosophes, Plautus, homme énergique et brave, se laissa tuer paisiblement par ce détachement qu'un eunuque commandait K — On porta les deux tètes à César ; il se moqua de la calvitie précoce de Sylla et du long nez de Plautus. 11 écrivit au sénat, ne s'avouant pas l'auteur de leur mort, mais outrageant leur mémoire, ce qui en disait assez. Tout cela se passait ( car les voluptés de Néron , dit Tacite^ ne lui faisaient pas perdre un crime) pendant qu'il allait faire admirer sa belle voix à Naples, pendant qu'à Rome il soupait magnifiquement au coin de toutes les places, et « se servait de toute la ville comme de sa maison ; » pendant que Poppée accouchait à Antium (an 63) ^, lieu de naissance favori des Césars ; que le sénat votait des sacrifices pour son ventre^ courait tout entier à Antium pour la féliciter, et, au bout de quatre mois, la petite fille étant morte, faisait celle-ci déesse, lui donnait un temple et un prêtre. Tout cela se passait enfin à côté de cette orgie de l'étang du Tibre à laquelle nous avons fait allusion plus haut, et dans laquelle la dernière des infamies s'était revêtue de toute la solennité d'un mariage. Tout cela se passait en un mob, au milieu de magnificences tellement mons-

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