‹ Les CésarsChapitre 25 sur 321 · Qui eadit à formulAy eadit à toto · texte numérisé non relu

Qui eadit à formulAy eadit à toto

pour tous deux d'un profond respect. Tous deux sont loyaux, mais loyaux au pied de la lettre, tenant la lettre de leurs promesses plutôt que l'esprit ; en affaires, probes, mais &pres et impitoyables ; en politique, graves et sérieux; peu pbilosophèa, n'envisageant des choses que le oAté matériel et secondaire; peu comiques et peu gais, ou du moins ayant leur gaieté à eux qui n'amuse personne autre (Cicéron parle quelque part ^ de cette humour romaine). Ni l'un ni l'autre n'est artiste, malgré sa bonne volonté de l'être à l'exemple des Grecs ou des Italiens. Comment sauraient-ils imiter l'étranger? ils le méprisent; ils ne connaissent et n'adorent que ce qui vient de leur patrie ; ils disent avec emphase : Civis romantis sum^ — a freebùm Englishman I Aussi sont-ils croyants sincères à toutes les idées, à tous les préjugés nationaux; esclaves du convenu, de la mode, du goût national ; professant la justice officielle, la vertu officielle, la religion officielle de leur nation ; faisant de la religion affaire d'état plus que de conscience {State and Church — Dit patrii indigetes)^ ne généralisant rien, pas même ce qui se rapporte à Dieu (le Church-of'Englaiidism répond à la religion politique des Romains) ; adorateurs du passé et pleins de respect pour les ancêtres {Old England — mores majorum) :

Moribus antiquis stat res Romana \iriBque.

L'un et Tautre se laissent mener, en rechignant un peu, par une aristocratie opulente, orgueilleuse, nourrie de traditions, qui, élevée dès le berceau pour la politique, &pre gouvernante d'une nation forte et dure, la mène au combat sous la garcette du contre-maitre, ou le cep de

1. Romani veteres atque urbani sales... mirificè capior facetils maxime nostratibus... antiqua et vernacula festivitas. {Fam,, IX, 16.)

vigne du centurion. Tous deux sous cette conduite deviennent maîtres Tun de l'Océan, l'autre delà terre; opiniâtres envahisseurs, habiles à s'implanter sur le sol étranger; pleins, il est vrai, d'un scrupuleux respect pour les lois, les mœurs, la nationalité de leurs, alliés, mais peu à peu, par la force de leur tempérament national, se subordonnant ces mœurs^ dominant cette nation, faisant des sujets de ces alliés. Tous deux ont des prétentions de philanthropie, sincèresethonorables sans doute, mais singulièrement utiles à leur puissance : Rome n'a conquis les Gaules que pour abolir les sacrifices humains, John Bull ne s'est rendu maître des mers que pour abolir la traite des noirs. On pourrait pousser cette comparaison dans les petites choses, rapprocher les combats de coqs des combats de bètes, le turf du Cirque, les courses des chevaux des courses de char, les boxeurs des gladiateurs (sauf la distance du peuple idolâtre au peuple chrétien). Le fermier anglais est plus heureux et plus hbre que le colon romain, parce que raristocràtie, châtelaine plutôt que ciladine, s'appuie sur les campagnes. Au contraire, le Quirite pauvre est plus heureux que le Cockney : il a au-dessus de sa tète une aristocratie de grands seigneurs qui Tamuse et le nourrit, au lieu d'une anstocratie de marchands qui le fait travailler durement et le paye le moins qu'elle peut. Il ne s'attriste pas à lire d'énormes gazettes, il a ses conteurs de nouvelles. Il ne s'abrutit pas à boire l'aie et le porter, il a du vin. U ne s'étiole pas dans les exhalaisons empestées de la Tamise ; il a le Tibre et le soleil. La frumeniation vaut mieux pour lui que la taxe des pauvres (deux institutions dont je montrerais, au besoin , l'analogie;) la f rumen* tation n'attente pas à sa liberté ; elle ne le met pas à la merci du marguillier ou du clerc de la paroisse. 11 achète avec l'o-

bole du riche quelques légumes au marché , il va au bain que le riche ouvre pour lui ^ il s'endort sous le portique que le riche lui a b&ti ; le Forum» les basiliques, la lumière du jour, Teau des aqueducs sont à lui, tandis que John Bull, esclave des affaires, trotte dans la boue, le brouillard et la fumée de charbon. Mais quand il est riche, le Quiriie s'ennuie comme John Bull ; il a beau avoir des parcs, des villas, des chevaux, hors de toute idée ; il a beau avoir des meubles en cèdre ou en citronnier, des Praxitèles ou des Phidias, une foule de dieux volés à la Grèce, une bibliothèque magnifique dont il n'ouvre jamais un livre ; son bouffon, son philosophe^ ses comédiens, ses gladiateurs ont beau venir le distraire pendant ses repas : il s'ennuie. Il part, visite Rhodes, l'Egypte, l'Asie et la Grèce, et revient plus ennuyé que jamais : alors devenu philosophe, réduisant tout au positif, il se fait gourmand, il a un cuisinier grec, comme à Londres on a un cuisinier français ; il boit dès midi ', il multiplie et prolonge ses repas, fait le déjeuner {fentaculum)^ le luncheon (prandium), le dîner {c€ena)j la medianoche [commùsatio) ; après le repas il se met au bain, aide par l'émétique à l'insuffisance de son estomac. Mais tout finit par lasser, la bonne chère ellemême ; le spleen {fastidium) le gagne ; un beau jour, le cœur lui manque, et il se tue.

Mais revenons. Dans tous les gouvernements électifs, la vie politique se ressemble. On se ruine pour parvenir; parvenu, on rétablit et on accroît sa fortune : seulement la perte est certaine, le gain ne l'est pas.

En France nous déboursons peu et nous ne gagnons guère. Les élections coûtent plus de pas, plus de paroles,

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