Tunicà prœsente molesU
(Martial, X.)
Ausi quod liceat tnnicA punire molestft. . . *
(Juvénal, VIII, 235.)
Pone Tigellinum (i. e. si Tigellinura accusavtris) tedA
[Uioebis ÎB illfl.
QnA stantes ardent qui fixo iruttnre fumant,
Et latus mediara sulcus diductt arenam. «
(/</., SaU I, 165.)
voir ce spectacle, reproduit sans cesse ce qu'il nomma ce les pompes du supplice, le fer, le feu , les chevalets , les bètes féroces lancées contre un homme, le pal qui traverse le cou et sort par la bouche , la tunique tissée et enduite de tout ce qui peut servir d'aliment à la flamme \ le glaive qui vient rouvrir les blessures à demi-fermées et faire couler un sang nouveau par les plaies devenues des cicatrices *; » et au milieu de ces tortures, il montre la victime a calme, souriant et souriant de bon cœur, regardant ses entrailles à découvert et contemplant ses sou&ances de haut ^. »» Lorsque enfin, parlant de la « lumière divine que nous devons contempler aux lieux mêmes où elle réside , et des dieux qui sont témoins de toutes nos actions , )> il s'écrie : (( Que celui dont l'àme a conçu l'éternité ne s'effraie donc d'aucune menace! Conunent s'effraierait^il celui pour qui la mort est une espérance ^ ? » n'y a-t*il pas dans tout cela quelque souvenir des martyrs ?
Depuis ce jour, il est vrai, les chrétiens persécutés furent contraints à cacher leur vie. Le christianisme, qui se moutrait sur les places, se réfugia dans les catacombes, et, s^effaçant aux yeux du monde, sembla ^e recueillir dans les ténèbres pour y enfanter des vertus nouvelles. Il semble que le monde l'ait cru fini et l'ait oublié un moment ; Tacite et Sué-
1. Femim circà se et ignés habet^ et catervas, et turbam ferarum' quani in viscera immittat humana. . . et cruces et equuleos et adactum per médium hominem qui per oa emergat stipitem. .. tunioam alimentis ignium ilUtaoi et intextam. (Ep. 14.)
2. Si ex intervallo repetitus^ et per siccata vuinera recens demittitur sanguis. {Ep. 85.) M. de Maistre observe Tanalogie de ce passage avec on endroit de Lactance parlant des martyrs : « Ut ad cruciatus membra renoventur et reparetur novus sanguis ad pœnaro. » {Inst» div., \, 2.)
3. Inter haec aliqms (qui est-ce donc?) non gemuit; parùm est, non rogavit; parîim est, non respondit; parùm est, risit, et ex animo. (Ep, 78.) Invictus ex alto dolores sucs spectat. {Ep, 85.)
i,'Ep, 102.
tone en parlent comme on parle d'un mort; Ëpictète le confond avec le judaïsme. Cependant les archives romaines gardaient le souvenir de la persécution, et Tacite sut bien l'y trouver. Cependant encore, le pouvoir n'ignorait pas qull y avait des chrétiens, et Pline, dans sçn rapport officiel à Trajan , lui nomme tout d'abord le christianisme comme un fait qui lui -est bien connu. Or, remarquez que ces trois écrivains qui parlent de la religion du Christ, Suétone, Pline, Tacite, sont de ce siècle les plus romains, les plus positifs , les plus en crédit auprès des princes, les plus à portée des archives officielles.
Mais, à une autre époque, il nous sera peut-être donné d'entrer plus avant dans cette admirable histoire de la foi chrétienne. Ce n'est pas ici le lieu d'en dire davantage.
§ III. — LES PROSCWPTIONS. — TRIOMPHES DE NÉEON.
Il s'agit maintenant de parcourir aussi vite que possible le reste de la carrière de proscriptions de Néron. Il avait devant lui comme une double cité, une Rome philosophique, antique et sévère , une Rome impériale, voluptueuse et débauchée, toutes deux promptes à conspirer, l'une par vertu et par ambition^ l'autre par peur, par ennui et par débauche. L'une, sans doute, eût voulu relever quelque chimère aristocratique ou républicaine ; Tautre^ séparée de Néron par la diversité des goûts dans le plaisir ou par la seule rivalité du plaisir, n'eût renversé Néron que pour le bonheur d'être Néron. Pour bien connaître ces deux espèces d'hommes, lisez dans Tacite , d'un c6té la mort de Pétrone, de Tautre, celle d'Antistius et de Pollutia, sa fiUe. Ici un libertin, un fanfaron de vices, compagnon et déUcat arbitre des plaisirs de Néron, meurt en riant, joue avec la
mort, fait rouvrir et refermer ses plaies , couler et an*è(er son sang, cause avec ses amis , se fait réciter d^ couplets, doQpe à ses esclaves de Targent et des coups, puis s'endort, puis change de lieu pour donner à sa mort , contrainte comme elle Test, Tapparence d'une mort volontaire, fait briser un vase précieux pour que Néron ne le possède pas, et laisse pour testament l'infâme récit des débauches impériales ^ Là, au contraire, la veuve de Plautus, qui a vu son mari égorgé sous ses yeux et garde encore la robe ta<* cbée de son sang, qui a vécu dans un deuil perpétuel et dans un jeûne presque absolu, tente un effort pour son père accusé ; puis, lorsqu'il n*y a plus d'espérance, elle, son père et la belle*mère de celui*ci, a ordonnent aux esclaves de prendre chacun ce qu'il peut emporter et de leur pré* parer trois lits; puis ils s'ouvrent les veines avec le même fer, et, s'enveloppant à la hâte de leurs vêtements par respect pour la pudeur, ils se font porter dans le bain : le père et l'aïeule tenant les yeux sur leur fille, elle, les regardant tous deux ; chacun demandant aux dieux un rapide passage pour son ftme, afin de laisser vivants encore , quoique prêts à mourir, les êtres qu'il aimait *, »
Mais chez tous germaient des pensées de révolte. Lisez ce qu'écrivait, dans le secret de sa retraite, le poète Lucain, pauvre échantillon, du reste, de la vertu philosophique ; et voyez quelles idées agitaient bicA des ê.mes romaines : <i Les derniers d'entre les peuples qui portent le joug, nous avons, nous, le souvenir de la liberté et toute la honte de notre servitude ^.. Les guerres civiles nous ont donné de nouveaux
i, T»oite, Annal,, XVI, 20. Pline, HisL naU, XXXVIU, %.