‹ Les CésarsChapitre 261 sur 321 · K. tome I, p. 312 et suiv · texte numérisé non relu

K. tome I, p. 312 et suiv

la même ioif d'argent et de vengeance, il y avait plus de passions à assouvir, plus de rancunes et de prétentions subalternes, que Tibère aurait dominées et qui dominaient son successeur. Un Tigellin et une Poppée exerçaient cha* cun pour son compte ce droit de mort, que Séjan avait pa^é si cher.

Répéterai-je d'ailleurs ce que j'ai déjà dit de la folie des dépenses impériales et de la pauvreté du trésor quand les délations ne le remplissaient pas? Tibère, ce vieil avare, aurait bien pu, lui, se passer des délateurs' ; le maguifique Néron, qu'aurait-il pu faire sans eux? Tibère, sombre, défiant et jaloux, se souciait assez peu de plaire au peuple de Rome; Néron, fantasque, prodigue, volnp^ tueux, avait le caprice de bien traiter son peuple et lui faisait la cour. Il fallait bien que, de part ou d'autre, des sources nouvelles vinssent enfler le modeste budget de l'empire ou le bug;det du prince (car, distincts par la loi, le budget de l'état {œrarium) et la liste civile {/isctts) se confondaient par le fait) ^. Il fallait bien que les ressorts de la tyrannie fussent autrement tendus que sous Tibère; qu'on all&t plus droit au fait ; que, plus pressé d'en finir, on supprimât ces longs emprisonnements que Tibère aimait, et ces solennelles assises du sénat par lesquelles il faisait passer ses victimes.

Mais ce n'était pas non plus l'aveugle tyrannie de Gains r celle de Néron, plus intelligente, savait choisir. Il fallait un titre pour être distingué par elle : un nom illustre, une grande fortune, un peu de gloire militaire surtout et quelque popularité auprès des soldats (Néron ne craignait rien

i. Tome I, p. 317.

2. <c Le sénat ordonna.... que les biens de Séjan, disiraito du trésor, appartinssent au flsc, comme si cette distinction avait quelque importance tanquàm referref). » Tacite, Annal,, VI, 4.

autant que son armée) ' ; quelques restes d'habitudes romaines ; quelques velléités de stoïcisme. Un Sylla pauvre était accusé et proscrit ; un affranchi opulent était empoisonné. Pallas mourait parce qu'il était trop riche et vivait trop vieux ^ ; Torquatus, petit-fils d'Auguste, parce qu'il se ruinait et que, pour sortir d'affaire, il devait nécessairement conspirer^. UnCrassus, riche et noble, avait un double droit à Tattention des délateurs^. De tels hommes étaient gens à distinguer.

Avait-on approché la personne de César? tenait-on par quelque lien à sa famille ou à son palais ? Alors le danger était grand. Il n'est pas un lien de parenté, dit Suétone, que Néron n'ait violé par quelque crime ^. Son père et son frère adoptils, sa mère et ses deux femmes, Antonia sa parente et sa sœur d*adoption , Sénèque et Burrhùs ses deux précepteurs : voilà des victimes que j*ai déjà nommées. Un Plautius, parent des Césars , et que Néron soupçonnait d'être l'amant et le complice d'Agrippine, périt avec des circonstances qui font horreur. Un fils du premier mariage de Poppée,par conséquent beau-fils de Néron, Rufius Crispinus, jeune enfant qui, dans ses jeux^ disait-on, faisait le général et le monarque, éveilla les inquiétudes de son beau-père, et Néron ordonna à ses esclaves de le pousser à la mer, pendant qu'il s'amusait à pécher. Le frère de lait de Néron, Cécina Tuscus, l'inquiéta aussi, par l'audace qu'il avait eue de se baigner dans des bains destinés au seul César ; mais il en fut quitte pour l'exil.

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