‹ Les CésarsChapitre 262 sur 321 · Suet., in Ner · texte numérisé non relu

Suet., in Ner

Étiez-vous même afiranchi de César? Le poste était glissant : vous étiez un trop digne et trop important personnage. Le crédit et la fortune étaient descendus d'un degré; les simples esclaves avaient Toreille de l'empereur, et les affranchis périssaient.

Mais n'étaiiron ni affranchi, ni patricien, ni trop riche, ni trop illustre, ni trop actif et^ trop important, ni trop proche et trop redouté de César? on avait des chances pour échapper ^ Il y eut même un consulaire illustre, qui, à force de s'effacer, parvint à vivre ^. Néron ne faisait rien d'absolument inutile , il ne proscrivait pas sans quelque suspicion; il y eut des proscrits de médiocre importance qu' il se contenta d'exiler. Sa tyrannie était plus raisonnée que ceUe de Calus.

Elle était aussi plus large et moins minutieusement légale que celle de Tibère. J'ai déjà montré que tout le despotisme des empereurs reposait sur des traditions républicaines. 11 n'était pas une des libertés de l'ancienne Rome dont Tibère n'eût fait un instrument de servitude. Ainsi, l'accusation populaire, le point d'honneur, et, comme dit Tacite^ la gloire des inimitiés ; ainsi les honneurs rendus à l'accusation , les récompenses qu'on lui décernait; toutes ces habitudes républicaines, maniées habilement et transformées par Tibère en habitudes monarchiques, avaient enf^inté les délateurs, l'espionnage universel, l'accusation sournoise et cachée, soufflée en

1. Ea mediocritate fortunas panciora pericuia. (Tacite, Annal,, XIV, 60.)

2. « Memroius Hégulus vécut protégé par son repos, parce que la gloire de sa race était nouvelle et que sa fortune n'attirait pas Tenvie. » Tacite, XIV, 47. Et ailleurs, en accusant le délateur Hégulus, on lui dit : « L'exil de ton père, le partage de tes biens entre les créanciers, ta jeunesse qui t'éloig^'ait encore des honneurs, tout cela te mettait en sûreté. Néron n'avait rien ù craindre, n'attendait rien de toi. » Tacite, Hi^L, IV, 42.

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