Suet., in Ner
5. Tacit«, Annal., XVI, 9. Ne relinqueret percussoribiis {çloriam minis- Icrii.
lége du courage ^ » Ce déclamateur républicain n'a autre chose au cœur que cette vanité triste et impie qui s'attachait à la mort volontaire.
11 ne faut pas se faire illusion sur le prétendu courage des suicides romains. Ces hommes si jaloux des droits du bourreau , si empressés de mettre à profit la clémence impériale qui leur permettait le choix de la mort , ces hommes presque toujours n'avaient cessé de trembler durant leur vie ; ils avaient, comme je ne sais quel consul , baisé les pieds de César ; ils avaient , comme un Yitellius , sollicité l'insigne honneur d'ôter les pantoufles de Messaline ; ils avaient caressé les affranchis ; ils avaient été les courtisans et les infâmes courtisans d'un délateur ; ils avaient dénoncé leurs complices, ou, comme Lucain , accusé leur mère ; ils n'avaient reculé devant aucune bassesse ni aucune turpitude , tant qu'ils avaient eu l'espérance de vivre. Mais le moment fatal une fois arrivé , la mort une fois inévitable , ils prenaient leur parti de la mort, ils préféraient un coup de canif dans l'artère à un coup d'épée sur la nuque : voilà tout. Leur courage était de suivre la mode.
Il y a plus : cet effort de courage ne dépouillait pas même leurs derniers moments de toute servitude. Si le proscrit laissait après lui un enfant qu'il aimait, s'il voulait qu'une faible part de son bien restât dans sa famille , il fallait en faire une large à Néron et à Tigellin ' ; c'est ce
1. Mora^ utinam pavidos vitae subducere noiles^ Sed virtus te sola daret ! . . .
(Phars., IV.)
2. Ainsi Pison. Tacite, Annal., XV, 59. Mais Pétrone : ne oodicillis quidem, quod plerique pereuniium, Neronemaut Tigellinum, aut quem «lium potentiuin adulatus est. (XVI, 19.) Mella, au contraire, « lègue une forte somme à Tigellin et à Gossutianus, son gendre, afin de s^iuver le reste (9116 cœtera manerent). Tacite, Annal., XVI, 17.
qu'on appelait <c pourvoir & raVenir de ses enfants ^ i» Les legs ne suffisaient pas, il fallait la flatterie ! Les testaments de proscrits étaient remplis de misérables éloges de leurs bourreaux, et à Theure même de la mort , les malheureux n'échappaient pas à la servilité universelle !
Il fallait la flatterie : il fallait encore la délation ; il fallait que des dénonciatioi^s posthumes allassent marquer une nouvelle proie à la colère toujours renaissante de Néron '. N'y en éùt-il pas eu , Tigellin, armé du cachet des victimes et maître de leurs papiers , aurait bien su en trouver. Ainsi les morts tremblaient , priaient , flattaient, dénonçaient^ comme avaient fait les vivants. Regardez cela, et comprenez quels beaux résultats produisait pour la liberté et la dignité du genre humain cette accoutumance du suicide ; comprenez aussi ce que c'est que l'habileté de la civilisation combinée avec toute la férocité de l'état barbare, et où nous en serions, si un certain événement fortuit n'eût dérangé la marche naturelle et progressive du monde dans cette voie de lumières sans vertu !
Ainsi allait le monde sous le clément empire de Néron. Depuis le jour où le stoïcisme , cet opposant unique , ce seul parti constitué dans l'empire, cette seule exception à l'esprit de dissociation introduit par Tibère, avait succombé dans la personne de Thraséa (an 66) ; depuis que , silencieux et exil^, il semblait perdu pour jamais, il ne devait plus y avoir que triomphes pour Néron. Thraséa n'était pas mort, que , des portes du sénat où elle avait attendu la sentence^ la foule courait aux portes de la ville
i. ÎÀheris consulere. V. Annal,, XVI^ 14. C'est à ces craintes que Tacite fait illusion dans le passai cité plus haut^ page 248, nec incertus fUturi teftamentum pro pignore scribam, — et ce qui suit. De Orat, 13.